Sécheresse : le dossier Sivens dans le Tarn, symbole douloureux des enjeux de la gestion de l'eau, proche d'un consensus ?

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Écrit par Sylvain Duchampt .

La vallée du Tescou n'a pas été épargnée par la terrible sécheresse qui s'est abattue sur la France. Même si le dossier Sivens ne fait plus parler de lui, le mois de septembre pourrait, peut-être, aboutir à un projet faisant consensus entre anti et pro barrages.

Sur la scène médiatique et politique, le dossier Sivens est à l'image de la rivière Tescou en cette période de terrible sécheresse : il a totalement disparu. Pourtant, la petite vallée du Tarn n'a pas échappé à la très forte sécheresse de ces dernières semaines, comme tout le reste de la France. "Le Tescou est vide et c'est la catastrophe. Mais on s'y attendait. Cela correspond à la modélisation qu'on nous annonçait (comme le rapport Garonne 2050 publié en novembre 2014)" se désespère Christophe Rieunau, président des Jeunes agriculteurs 81. Pascale Puibasset, adjointe à la mairie de Lisle-sur-Tarn, vivant dans cette partie du Tarn, limitrophe du département voisin du Tarn-et-Garonne, ne cache pas son irritation : "Je suis super en colère du temps que l'on a pris pour trouver une solution. Tout ce qui se passe confirme ce que nous annoncions."

Le département met l'Etat devant ses responsabilités

Symbole du débat sur la gestion de l'eau, depuis maintenant plus de 10 ans, le projet de barrage, dont l'opposition entre anti et pro barrages sera douloureusement marquée par la mort du jeune Rémi Fraisse, tué en octobre 2014 par l’explosion d’une grenade tirée par un gendarme lors de violents affrontements sur le chantier de la retenue d’eau controversée, n'a pas fait parler de lui au cours des dernières semaines. Le Tarn n'est pourtant pas épargné. Le département connaît une sécheresse historique.

Au cœur de vacances estivales caniculaires, le président du Conseil départemental, Christophe Ramond s'est fendu d'une tribune sur la question de la ressource en eau. Dans ce court texte, l'élu socialiste appelle à "encore plus optimiser et restreindre les prélèvements d’eau" et "également à préserver la capacité des milieux à retenir l’eau" comme les zones humides. Chaque mot est pesé et choisi : "il est temps aussi de stocker de l'eau intelligemment ! Nous avons besoin de capter cette ressource qui s'échappe à la mer pour pouvoir la réutiliser quand on en a besoin. Il y a urgence à créer des réserves d’eau en hiver pour les utiliser en été !estime le président du département. La situation du Tescou n'est pas citée ni évoquée. 

Le projet du territoire lancé après l'abandon du projet initial de Sivens afin de trouver une solution pour alimenter en eau la vallée du Tescou est depuis six ans un véritable "sparadrap du capitaine Haddock" pour le successeur de l'ancien président du département, Thierry Carcenac.

Christophe Ramond renvoie désormais la responsabilité à l'Etat : "chacun doit désormais assumer ses responsabilités. L'Etat doit se mouiller. Je crois qu'aujourd'hui, nous sommes allés au bout d'un cheminement avec ce projet de territoire, il est possible qu'il faille le compléter légèrement mais ensuite il appartient à l'Etat de donner le top départ pour que l'on puisse répondre de façon très concrète à cette question de l'eau dans la vallée."

Création d'un organisme de gestion de l'eau

Une nouvelle étude sur la zone humide du Testet, lancée au mois de mars, doit rendre prochainement ses conclusions. "L'Etat assume totalement son rôle. Nous gardons le cap et le calendrier, répond Fabien Chollet, secrétaire général du préfet du Tarn. Nous avons des réunions de restitutions prévues à la rentrée qui permettra de décider ensuite de tracer le chemin de l'éventuel projet."

Les collectivités prennent déjà les devants. Elles travaillent actuellement à la création d'un syndicat mixte de l'eau ou un établissement public de coopération intercommunale (EPCI). "C'est un organisme qui doit nous permettre de passer, enfin, à l'action" explique Pascale Puibasset.

Selon la conseillère municipale de Lisle-sur-Tarn, une solution pourrait permettre de trouver aujourd'hui un accord : "cela consisterait à valoriser les eaux du ruisseau de Thérondel, d'utiliser les retenues collinaires et créer un ouvrage de bassin ou retenue d'eau."

Un panel de solutions qui pourrait faire consensus

Christian Pince de l'association France Nature Environnement évoque un programme très similaire, s'appuyant sur cette étude de novembre 2021 : "il y a une opportunité de proposer un panel de solutions qui pourrait recueillir le consentement, à savoir la canalisation entre Montgaillard et la confluence du Tescou, une réalimentation diffuse et un stockage à Bayssière. Mais cela devra s'accompagner du développement de l'agroécologie pour mieux retenir l'eau dans les sols. En toute logique, ce serait cette solution qui devrait émerger et qui permettrait de sortir par le haut du conflit. Mais je ne suis pas à la place, ni des élus, ni de l'Etat."

Les défenseurs du barrage de Sivens ne cachent pas leur agacement face "au million d'études" menées dans le cadre du projet de territoire qui ne fait que "confirmer les besoins en eau pour la vallée, notamment en matière économique". "Nous sommes d'accord sur les questions agroécologiques et sur les besoins d'évolutions des pratiques, affirme Pascale Puibasset. Mais je pense que face à ces sujets complexes, il ne faut pas tomber dans l'idéologie."

Des positions bien éloignées des propos radicaux tenus, dans un camp comme dans l'autre, au cours des dernières années. "Les enjeux alimentaires, environnementaux et ceux concernant aussi la sécurité, comme les réserves des pompiers utilisées pour les incendies, sont trop importants pour que nous restions sur des dogmes, explique Christophe Rieunau. Il y a un travail qui a été fait qui est bien. J'ai le sentiment que Sivens a été pour beaucoup le symbole d'une agriculture productiviste qui n'est pas celle de notre territoire. Je tiens d'ailleurs à saluer les efforts des associations environnementales sur ce dossier."

Une retenue "oui mais pas n'importe où"


Le patron des JA81 est des plus clairs : "oui, il faudra une retenue. Le site s'y prête et il faut trouver le meilleur moyen pour avoir un territoire durable. La question qui se pose actuellement, c'est où l'installer ? C'est un travail qui doit avoir lieu au sein de l'instance."


Le consensus, serait-il sur le point d'être trouvé ? Signe d'un possible terrain d'entente, plusieurs organismes comme FNE et des syndicats agricoles ont récemment signé une charte commune pour sécuriser l'"accès en eau sur le département du Tarn-et-Garonne par la création de retenues individuelles de substitution". "Pour le Tescou, nous nous sommes prêts à trouver une solution, répond Christian Pince, mais à condition qu'on ne touche pas à la zone humide et que l'on apporte de l'eau de façon raisonnable. Il est possible de faire une retenue à Bayssière entre 150.000 et 320.000 m3. C'est à peu près ce que demandent les agriculteurs. On pense que c'est surévalué, mais nous sommes prêts à faire des concessions là-dessus. En contrepartie, ils devront faire des concessions sur la zone humide du Testet. C'est désormais entre leurs mains.

Mais le membre de FNE conclut, presque fataliste : "Aujourd'hui, ils pourront faire un ouvrage près de Sivens, des retenues partout. Pour eux, il n'y aura jamais assez d'eau. Dans 10 ans, ils en demanderont encore."

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