Rugby : la FFR promet un ballon d'oxygène de 35 M€ aux clubs amateurs “pour se reconstruire dans la durée”

Le président de la FFR se montre soucieux du monde du rugby amateur, comme ici le 19 juin 2018 au club de Bretenoux dans le Lot. / © MaxPPP
Le président de la FFR se montre soucieux du monde du rugby amateur, comme ici le 19 juin 2018 au club de Bretenoux dans le Lot. / © MaxPPP

La FFR vient d'annoncer sa décision d'injecter 35 M€ pour aider les clubs amateurs " à se reconstruire dans la durée". Cette aide fait suite au gel de toutes les compétitions de rugby depuis le 15 mars, un vrai coup de massue pour le monde amateur, autant sur le plan économique que sportif.

Par Yann-Olivier d'Amontloir

Les 1900 clubs du monde du rugby amateur vivent principalement des recettes dégagées par les matches joués à domicile. Du coup le gel des compétitions, provoqué par la crise du Covid-19 et le confinement de la population, peut - s'il se prolonge - menacer la survie d'un très grand nombre de ces clubs.
Cette suspension a été prononcée le vendredi 13 mars dernier, en même temps que celle duTop 14 et de la Pro D2.

Les clubs professionnels ont mis leurs effectifs en chômage technique, et des pistes sont étudiées pour mener à terme les championnats 2019 - 2020, alimentant un débat parfois enflammé.

Un message de Bernard Laporte au rugby amateur

La reprise et l'achèvement des compétitions sont tout aussi vitales pour le secteur amateur. La balle était dans le camp des instances dirigeantes de la fédération française de rugby.
Rendue publique en tout début de semaine par le président de la FFR Bernard Laporte, la mesure phare d'un plan d'aide aux clubs amateurs tient en un chiffre : une manne de 35 millions d'Euros.

En résumé la Fédération annonce maintenir la redistribution des ressources au profit des clubs pour cette fin de saison, stopper les opérations de collectes par les ligues sur les clubs et stopper également tous les prélèvements sur les clubs.

Ces mesures sont applicables dès le 31 mars de cette année, mais leur effet s'amplifiera pour la saison 2020 - 2021 : selon les termes de la lettre adressée par Bernard Laporte à tous les clubs, "elles se traduiront par une aide massive visant à supprimer tout prélèvement sur les clubs" tout en compensant le manque à gagner pour les ligues régionales.

Une saison sans prélèvement pour faire respirer financièrement tous nos clubs et leur permettre de se reconstruire dans la durée

justifie le président de la Fédération.

Ces mesures sans précédent - insiste-t-il, sont rendues possibles par la très bonne santé financière de notre fédération. Nous avons des fonds propres et une trésorerie, suffisamment solides, pour absorber ces aides exceptionnelles. Ces mesures ne fragiliseront pas la Fédération".

Une bonne nouvelle à tous les étages

Du bas en haut de la hiérarchie des différentes division, cette annonce est très bien accueillie par les clubs amateurs.

La ligue d'Occitanie de rugby compte 393 clubs pour un total de 80 000 licenciés.

Cette manne financière va apporter une bouffée d'oxygène à notre budget annuel de 80 000 Euros : les licences sont en effet notre plus gros poste de dépenses

explique Christophe Vialar, président du Stade Athlétique Rabastens-Couffouleux (Tarn) qui compte 300 licenciés.
Son équipe première est actuellement sixième au classement de sa poule de Promotion Honneur.
Cependant pour Christophe Vialar l'achèvement de la saison régulière - dont le classement a été gelé à la date du dimanche 15 mars - est un objectif indispensable pour bien terminer la saison.

Même si nous ne sommes pas qualifiés pour les phases finales, disputer au moins 2 matches à domicile apporterait des rentrées financières bienvenues pour clore l'exercice 2019 - 2020

ajoute le président du SARC XV.
C'est d'autant plus vrai que les autres sources de recettes annexes - l'organisation de 2 lotos et d'un vide-grenier - ont été annulées par le confinement.

