Tarn : "trahison" après l'abattage d'un cèdre dans un parc de Lavaur

Elle avait promis d'en faire une sculpture. La mairie de Lavaur (Tarn) a finalement abattu la souche malade d'un cèdre bicentenaire dans l'un de ses parcs, lundi 11 octobre. Le Groupe national de surveillance des arbres critique une "décision arbitraire" motivée par un enjeu financier.

Le rugissement des tronçonneuses s'élève au-dessus des arbres du jardin de l'Évêché, à Lavaur, dans le Tarn. Ce lundi 11 octobre, des ouvriers s'affairent autour des derniers vestiges d'un cèdre, découpent la souche, évacuent les billes de bois.

Debout près du chantier, au milieu de la poussière, Olivier Chollet observe avec amertume le ballet des pelleteuses. L'arbre "faisait partie du patrimoine de Lavaur", regrette le référent local du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA). "On a fait des fêtes, on venait pique-niquer en dessous"

"C’était un très bel arbre", confirme François Courtin, menuisier-charpentier, "avec un port magnifique et trapu, et un étalé exceptionnel"

Abattu en partie en mars 2020 avec un autre arbre, il ne restait déjà plus grand-chose de ce magistral cèdre de 192 ans. Seulement une souche de cinq mètres, que la mairie avait décidé de conserver pour en faire une sculpture en l'honneur des deux conifères qui surplombaient le jardin.

De cette souche, il ne reste désormais plus rien. Le projet de sculpture a été abandonné par la mairie il y a seulement quelques jours, vendredi 8 octobre. 

Une décision "arbitraire"

C'est "une trahison", estime le GNSA sur son compte Facebook. "La mairie de Lavaur nous a menti ! [...] La promesse de sculpture s'est transformée en promesse d'abattage, alors comment continuer à avoir confiance !".

Olivier Chollet déplore cette décision "arbitraire" de la mairie. "Personne n'a jamais été impliqué dans cette décision ni dans le projet de sculpture". Il avait pourtant lui-même recommandé des artistes sculpteurs aux élus.  

"Il aurait fallu impliquer les gens pour réfléchir au projet", insiste-t-il. 

Les arbres sont le bien commun de tous les habitants. Ils vont être essentiels face au changement climatique. Il faut sauvegarder le patrimoine arboré pour l'avenir. 

Olivier Chollet, référent local du Groupe national de surveillance des arbres

Même une souche, sculpture ou pas, c'est essentiel. "Elle abritait de la biodiversité, des oiseaux, des insectes", souligne-t-il. 

"Il fallait garder la souche", abonde Frédéric Boyer éducateur tout en faisant courir ses doigts sur l'écorce. Cet éducateur à l'environnement s'est joint à la mobilisation au jardin de l'Évêché pour manifester son mécontentement face au déracinage du cèdre."C'est à la fois un symbole et un réservoir de vie, qui va devenir de la matière organique pour nourrir le monde végétal"

30 000€ pour une sculpture

Pour Olivier Chollet, c'est avant tout le côté financier qui aurait motivé la décision de la mairie d'abandonner le projet de sculpture. "Ils disent que cela coûte trop cher. Alors que rien que pour l'abattre, il faut au moins la moitié du budget !", fustige-t-il. Il estime qu'il y avait pourtant des solutions : financement participatif, mécenat... 

Selon Chantal Guidez, adjointe en charge de l’environnement à la mairie de Lavaur, le coût de la sculpture se serait élevé à 30 000 €. 

"On ne peut pas investir financièrement sur quelque chose qui ne va pas tenir et qui va décevoir les gens", rétorque l'élue. Elle pointe le cœur de l'arbre, éventré, d'une teinte nettement plus foncée. Sous ses doigts, le bois se désagrège en sciures. "Le cœur de la souche n'est pas assez fiable pour en faire une sculpture"

"L'arbre avait une malformation du cœur"

Christane Pradelles, élagueuse à Lavaur, confirme : "Cela fait six ans qu'on suit cet arbre. Chaque année, on faisait venir des experts et on le testait. Il a une malformation de naissance, son cœur est malade. Il tenait encore, mais il était fragilisé. Et avec les tempêtes qui se multiplient... Il faut faire passer la sécurité avant tout"

"C’est dommage", souffle François Courtin, "on va mettre un massif de tulipes à la place et puis c'est tout". Il concède pour autant que l'abattage de cet arbre était "nécessaire". Le menuisier-charpentier a contribué au diagnostic de l'arbre. Il explique : "L'arbre était dépérissant, fissuré, menaçant à cause des branches qui tombaient, il a pris la foudre." 

Christine Pradelles s'empresse d'ajouter : "On ne fait pas ça de gaieté de cœur, on n'est pas des assassins". 

On n'y croit pas, quand on voit les arbres comme ça. Mais au fond, ils souffrent. C'est comme les êtres humains, c'est vivant, ça vieillit. 

Christiane Pradelles, élagueuse à Lavaur

Alors, l'élagueuse veut voir le bon côté des choses : seul le cœur du cèdre est malade, le reste de bois est encore résistant. "Tout n'est pas détruit : on va essayer de faire un grand banc, des tables, une petite sculpture avec les enfants".

Chantal Guidez l'assure : toutes les billes en bon état seront utilisées et placées dans le parc. Comme si le conifère ne l'avait jamais quitté. D'autant plus que la relève est assurée. Deux cèdres vont être plantés au jardin de l'Évêché de Lavaur. 

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