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Visa pour l'image: MAPS, des photographes rebattent les cartes

© Capture d'écran MAPS
© Capture d'écran MAPS

Chaque photographe est un point sur la carte : un aux Philippines, un autre à New-York, un en Pologne, trois en Suisse, trois en Belgique et trois en Italie. Ce réseau, c’est MAPS, un collectif de photographes qui abolit les frontières, géographiques et photographiques, pour être libre.

Par Amélié Coispel, ESJ Montpellier

C’est une histoire longue de 18 mois. Une histoire de points sur une carte, mais surtout une histoire de points de vue. « Il y a eu un dysfonctionnement à l’agence Vu’, avance avec précaution Cédric Gerbehaye, co-fondateur du collectif. L’esprit de l’agence n’était plus là. Avant, les photographes étaient partie prenante du processus décisionnel… » Puis l’argent, les investissements, les orientations… « On a essayé de changer tout cela de l’intérieur. » En vain.

Un nouveau modèle


Alors, après une réunion de plusieurs heures « autour d’un verre au bistrot », ils sont quelques uns à émettre l’idée « d’un nouveau modèle, qui a du poids, qui nous appartient », se souvient Christian Lutz. Deux photographes de Magnum les rejoignent. Ils s’émancipent. Pour « décider pour soi » et « ne pas être sous une bannière ». Ce sera MAPS.




Comme la cartographie, la nouvelle agence s’efforce de décrire, mesurer et rendre compte. « C’est ce que l’on appelle du mapping en anglais, explique Cédric Gerbehay. Se rendre sur place, analyser, se documenter sur ce que l’on vient de voir, y retourner et ainsi de suite. C’est comme ça qu’on conçoit nos documentaires. Tout est toujours perfectible. Il faut aller au bout des choses. » Maps, c’est aussi leur carte. Une carte métaphorique à laquelle ils identifient la photographie. Car dans l’une comme dans l’autre, « ça nous renvoie à des limites. Au-delà, c’est l’inconnu, ça laisse place à l’imagination ».

Tous ouverts au langage des autres 


Ils ont diverses origines géographiques, mais aussi différentes écritures photographiques. Il y a les créateurs de documentaires et les artistes plastiques. Matthieu Gafsou fait partie de cette deuxième catégorie. Il a rejoint le projet il y a quelques mois. Première motivation : rayonner à l’international, « parce qu’on atteint vite ses limites ». Mais aussi « rencontrer des photographes qui partagent les mêmes préoccupations et un quotidien qui ressemble au mien ».

Grâce à MAPS, il confronte son expérience à celle de ses pairs, et à leur « préoccupation du réel » : « La photographie d’art est très conceptuelle. Mon travail est beaucoup plus flou et fabriqué que celui des documentaires où il y a un lien fort avec la réalité.» Et ce sont ces échanges, ces mélanges, qui fondent les valeurs profondément humaines du collectif. « On est tous ouverts au langage des autres. »

À échelle humaine


Cette agence, que ses fondateurs revendiquent  « humaine », l’est jusque dans ses effectifs. Elle est aujourd’hui composée de 12 photographes et cinq créatifs (graphiste, designer, chargé de projets culturels, chargé de communication et chargé d’éditorial) ainsi qu’un juriste. « On ne souhaite pas être plus de 20 personnes au total. Parce que plus tu as de gens, plus tu dilues le rapport humain. Nous, on veut garder ce rapport à l’altérité qu’on retrouve dans nos travaux. On souhaite que ça reste un lieu de rencontre de l’autre », affirme Cédric Gerbehaye.

Pour un travail collectif


« Collectif, agence, structure, plateforme, ce n’est pas encore déterminé », indique l’un des co-fondateurs. « Nous sommes une agence, pour son côté distribution commerciale. Mais c’est un mot qui résonne mal chez les photographes, il renvoie à un idéal des années 80-90 qui est aujourd’hui une déconfiture. C’est poussiéreux », estime Christian Lutz, co-fondateur de ce qu’il préfère appeler un « collectif », « même si ça ne fait pas très pro ».

Son compère Cédric Gerbehaye est plus pragmatique : « Les gens ont toujours besoin de définir. Nous sommes avant tout un groupe d’individus qui travaillent ensemble. » Il l’appuie d’un exemple : « En neuf ans à VU, j’ai fait partie d’un seul projet collectif. Avec MAPS, cela fait 18 mois qu’on se réunit. » Ils « prennent des avions, traversent les océans, viennent de tous les continents ». Ils tracent leur map, leur carte. Avec de belles ambitions : celles de la liberté, de l’indépendance.

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