Coronavirus dans le Tarn : elle se fait verbaliser pour s'être rendue devant l'Ehpad de son mari

Tous les jours une Tarnaise âgée de 79 ans se rend devant l'Ehpad de son mari, près de chez elle, et lui écrit des mots sur une ardoise, qu'il lit à travers une vitre fermée. Ce jeudi 9 avril, des gendarmes l'ont verbalisée.

Jean-Jacques Boghossian est dans l'incapacité de se lever pour ouvrir sa fenêtre. Il avait l'habitude de lire les mots de soutien et d'amour de sa femme, à travers la vitre de sa chambre de l'Ehpad où il réside.
Jean-Jacques Boghossian est dans l'incapacité de se lever pour ouvrir sa fenêtre. Il avait l'habitude de lire les mots de soutien et d'amour de sa femme, à travers la vitre de sa chambre de l'Ehpad où il réside. © M. Boghossian
Hedwig Boghossian est âgée de 79 ans. Depuis presque trois ans, son mari, âgé de 93 ans, réside dans un Ehpad à 500 mètres de chez elle, dans la commune tarnaise de Graulhet. Ces trois années, elle s'est rendue chaque jour dans l'établissement où se trouve son mari. Elle lui cuisine des repas le soir, et fait même partie des bénévoles de l'Ehpad. Alors quand le confinement a débuté, elle a décidé de passer le voir, de loin, lors de sa promenade quotidienne. Depuis maintenant un mois, elle passe tous les jours, à 16h, devant la fenêtre fermée de la chambre de son mari, munie de son masque en tissu, de son attestation et d'une ardoise, où elle note des mots à son mari. Des nouvelles, des encouragements ... histoire de maintenir le lien depuis la pelouse non délimitée de son Ehpad. 
   

Amende pour violation de "cordon sanitaire"


Ce jeudi 9 avril, deux gendarmes l'arrêtent et la verbalisent pour violation de "cordon sanitaire". Pour Hedwig et ses deux enfants, c'est l'incompréhension. Sa fille, Mariani, vit à quelques kilomètres de chez elle. Aide à domicile pour les personnes âgées, elle décide d'appeler l'Ehpad et l'hôpital dont il dépend, la gendarmerie et la préfecture pour comprendre la situation. Son fils, Manuel, qui vit à Paris, sensibilise l'opinion publique à travers les réseaux sociaux. 
 


"On ne veut pas que notre père se sente abandonné"


Pour les enfants du couple tarnais, le passage de leur mère devant l'Ehpad de leur père était le seul moyen de s'assurer qu'il aille bien. Manuel Boghossian explique que son père n'entend presque pas quand on l'appelle, et ne sait pas du tout utiliser internet. Surtout, Mariani a peur que son père se sente délaissé. Et de préciser : 

Sur le coup ma mère était bouleversée. Elle est respectueuse de la loi. Elle est choquée, d’avoir été chassée devant mon père. La dernière fois qu'il l'a vu, elle était entourée de deux gendarmes !

Ecoutez le témoignage de Manuel Boghossian, le fils de couple des Tarnais : 

Manuel vit à Paris. Il ne comprend pas l'amende que sa mère a reçu pour avoir salué son père devant l'Ehpad où il réside.


La préfecture fait marche arrière


Dans un premier temps, la préfecture du Tarn avait confirmé le bien-fondé de cette verbalisation. Finalement, ce mardi 14 avril, elle explique à France 3 Occitanie que des discussions auront lieu entre la famille et les gendarmes afin "d'éteindre la procédure". 

Les balades autour des Ehpad ne sont pas interdites, mais elle sont déconseillées, précise la préfecture du Tarn.

Des proches d'autres résidents de cet Ehpad font la même chose qu'Hedwig. La préfecture s'inquiète que ces visites à travers une fenêtre ne deviennent de véritables rassemblements de personnes, interdits et dangereux en cette période de crise sanitaire liée au Coronavirus.
 
Ce mercredi 15 avril, la gendarmerie du Tarn annonce finalement sur son compte Facebook avoir annulé l'infraction. 
 
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