Des étudiants français sur les traces de la Shoah par balles, un voyage de mémoire et d'apprentissage en bande-dessinée

C'est un voyage de mémoire. Des étudiants de l'université de Champollion d'Albi (Tarn) sont partis enquêter en Europe de l'Est sur l'histoire de la Shoah par balles. Ces investigations sont racontées dans une bande dessinée qui va sortir le 21 février 2024.

Les belles histoires du dimanche
Découvrez des récits inspirants de solidarité et d'altruisme, et partez à la rencontre de la générosité. Émotions garanties chaque dimanche !
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "Les belles histoires du dimanche". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

Depuis une dizaine d’années, des voyages d’études sont organisés dans l’est de l’Europe sur les traces de la Shoah par balles.

"Entre 1941 et 1944, près d’un million et demi de Juifs d’Ukraine a été assassiné lors de l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne nazie. L’immense majorité est morte sous les balles des Einsatzgruppen (unités de tueries mobiles à l’Est), d’unités de la Waffen SS, de la police allemande et de collaborateurs locaux. Seule une minorité d’entre eux l’a été après déportation dans les camps d’extermination" explique le mémorial de la Shoah.

Les étudiants de l’institut national universitaire Jean-François-Champollion d'Albi dans le Tarn (81) sont formés pendant un an à des méthodologies d’enquête historique, sociologique et géographique.

Une vingtaine d'étudiants sont partis en Pologne en partenariat avec l'association Yahad-In Unum, présidé par le père Patrick Desbois.

La vocation de l'association est de raconter l’histoire de la Shoah par balles, moins documentée et peu connue.

Voyage de mémoire

C’est la première fois en France que le système universitaire permet à des jeunes étudiants de pouvoir partir dans des pays de l’Europe de l’Est à la rencontre de témoins des fusillades de masse qui ont représenté deux millions de victimes.

L'unité d’enseignement pluridisciplinaire encadré par un sociologue, une historienne et un géographe forment toute l'année les étudiants sur la cartographie pour identifier les lieux de massacres, aux recueils de témoignages et leurs traitements.

Le journaliste et scénariste Pierre-Roland Saint-Dizier a suivi la vingtaine d’étudiants sur les traces des derniers témoins de ce génocide pour écrire le roman graphique « Je n'ai pas oublié… » Histoire de la Shoah par balles.

"C’est un projet qui a duré 3 ans, j’ai suivi les étudiants et leurs professeurs sur le terrain deux années de suite, en mars 2022 et en mars 2023. Nous avons rencontré des témoins et d'autres personnes spécialisées sur cette thématique".

"À travers le regard des gens qui l’ont vécu, la bande dessinée a été construite sur deux temporalités".

"Le récit du voyage, on raconte des étudiants qui partent avec des professeurs et un journaliste pour découvrir les lieux de ces massacres et rencontrer des témoins".

"Et la deuxième, c’est un flash-back puisque nous avons mis en image ce que racontent les témoins. Comment ont-ils assisté à ces fusillades quand ils avaient 7, 8, ou 9 ans".

80 ans après, il ne subsiste aucune trace de ce qui s’est produit et les archives font défaut.

On part véritablement à la rencontre d’une page d’histoire avec les derniers survivants de cette horreur, c’est à dire une dizaine de témoins.

Pierre-Roland Saint-Dizier, scénariste de « Je n'ai pas oublié… » Histoires de la Shoah par balles

Pierre-Roland Saint-Dizier a effectué un travail d’investigation sur place "à la fois pour relater ce qu’ont dit les témoins mais aussi relater les commentaires, les remarques des étudiants, des professeurs et des spécialistes".

On a aussi laissé la place aux émotions.

Pierre-Roland Saint-Dizier, scénariste de « Je n'ai pas oublié… » Histoires de la Shoah par balles

L’horreur d’un génocide en Europe de l’Est

"Quand on est sur place, que l’on nous raconte ces fusillades de masse et que l’on est à l’endroit où cela s’est passé, la nature a repris ces droits. On est dans la forêt, on est à l’orée d’un champ, on est à proximité d’un village, on est dans un cimetière, on est vraiment sur les lieux de crime et la seule trace qui reste est les témoignages" raconte Pierre-Roland Saint-Dizier.

J’ai raconté cette histoire à travers le regard des étudiants, le regard des témoins, ce qu’ils ont vécu. Les spécialistes que nous avons rencontrés et ma propre interrogation de ce que j’ai vu. Comment on se positionne avec ces témoignages, c’est difficile d’y répondre.

Pierre-Roland Saint-Dizier, scénariste de « Je n'ai pas oublié… » Histoires de la Shoah par balles

Pierre-Roland Saint-Dizier explique qu'il s'est "donné comme objectif d’être à l’écoute, de respecter ce qui a été dit au tant que possible même si sur un scénario, il y a la réalité mais aussi de la fiction". "Comment allait-on représenter les fusillades, qu’est-ce qu'il fallait montrer et est-ce qu’il fallait tout montrer ?"

Personnellement, j’ai aussi essayé d’être le plus humble possible par rapport à cette histoire car c’est un sujet qui est difficile et délicat à raconter. C’est un travail de mémoire et on touche à l’horreur.

Pierre-Roland Saint-Dizier, scénariste de « Je n'ai pas oublié… » Histoires de la Shoah par balles

Dans le cadre d’un projet comme celui-là, la préparation est primordiale, "il y a un gros travail de fond qui est indispensable".

"Le rôle de cette BD est d’expliquer, d’interroger, d’interpeller, de sensibiliser"

"Lorsque l’on est arrivé, on connaissait déjà le contexte". "Après on touche vraiment au vécu de ces gens-là donc on met des visages, on met des noms et on met des noms de lieu aussi", retrace le scénariste.

En étant sur place, on a une meilleure compréhension de l’histoire et cela m’éclaire sur le monde d’aujourd’hui, sur la problématique de l’antisémitisme, sur la question de la différence et de la tolérance.

Pierre-Roland Saint-Dizier, scénariste de « Je n'ai pas oublié… » Histoires de la Shoah par balles

Durant ces deux semaines, le journaliste a vu évoluer les étudiants. "Pour la première fois ils ont été confrontés de manière très concrète à l’horreur d’un génocide. J’ai vu et écouté leurs émotions, certains pleuraient, d’autres étaient plus discrets, certains se sont exprimés par le dessin, d’autre part des mots".

Tous les jours, ils ont échangé, "on débriefait tous les soirs après les rencontres".

"On a traversé la Pologne ensemble et on a vécu des choses qui marquent. Chacun s’approprie cette histoire car on ne peut pas forcément mettre des mots sur tout", révèle Pierre-Roland Saint-Dizier.

J’ose espérer qu’ils vont voir les choses différemment et voir le monde différemment. Je pense que cela peut être un déclic, cela a été une expérience collective forte et qui se poursuit à travers cette bande dessinée.

Pierre-Roland Saint-Dizier, scénariste de « Je n'ai pas oublié… » Histoires de la Shoah par balles

Ce roman graphique est certainement une entrée en matière plus accessible sur la Shoah par balles. Avec son côté pédagogique, il s’adresse à un public à partir de la quatrième, troisième jusqu'aux adultes. La sortie est prévue le 21 février.