Transports : Renfe, la compagnie ferroviaire espagnole vise désormais Paris, après Lyon et Marseille

Depuis le 13 juillet dernier, la compagnie ferroviaire espagnole exploite désormais ses propres lignes entre la France et l'Espagne. Deux liaisons directes : Lyon-Barcelone et Marseille-Madrid avec chacune un aller-retour quotidien. 120.000 billets ont déjà été vendus. Une nouvelle étape dans l'ouverture à la concurrence du rail français.

18H09, le train à grande vitesse AVE quitte Perpignan. À son bord 325 passagers en direction de Barcelone. Occupation à 95% du train avec une majorité de Lyonnais, embarqués pour le plaisir ou pour raison professionnelle. C'est le cas de Mathieu Voiry qui travaille au Creusot, au nord de Lyon et vit à Barcelone.

Je télétravaille à Barcelone mais mon entreprise est en France, au Creusot donc une fois par mois ou tous les deux mois, je rentre en France. La ligne qui m'intéresse, c'est la ligne Lyon-Barcelone. Avec l'AVE, je mets 6h pour faire Barcelone-Le Creusot avec un changement à Lyon, ce qui est très bien.

Mathieu Voiry

Travaille au Creusot et vit à Barcelone

Marie-Carmen vit à Lyon. Originaire d'Espagne, elle se rend ce jour-là visiter ses proches du côté de Barcelone.

Je vais de Lyon à Barcelone voir de la famille. D'habitude j'y vais avec la SNCF mais là, on a voulu voir avec la Renfe et c'est vrai que les prix étaient intéressants, donc j'ai profité de l'occasion.

Marie Carmen Gonzalez

Lyonnaise d'origine espagnole

Pendant près de 10 ans, de 2013 à décembre 2022, la SNCF et la Renfe s'étaient entendues pour desservir conjointement des villes françaises et espagnoles. Une commercialisation croisée déficitaire selon la compagnie ferroviaire française qui a souhaité mettre un terme à la collaboration.

Partenaires hier, concurrents aujourd'hui. Sept mois après la fin de la coopération SNCF/Renfe, la compagnie ibérique a bien l'intention de gagner du terrain sur le rail hexagonal. Antonio Carmona est le responsable de la communication de la Renfe sur le territoire catalan. Pour lui "malgré des transactions complexes avec SNCF Réseau, il fallait absolument que les trains AVE continuent de circuler en France".

Je pense que chacune de nos implantations à l'international est importante. La Renfe est déjà présente aux Etats-Unis, en Arabie, également en République tchèque. La France est un marché qui est naturel pour nous. Il est donc normal que le train AVE soit présent en France pour offrir le meilleur service possible aux voyageurs français.

Antonio Carmona, Responsable de la Communication de la Renfe Catalogne et Aragon

De bonne guerre, car si l'ouverture à la concurrence sur les rails européens est synonyme de nouveaux adversaires pour la SNCF en France, c'est aussi l'occasion pour la compagnie nationale française de s'implanter chez nos voisins. En mai 2021, SNCF Voyageurs lançait sa filiale low cost espagnole, Ouigo España avec cinq liaisons quotidiennes Madrid-Barcelone. Il faut dire que le réseau ibérique a de quoi séduire. Il est le deuxième plus important au monde derrière la Chine avec 3.300 km de lignes à grande vitesse. Au cours de sa première année de fonctionnement en Espagne, le train "bleu, blanc, rose" aurait transporté plus d'un million de voyageurs. 

Nous voyons la libéralisation du marché ferroviaire comme une opportunité de continuer à améliorer nos services. Et ce, que ce soit en Espagne face à la concurrence d'une entreprise française et aussi une italienne ou bien en créant cette concurrence en dehors de nos frontières.

Antonio Carmona, Responsable de la Communication de la Renfe Catalogne et Aragon

Dans l'ensemble, les voyageurs rencontrés se sont dits satisfaits de l'arrivée des trains espagnols sur les rails français. "C'est une très bonne initiative, ça va booster tout le monde" nous explique Arnaud Collet, qui voyage sur l'AVE Lyon-Bacelone. "Ça va permettra d'avoir des créneaux supplémentaires. C'est une possibilité pour moi de me rendre à Barcelone puis à Madrid où habite mon fils. Une opportunité de bouger partout en Europe. C'est le top!" Top également, les tarifs. C'est l'argument qui ressort principalement des témoignages enregistrés à bord du train à grande vitesse espagnol.

Danielle Gaudry voyage avec son mari, Claude. Et même si selon la septuagénaire "le confort est un peu moins bien que dans les TGV" les offres de lancement aux tarifs défiant toute concurrence ont clairement orienté le choix vers l'AVE. 

Aujourd'hui on voyage à un prix assez extraordinaire puisqu'à deux, en aller-retour, ça nous coûte 110€. C'est étonnant. La moitié du prix qu'on paye normalement.

Claude Gaudry, voyageur Lyon-Barcelone

Claude et sa femme Danielle sont loin d'être les seuls à avoir succombé aux prix proposés. En 2 mois, la Renfe a déjà vendu plus de 120.000 billets. Mais pour bénéficier de tarifs intéressants il faut être vigilant et s'y prendre à l'avance sinon gare aux écarts de prix pour un même trajet. Mathieu et ses deux amis en ont fait les frais. 

Nous sommes trois copains à bord et chacun d'entre nous a payé un prix différent. Moi j'ai payé le Lyon-Barcelone 29€. Mon ami a raté la promo d'un jour et le billet lui a coûté 45€. Et le troisième, il s'est complètement planté, il a payé 70€ son trajet.

Mathieu Carrier

Dijonnais en partance pour une semaine de vacances à Barcelone

Au-delà des deux lignes existantes sur lesquelles il va falloir fidéliser pour durer, la Renfe porte déjà son regard vers un nouvel horizon. Prochain arrêt : Paris.

L'avenir, c'est la liaison avec Paris. Nous voulons que nos sportifs puissent arriver aux Jeux Olympiques de 2024 à bord des trains de la Renfe. En tout cas, nous travaillons en ce sens.

Antonio Carmona, Responsable de la communication de la Renfe Catalogne et Aragon

En attendant Paris, l'ouverture à la concurrence profite déjà aux usagers. Exemple, pour un Perpignan-Barcelone début octobre comptez 78€ avec la SNCF, 39€ avec la Renfe. Au départ de Montpellier les tarifs tournent autour de 120€ avec la SNCF, 59 € avec la Renfe. Attention toutefois aux options payantes comme le choix de la place ou le remboursement des billets.