Le tabac des toreros

Cendrier taurin (collection privée) / © todocolección
Cendrier taurin (collection privée) / © todocolección

Morante de la Puebla ou le regretté Pana n'ont jamais hésité à se faire photographier havane au bec alors que leurs jeunes confrères se planquent dans le callejón pour tirer sur la clope entre deux toros. L'histoire d'amour entre les toreros et le tabac est ancienne. Elle a commencé il y a 130 ans!

Par Joël Jacobi

Nous sommes le dimanche 13 novembre 1887. Alors qu'à Londres un violent affrontement entre policiers et manifestants de gauche fait deux morts et des dizaines de blessés (c'est le fameux bloody sunday), un duel d'un autre genre est organisé à Madrid. C'est le énième mano a mano entre les deux figures de l'époque : Lagartijo contre Frascuelo.
À la fin du dix-neuvième siècle, Rafael Molina Lagartijo et Salvador Sánchez Frascuelo ont rivalisé dans les arènes espagnoles pendant vingt ans pour la plus grande joie des aficionados et des revues taurines qui multiplièrent leurs ventes en racontant leurs exploits.

Lagartijo et Frascuelo incarnaient aux yeux de leurs irréconciliables admirateurs deux idées de la tauromachie. Lagartijo, c'était l'élégance, la tauromachie considérée comme un art. Frascuelo, c'était l'audace sans limite, le don de soi. Mais si dans l'arène leur lutte était sans merci, il en allait tout autrement dans la "vraie" vie. Rafael, déclara un jour Frascuelo, tu es le meilleur torero que j'ai jamais vu. Il n'y a que devant toi que je retire ma montera; ma tête je la garde car j'en ai besoin pour toréer!

Ce dimanche 13 novembre à Madrid, le duel tant de fois répété tourne à la tragédie.  Au moment de l'estocade, suerte qu'il domine à la perfection, Frascuelo est pris par le toro Peluquero (ganadería Antonio Hernández). Le toro, très armé, le frappe au ventre, le soulève et l'encorne de nouveau alors qu'il est à terre : la corne atteint l'épigastre et brise quelques côtes. 

Aussitôt transporté à l'infirmerie, il est pris en charge par l'équipe du docteur Pérez Obón. Dans le bloc opératoire des arènes de la route d'Aragon, l'anesthésie n'est pas précisément ce qu'on connaît aujourd'hui. Un des assitants propose au torero un verre d'eau avec du citron. Ce à quoi Frascuelo répond : non, ça, c'est pour les trouillards; donnez-moi plutôt une cigarette.

Et la légende rapporte que Frascuelo a continué à fumer tout le temps de l'opération…

Sur le même sujet

L'info au bahut à Montpellier

Près de chez vous

Les + Lus