Jouer à domicile, une question de survie

Engranger des recettes en jouant des matches à domicile : c'est aussi l'antienne reprise par les clubs du haut de la hiérarchie, la Fédérale 1.
Exemple avec celui de Blagnac Rugby.

Notre effectif compte un seul professionnel et 7 joueurs à tiers-temps. Tous les autres exercent une activité à termps plein, ce qui oblige l'équipe à s'entraîner le soir. Ce gel des cotisations est un coup de pouce, non négligeable mais insuffisant pour rééquilibrer notre santé financière

détaille son président Benoît Trey.
Meilleur second du championnat le Blagnac Rugby a besoin de jouer des matches de phases finale à domicile : la billetterie, la boutique et les buvettes représentent la majorité des recettes qui viennent abonder son budget prévisionnel de 1 600 000 Euros cette saison.

Du coup tous ces présidents de club ont le regard braqué sur une préoccupation principale : la date de sortie du confinement généralisé.

Bien-sûr leur premier souci est la santé de leurs joueurs et bénévoles, et la fin de cette pandémie de coronavirus qui frappe durement toute la population française.

Albi rêve de remplir son stade

Mais cette date fatidique conditionne l'avenir de certaines équipes d'une manière encore plus importante.
C'est le cas du SC Albi, qui dispute sa 3ème saison en Fédérale 1 tout en ayant conservé le statut professionnel.
Leader de Fédérale 1 le SC Albi a besoin de jouer des matches de phases finales à domicile, autant sur le plan sportif que financier. / © MaxPPP
Leader de Fédérale 1 le SC Albi a besoin de jouer des matches de phases finales à domicile, autant sur le plan sportif que financier. / © MaxPPP

Actuellement leader du championnat, le club tarnais a mis lui aussi tous ses joueurs professionnels en chômage technique.

La remontée en Pro D2 étant pour nous un impératif cette saison, disputer des matches de phases finales à domicile est vital : ces affiches attireront un nombre maximum de supporters et doivent nous permettre d'atteindre nos objectifs autant sur le plan sportif que financier

argumente Jean-Jacques Veyrac, directeur général du SCA.

Date fatidique

La question de la date de sortie du confinement général influe aussi directement sur la santé des joueurs.
En effet du côté des professionnels - et des semi-pros - on sait se maintenir en condition physique en s'astreignant à toute une batterie d'exercices et à une hygiène de vie pour ne pas perdre la forme.
Même les préparateurs physiques du haut-niveau diffusent des conseils et des exercices physiques par le biais des réseaux sociaux.

Combien de temps pour s'entraîner

L'opinion unanime est qu'un délai de 15 jours consacrés à la reprise de l'entraînement collectif, après la date de fin du confinement à domicile, devrait être suffisant pour pouvoir recommencer à disputer de "vrais" matches de compétition.

Il n'en va pas de même pour le secteur amateur : selon le président du SARC-XV ce délai minimum devrait être de 4 semaines : c'est le temps qu'il faudra à des organismes qui ne sont pas ceux de sportifs de haut-niveau, pour sortir d'une longue période d'inactivité forcée et retrouver la capacité de se dépenser physiquement sur un terrain pendant 80 minutes.

Opération simplification

Cela dit la crise du Covid-19 aura également un 2ème effet positif sur la vie quotidienne des clubs de rugby amateurs : une simplification générale des règlements. C'est le second volet de ce plan de relance annoncé lundi par le président Bernard Laporte.

Je veux que les règlements soient adaptés à la situation de crise. Ainsi, j’ai demandé à mes équipes de réaliser une simplification règlementaire maximale, permettant à nos Clubs de traverser ces difficultés.

La crise sanitaire que traverse notre pays et son impact extrême sur notre vie quotidienne auront des conséquences heureusement pas toutes négatives : un monde de l'ovalie qui voit ses instances dirigeantes et ses clubs les plus modestes resserrer les rangs pour préserver l'avenir de tous.
 

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