"C'était censé être le plus beau jour de ma vie, c'est une catastrophe" : leurs rêves de mariages s'envolent suite à un arrêté municipal

Les Jardins du Mas, à Pia, célèbrent des mariages depuis quatre ans. Ce jeudi 2 mai 2024, le maire de cette ville des Pyrénées-Orientales a déposé un arrêté interdisant l’accueil du public sur ce site. Il évoque un plan de construction illégal, une zone inondable et non sécurisée. Les organisateurs ont saisi le tribunal administratif pour continuer leur activité. Trente-cinq mariages sont en péril.

Corentin et Sylvain étaient censés célébrer le plus beau jour de leur vie le 10 août prochain aux Jardins du Mas à Pia. Un arrêté municipal est venu jouer les troubles fêtes. Le 2 mai, l’édile de la commune, publie un arrêté portant "sur l’interdiction d’exploitation de l’établissement 'Les Jardins du Mas'". 

La mairie le justifie car le lieu "organise des événements avec réception du public dans un espace construit et spécialement aménagé sans autorisation d’urbanisme et en méconnaissance de la législation sur les établissements recevant du public." Le maire Jérôme Palmade ajoute "c’est construit sur une zone agricole inondable plus extension des crues."

Des mariés dans l'attente

Corentin et Sylvain, Marjorie et Greg, Annabelle et José et 32 autres couples se retrouvent sans lieu pour célébrer leur mariage. "Ce fut un choc. On a l’impression d’avoir été arnaqués, explique Corentin, joint par téléphone. Au début, les propriétaires du lieu ne voulaient pas nous avertir. Nous avons demandé à être remboursés de nos arrhes à hauteur de 1 500 euros… Ils refusent de nous rembourser tant que la justice n’a pas tranché." 

"Les propriétaires m'ont dit qu'ils étaient sûrs de gagner le procès et ne nous rembourseraient pas. Je dois me marier le 27 juillet ! Suite à l'annonce, ça me tracassait et cela a engendré des conflits familiaux", s'agace Annabelle.

C'était censé être le plus beau jour de ma vie... C'est une catastrophe.

Anabelle, future mariée

En effet, les propriétaires du lieu des festivités ont saisi le tribunal administratif concernant l’arrêté municipal. Dans l’attente de cette décision, selon les mariés contactés, ils refusent de rembourser les acomptes versés. Pour les mariages organisés au mois de mai et juin, certains étaient soldés dans leur totalité à hauteur de 10 000 euros selon les différents témoignages.

Contactés, Les Jardins du Mas ne s’attendaient pas à un tel arrêté. "L’ancienne municipalité nous a donné tous les accords pour mener à bien notre activité. On va se battre. Nous ne sommes pas d’accord. Nous souhaiterions au moins faire la saison. Il est important de fêter dignement ces mariages. S’ils n’ont pas lieu, ils seront tous remboursés."

Céline Henry, la propriétaire des lieux, la voix tremblante évoque "un acharnement de la part de la mairie. Je combats l’injustice. L’élu arriviste veut nous expolier. Il dit que la zone est inondable. Alors pourquoi une salle des fêtes se situe à 100 mètres de notre mas ?"

Menaces et dépôt de plaintes

Sauf que le temps passe. "Attendre cette procédure judiciaire est aussi une prise de risque", confie Marjorie. Elle doit se marier le 12 octobre, "pour le moment on n’a pas de plan B. Nous sommes en contact avec les Jardins du Mas. J’espère qu’ils vont nous proposer une solution ou le maire… Car pour le moment tous les lieux aux alentours sont soit réservés, soit hors de prix."

J’en ai rêvé de notre mariage. Je ne veux pas me marier dans une salle des fêtes avec des chaises en plastique et un buffet froid !

Marjorie, future mariée

"Je n’en veux à personne. Je souhaite juste me marier dans ce lieu. Notre famille a réservé des hébergements aux alentours, on a acheté des éléments pour correspondre à la salle. Tout cet argent tombe à l’eau, déplore Marjorie. Il y a beaucoup d'incertitudes, de stress et surtout un préjudice moral."

Un constat partagé par Anabelle : "Je me suis fait arnaquer. C'est plus le mariage dont j'avais rêvé. J'ai trouvé un autre lieu qui est deux fois plus cher et où je peux accueillir deux fois moins de monde."

De leur côté, Corentin et Sylvain ont aussi trouvé une autre solution mais restent très inquiets :  "On a même lancé une cagnotte pour nous aider. On ne récupérera pas nos 1 500 euros. On se demande depuis combien de temps leur système est rodé. Maintenant, ils nous menacent directement."

Des menaces reçues également par le maire. "Hier, ils sont venus m’intimider au baptême de mon fils, raconte Jérôme Palmade. Cela fait depuis 2021 que je les alerte sur l’illégalité de leur permis de construire. À cela s’ajoute un numéro de SIRET déposé soi-disant pour une activité d’accueil de public. Il correspond en fait à un numéro de société agricole pour vendre des céréales." 

L’édile évoque une démarche "de protection des personnes venant célébrer leur mariage. S’il arrive quoique ce soit sur les lieux, je serai responsable."

"Faux, rétorque Céline Henri. L’élu s’acharne à notre égard. Ma vie est devenue un enfer. Ma famille et moi avons déposé des plaintes à son encontre."

On verra ce que décide le tribunal administratif jeudi. Je suis déçue et malheureuse. J’espère pouvoir me marier dans le lieu de mes rêves.

Marjorie, future mariée

Le tribunal administratif de Montpellier suspendra ou non l’arrêté municipal ce jeudi 30 juin. "Si elle perd, nous craignons que les propriétaires fassent une demande de liquidation judiciaire. Conséquence : nous ne serons jamais remboursés", confient des mariés.

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