Reportage. Emmanuel Macron souhaite des formations courtes et diplômantes pour les universités de villes moyennes, "une discrimination" qui passe mal à Albi

Les propos du président de la République sur les universités et les villes moyennes font réagir. A l'Université Champollion à Albi (Tarn), professeurs et étudiants s'accordent à dire que le mélange entre proximité et taille restreinte du campus participent au rayonnement de l'établissement, bien loin des filières courtes défendues par Emmanuel Macron.

Derrière le bâtiment principal du campus d'Albi (Tarn) de l'Institut national universitaire (INU) de Champollion, quelque chose se prépare. Des étudiants (mais pas que) installent soigneusement leur stand : tables, chaises, tonnelles, comme si un pique-nique géant était organisé. Deux semaines après la rentrée, certaines organisations viennent en réalité se présenter aux étudiants, durant un forum en plein air. 

Emmanuel Macron prône des formations "plus diplômantes" pour les universités des villes périphériques

Le CROUS ou encore le Secours Populaire sont notamment au chevet des plus jeunes. Au fur et à mesure de la pause déjeuner, ils sont plusieurs dizaines à se réunir pour partager un sandwich ou jouer ensemble. Une poignée d'entre eux ont plus ou moins suivi la longue interview du président de la République Emmanuel Macron accordée au youtubeur HugoDécrypte le 4 septembre dernier.

Dans l'une des dernières parties de ces questions-réponses, Emmanuel Macron est interrogé sur les moyens accordés aux universités, notamment "le budget par étudiants en baisse ces dernières années" interpelle le journaliste. 

Le président bifurque rapidement sur les formations durant une longue réponse. « Avec les moyens que l'on met, on doit faire beaucoup mieux » répète-t-il. Tout en remettant en cause certains cursus, qui doivent être "plus diplômants, plus qualifiants". En clair, il faudrait développer des formations "entre un et trois ans, au plus près du terrain, dans des villes périphériques". Les villes périphériques comme peut être perçue la préfecture du Tarn.

Ces mots du président n'enchantent pas le campus albigeois. "Pourquoi nous et pas les autres ?" lance Jasmine Zniber, en 3e année de psychologie. "C'est un peu spécial de viser la périphérie. Il faudrait poser le problème pour toutes les universités" pense Alice Castelle, attablée à son stand pour son association. "C'est un peu hors sol, il ne sait pas de ce qu’il parle" tance, Mael Fages, dont les gestes accompagnent ses mots.

 

Des propos "assez choquants" pour la directrice de l'INU

Dans les hautes sphères de l'INU, l'intervention du président de la République n'est pas passée inaperçue. Devant la vidéo Youtube ou des articles de presse, ils ont écouté ou lu. Mais n'ont pas compris. "J'ai regretté le message sous-entendu qui serait de dire que les formations à l'université ne permettraient pas de s'insérer professionnellement. C'est assez choquant car ce n'est absolument pas le cas" pose Christelle Farenc, directrice de l'INU.

Elle aussi critique le ciblage des universités "en périphérie". "Les missions sont les mêmes entre les grandes et les petites universités. Il ne faudrait pas tomber dans le piège d'avoir des universités différentes selon la taille de la ville" alerte-t-elle. 

Une partie de son encadrement interrogé la rejoint sur ses positions. Mathieu Vidal, enseignant et maître de conférences en géographie, n'imagine pas cloisonner son enseignement aux cursus évoqués par le président. "Cela serait discriminant pour les (petits) territoires. On peut avoir à la fois des courts et des longs cursus" distille-t-il.

À ses côtés, Anne-Claire Rattat, maître de conférences en psychologies, va dans le même sens. "On raterait la mission première ici, qui est de rendre accessible l'enseignement supérieur, jusqu'au master, à tout le monde. Un diplôme est reconnu nationalement, peu importe où l'on est". Et poursuit, un poil agacée. "Ça va à l'encontre de ce que l'on propose ici. Ça risque de cliver les choses."

En Occitanie, l'Université Champollion fait figure d'ovni dans le paysage universitaire. Parcours d'études variés, accompagnement personnalisé, elle est reconnue pour ses résultats : "parmi les universités en France qui font le mieux réussir en Licence" écrit l'université sur son site Internet. Les chiffres le confirment : en 2021, elle figurait à la 11e place nationale des universités ayant le meilleur taux de réussite en Licence. 

"Ne pas être dans un amphi à 2.000 personnes avec un professeur qui s'en fout de ma réussite"

Un bilan flatteur, confirmé par les impressions sur place. "On a une qualité d'encadrement et d'enseignement avec des formateurs qui font du cas par cas pour que l'on apprenne au mieux" note Léa Gudefin, à la sortie d'un jeu sportif d'un stand du forum. Comme elle, beaucoup d'étudiants se sentent à l'aise à Albi, et ne se verraient pas au milieu de milliers d'autres étudiants dans une plus grosse université.

"Ici, c'est à taille humaine. C'est un bon départ pour se lancer dans le grand bain. À Toulouse, ce n'est que des grands bâtiments" compare Jasmine Zniber. "Les professeurs connaissent nos prénoms. Ils sont disposés à nous écouter" sourit lui Mael Fages.

"Entre 40 et 3.000 étudiants, on ne peut pas faire le même travail"

Une analyse partagée par Alice Castelle, pourtant originaire de Toulouse. "Je suis venue ici pour cette proximité avec les professeurs, avec tout le monde. Je ne voulais pas être dans un amphi à 2.000 personnes avec un professeur qui s'en fout de ma réussite." Le cadre du campus tarnais est également un atout. Ouvert avec des passages communicants entre eux, les espaces de vie ravissent les étudiants interrogés.

Autant d'arguments sur lesquels jouent les encadrants de l'université. "La culture qu'a cet établissement, c'est d'accompagner et de faire réussir les jeunes" résume Christelle Farenc, en poste depuis 2020. Ligne de conduite relayée à la lettre par ses enseignants.

"Nos effectifs restreints permettent d'avoir un travail et un accompagnement différents de ce que l'on trouve dans les métropoles" estime Mathieu Vidal. Anne-Claire Rattat acquiesce d'un "oui" de la tête. "Les conditions de travail sont aussi différentes. Entre 40 et 3.000 étudiants, on ne peut pas faire le même travail" ajoute-t-elle

Ce discours de proximité, à taille humaine, n'empêche pas l'Institut de voir plus grand : un nouveau bâtiment flambant neuf a été inauguré mercredi 20 septembre en présence de nombreux élus. Mais pas question pour autant d'accueillir plus d'étudiants : l'INU Champollion ne veut pas perdre son avantage face aux autres mastodontes universitaires. 

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