Jean Castex, Premier ministre : «La maison a été tenue»

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Écrit par Olivier Meyer et Marc Tamon

Nommé à Matignon le 3 juillet 2020, le Premier ministre Jean Castex s’apprête à quitter la rue de Varenne avec le sentiment du devoir accompli. L’occasion de faire le bilan de celui qui restera dans l’histoire de la Ve République comme le premier «Premier ministre» originaire d’Occitanie.

Dans son bureau, au milieu des dorures, trône fièrement une photo du train jaune «Incontournable !» nous dit le Premier ministre. Un peu plus loin, un morceau de minerai de fer du Canigou. Egalement une photo aérienne de Prades, commune dont il est l’ancien maire. Dans ce lieu grandiose, un maillot de rugby de la JOP (Jeunesse Olympique Pradéenne) son club de cœur.
Ces objets fétiches rapportés de son cher Pays catalan trouveront bientôt place dans les cartons de déménagement pour une nouvelle destination. Laquelle ? Pour l’heure personne ne sait encore…

Jean Castex se sent à l’aise entre les murs de ce magnifique hôtel particulier du XVIIIe siècle. C’est là que le premier «Premier ministre» originaire d’Occitanie dans l’histoire de la 5ème République a reçu une équipe de France 3, il y a quelques semaines, avant de quitter la rue de Varenne.

De son passage à Matignon, Jean Castex gardera des images des lieux mais aussi le souvenir des décisions parfois difficiles prises pour ce qu’il estime être «le bien du pays».

L’heure est donc au bilan pour ce haut-fonctionnaire de 56 ans nommé par Emmanuel Macron, à la surprise générale, le 3 juillet 2020. Un quasi-inconnu du grand public alors chargé d’organiser le déconfinement succède à Edouard Philippe.

Depuis, Jean Castex n’a pas vraiment eu le temps de profiter du décor, il a enchainé pied au plancher… «Il n’aime pas les temps morts», nous confie anonymement un collaborateur : «A chaque fois que nous prévoyons dans son agenda un temps de repos ou une marge de sécurité en cas de retard, il raye et rajoute un rendez-vous».

Pendant près de deux ans, Jean Castex aura ainsi déroulé son agenda : réunions, réceptions officielles, conférences de presse… et surtout plus de 300 déplacements dans les beaux territoires de la République, dont un certain nombre en Occitanie.

Carole Delga : «Jean Castex est un très bon Premier ministre»

«Jean Castex est selon moi un très bon Premier ministre», clame la présidente PS de la région Occitanie Carole Delga. «Parce qu’il est connecté aux réalités du terrain et aux réalités de la vie des Français. C’est un Premier ministre d’Occitanie et cela est un avantage pour tout».

Au-delà de leurs différences et des bisbilles politiciennes, ces deux personnalités occitanes ont montré que l’on pouvait être de bords différents et travailler ensemble au service d’un territoire : «Avec Jean Castex on s’entend très bien. Avant qu’il soit Premier ministre nous avons travaillé ensemble sur différents sujets. J’ai beaucoup d’estime et d’admiration pour lui. Je suis une femme de gauche et il est un homme de droite mais cela n’empêche pas de reconnaître ses grandes qualités humaines, sa grande sincérité et son sens de l’intérêt général».

Un grand serviteur de l’Etat mais aussi de sa terre natale, le Gers. Fidèle à ses racines, c’est donc toujours avec une certaine émotion qu’il y revient comme, à l’occasion de l’inauguration du contournement de Gimont. Il s’en serait voulu, lui, Premier ministre gersois de ne pas avoir mené ce projet emblématique pour le désenclavement du territoire.

Jean Castex : «D’ici quelques années, les véhicules électriques remplaceront les véhicules thermiques mais ils auront toujours besoin de routes» a-t-il rappelé le 14 février devant des élus soucieux du désenclavement de leur territoire. Soucieux également de retenir les enseignements de la crise des Gilets jaunes. Des protocoles ont donc été signés pour de nombreux axes : RN.116, RN.20, RN.88, RN.21, en plus de la RN.124… Pour l’A.69 entre Castres et Toulouse, le contrat de concession est signé, la Déclaration d’Utilité Publique du contournement ouest de Montpellier est engagée. L’Etat devrait à présent engager le contournement ouest de Nîmes, jugé indispensable.

