Pyrénées-Orientales : 80 ans après, la crue dévastatrice du Tech est toujours dans les mémoires

"L'aïguat del 1940", c'est ainsi que les Catalans nomment les inondations qui ont détruit il y a 80 ans le village d'Amélie-les-Bains. Une mémoire et un traumatisme qui se transmettent encore des deux côtés des Pyrénées. La récente crue dans les Alpes-Maritimes a ravivé les mauvais souvenirs.

Le Tech traverse Amélie-les-Bains dans les Pyrénées-Orientales.
Le Tech traverse Amélie-les-Bains dans les Pyrénées-Orientales. © Philippe Georget / FTV
Quand Jeannot Pi, nonagénaire alerte, se balade dans sa ville d'Amélie-les-Bains, il jette toujours un coup d'œil au Tech, la rivière qui la traverse. Jeannot n'a pas peur mais il n'a rien oublié.
Jeannot Pi avait 11 ans en 1940 quand le Tech est sorti de son lit et a dévasté toute la commune d'Amélie-les-Bains dans les Pyrénées-Orientales.
Jeannot Pi avait 11 ans en 1940 quand le Tech est sorti de son lit et a dévasté toute la commune d'Amélie-les-Bains dans les Pyrénées-Orientales. © Philippe Georget / FTV
A 11 ans, avec son père boulanger et le reste de sa famille, il a dû fuir sa maison.
"On était au bout de la rue, le Tech montait, on voyait passer des meubles, des caisses de limonade dans la rue. Quand mon père a vu ça, il a dit : on s’en va. Il était 16h."

On n'est revenu que deux semaines plus tard à Amélie. Notre maison était toujours debout. Mais autour du lit du Tech, il n'y avait plus rien, que du sable et des cailloux."

Jeannot Pi, habitant d'Amélie-les-Bains, 11 ans lors de l'Aiguat del 1940

L'aïguat, une crue dévastatrice

Du 16 au 18 octobre 1940, des pluies diluviennes tombent sur les Albères puis gagnent le Vallespir, le Conflent et les Fenouillèdes. Le 18 octobre, il tombe en 24 heures 1 100 milimètres d'eau à Saint-Laurent-de-Cerdans, un record d'Europe toujours inégalé. Les eaux du Tech deviennent de plus en plus grosses, montent, charrient des arbres. Une vague énorme déferle sur Arles-sur-Tech et Amélie-les-Bains le 18 octobre.
Un pan de montagne s'est effondré dans le lit de la rivière en amont des villages, les eaux sont bloquées un temps mais personne ne le sait. Les habitants croient à une décrue et reviennent chez eux. C'est à ce moment-là que ce barrage provisoire cède et un mur d'eau, 5 mètres selon certains témoins, s'abat sur Amélie-les-Bains, 25 personnes trouvent la mort dans le village.

Image extraite d'un reportage diffusé en 1940 juste après les inondations du Roussillon / Aiguat del 1940, archivé par l'INA.
Image extraite d'un reportage diffusé en 1940 juste après les inondations du Roussillon / Aiguat del 1940, archivé par l'INA. © INA
Le bilan est terrible sur l'ensemble de la vallée : 57 morts côté français, environ 300 de l'autre côté des Pyrénées, en Catalogne.

Amélie-les-Bains est l'un des villages les plus sinistrés. 80 ans plus tard presque jour pour jour, la vallée de la Roya dans les Alpes-Maritimes connaît le même terrible sort, les images diffusées sont quasi identiques aux photos de l'époque dans les Pyrénées-Orientales. 

Une mémoire qui se transmet

Marie Costa, maire d'Amélie-les-Bains, est bien trop jeune pour avoir connu l'aïguat del 1940. Mais comme tous les habitants de la commune, elle en a beaucoup entendu parler.
"Mon père me disait qu'après les inondations, il y avait des rats partout et que les habitants les tiraient à la carabine. Dans toutes les familles, on en parle, c’est très transmis. Il n'y avait plus un pont, plus une route, plus de train et on était en pleine guerre. La reconstruction n’arrivera que dans les années 50."

Pour la maire d'Amélie-les-Bains, même s'il ne faut jamais dire jamais, la situation est aujourd'hui très différente : "le lit du Tech est plus large, il est endigué dans toute la ville. En 1940, on avait des jardins jusqu’à l’eau, des maisons et des constructions dans l’ancien lit du Tech, qui était beaucoup plus étroit.".

Un nouveau plan d'évacuation du village est cependant en train d'être élaboré au cas où, le précédent étant obsolète.

L'aïguat del 1940 a laissé des traces dans tout le département. Cette inondation centenale marque aussi le déclin économique de toute la vallée : l'activité des usines de chocolat ou de fabrication d'espadrilles, par exemple, ne reprendra jamais vraiment sur les rives du Tech.

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