Jean Castex : «J’ai mis de l’huile dans les rouages»

Satisfaire les besoins de la société, développer le service aux personnes, le numérique etc… Sous l’autorité d’Emmanuel Macron, Jean Castex confiait récemment à nos confrères de l’Indépendant avoir «beaucoup fait pour l’Occitanie et le Pays catalan car cette région a été longtemps oubliée par Paris. Le territoire avait besoin de rattraper son retard», alors le Premier ministre s’est retroussé les manches.
3 milliards d’euros ont été dépensés au titre de la relance en Occitanie dont 134 millions pour faire redémarrer l’économie dans le Gers. «Pendant la crise, l’Etat a été là pour les entreprises, pour les agriculteurs. Le chômage a reculé» tient à rappeler le chef du gouvernement.

Jean Castex est un Premier ministre qui aime aller au contact des Français et parfois reconnaît-il «on se fait secouer mais c’est la vie».

Et la santé ? Il en a beaucoup été question avec la crise du Covid. Chacun se souvient des prises de paroles de Jean Castex pour annoncer les nouvelles mesures sanitaires. Le Ségur de la santé a permis de donner un coup de neuf. 1,6 milliard d’euros a été investi pour la rénovation des établissements hospitaliers et médicaux-sociaux en Occitanie. Et les besoins étaient particulièrement criants que ce soit à Montpellier ou Auch où il s’est rendu en personne. Certains crédits obtenus pour l’Occitanie, sont clairement le fruit de son volontarisme politique. Ce que certains appellent la ténacité gasconne quand d’autres préfèrent dénoncer les dessous d’un homme de réseau.

Jean Castex a «mis de l’huile dans les rouages» comme il le dit lui-même et s’est assuré que certains projets verraient le jour même après son départ de Matignon en veillant à leur financement par l’Etat.

Avec Carole Delga, il a fait avancer des dossiers régionaux comme les LGV Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan. Le fret a également été relancé comme l’emblématique train des primeurs ou encore la ligne Auch-Agen. Car Jean Castex est un grand passionné de trains et partisan du développement ferroviaire.

Louis Aliot, «Jean Castex n’a pas servi le Pays catalan comme aurait dû le faire un Premier ministre issu des Pyrénées-Orientales»

Un bilan ferroviaire qui pourrait très vite dérailler selon Louis Aliot, maire RN de Perpignan : «Je ne suis pas persuadé que le «train des primeurs» continuera après la nouvelle législature».

Son Bilan ? «C’est un peu le super directeur de cabinet de Macron. Pour la Covid, il a fait comme il a pu en fonction des circonstances».

Sur le reste, le maire de Perpignan ne voit pas grand-chose à mettre à son crédit : «On ne peut pas dire qu’il ait avantagé le Pays catalan. Encore que, sur le dossier TGV c’est le verre à moitié plein ou à moitié vide. Son prédécesseur avait stoppé le projet TGV. Castex a rouvert le chantier mais la perspective reste 2040. J’attendais d’un Premier ministre des Pyrénées-Orientales qu’il prenne des décisions de Premier ministre en réorientant tous les crédits sur cette ligne pour qu’on ait le TGV dans les 15 années à venir. C’est dommage. Pour Perpignan et les Pyrénées-Orientales, quel a été l’apport de Jean Castex ? Franchement, je ne vois pas».

Aurélien Pradié : «Son bilan est largement discutable»

Les coups les plus durs envoyés au Premier ministre sur son bilan à Matignon proviennent de sa famille politique d’origine. Aurélien Pradié, secrétaire général LR et député du Lot, n’a pas apprécié que Jean Castex, ancien élu de droite, ne soit pas resté fidèle à sa famille politique : «Dans cette période où tout le monde trahit tout le monde ça paraît banal de trahir. Mais je fais partie de ceux pour qui la politique est aussi une question de fidélité. Il a été au service de Nicolas Sarkozy et parce qu’on lui a proposé un poste de Premier ministre, il a changé de famille politique et de conviction. Il va falloir qu’il assume d’avoir été le Premier ministre d’Emmanuel Macron. Son bilan est largement discutable. C’est le bilan d’Emmanuel Macron. On peut trouver sympathique Jean Castex. Mais ce qui compte, c’est son action politique. Il a fait ce qu’Emmanuel Macron lui demandait de faire».

Le député LR du Lot ajoute : «Il est très contradictoire dans ses positionnements politiques. A l’Assemblée nationale, il est capable de dire qu’il faut recentraliser les pouvoirs et nous dire qu’il faut décentraliser quand il vient en région. J’ai vu Jean Castex venir dans le Lot, et dire «il faut redonner des pouvoirs aux élus locaux sur la santé». Et j’ai vu le même Jean Castex, le lendemain, à l’Assemblée nationale, dire «il faut redonner des pouvoir aux Agences Régionales de Santé». Il y a le Jean Castex de Paris et celui des territoires. Enfin, il y a quelque chose que je n’aime pas chez Jean Castex, c’est son côté pédagogie permanente. J’ai toujours l’impression d’être pris pour un imbécile quand il me parle».

Lors de son passage à Matignon, Mr déconfinement a dû reconfiner, faire face aux critiques et aux moqueries sur son accent ou ses lunettes… Jean Castex : «Je pardonne ces petites moqueries. Ca m’a pas beaucoup touché, j’ai l’habitude. Je préfère rester moi-même. Qu’on se moque de moi, c’est peut-être un peu de jalousie aussi».

Michèle Cotta : «Premier ministre idéal pour Emmanuel Macron» 

Michèle Cotta en a vu d’autres… de Premiers ministres. Cette figure de la presse et «Grande Voix» d’Europe 1 chaque samedi matin salue sa réussite : «Au départ, on a vu débarquer un Premier ministre assez brut de décoffrage dont on se disait qu’il n’était pas très bon à la télé. Et d’un seul coup, il s’est montré le Premier ministre idéal pour Emmanuel Macron. C’est un Premier ministre qui prend tous les coups, il s’est chargé de la pandémie au moment le plus difficile et il inspire confiance. Et en plus, il a montré qu’il avait du caractère en se fâchant face à une Assemblée nationale houleuse. On dit que les Premiers ministres pensent à l’Elysée dès qu’ils gravissent les marches de Matignon. Lui, ce n’était pas sa volonté. Il est là en numéro 2 seulement. Je ne sais pas si avec un autre président, le couple aurait réussi mais avec Emmanuel Macron ça l’est».

Bruno Jeudy : «Une popularité plutôt honorable» 

«Jean Castex se fiche de son image, c’est un mécanicien de la droite modérée», selon Bruno Jeudy, rédacteur en chef au service politique de Paris Match et fin observateur du théâtre politique national.

«Jean Castex va terminer son bail à Matignon avec une popularité plutôt honorable. Le chef du gouvernement a l’image d’un homme qui sait diriger son équipe. Il a eu des couacs mais moins que d’autres. C’est quelqu’un qui est perçu comme assez proche des Français. Quelqu’un qui a une image de parfaite loyauté. A l’arrivée, ça fait plutôt un bon bilan».

Difficile de prédire son avenir, mais il paraît que lorsqu’on a choppé le virus de la politique, il est difficile de s’en passer. Jean Castex nous a répondu : «Je n’imaginais pas être un jour à Matignon et je n’ai absolument aucun plan de carrière pour après. Le Pays catalan reste cher à mon cœur. Mon expérience de maire me sert continuellement dans mon rôle de chef du gouvernement. On sait d’où l’on vient et on sait où l’on reviendra, mieux vaut rester fidèle… ».