TEMOIGNAGE. "Au début les clients respectaient l'obligation. Désormais, ils rentrent dans le magasin sans masque"

Christelle Roger, gérante d'une maison de la presse à Albi (Tarn), a décidé d'exprimer son ras-le-bol.  Alors que l'épidémie de Covid s'emballe, le port du masque n'est plus respecté par ses clients, mettant en danger sa santé, celle de ses employés comme l'avenir de son commerce. Témoignage.

Christelle Roger, gérante de la Maison de la presse Albi Madeleine, ne cesse de constater des incivilités dans son magasin, et ce, alors que la deuxième vague se fait plus pressante.
Christelle Roger, gérante de la Maison de la presse Albi Madeleine, ne cesse de constater des incivilités dans son magasin, et ce, alors que la deuxième vague se fait plus pressante. © FTV/Paul Ruyer
Tout est parti d’un post sur Facebook. Un pavé dans la mare pour signaler des incivilités répétées. Voilà 9 ans que Christelle Roger et son mari Stéphane dirigent une maison de la presse à Albi (Tarn). Depuis le début de la deuxième vague de l'épidémie de coronavirus, le couple constate de plus en plus de manques aux gestes barrières. Le port du masque, pourtant obligatoire dans ce type de magasin, est très peu respecté. "La semaine dernière a été celle de trop, nous avons passé notre temps à réprimander des clients, détaille, lassée Christelle Roger. La situation sanitaire empire et l’incivilité avec, cela fait deux semaines que les gens mettent de moins en moins leur masque et ne se lavent plus les mains." 

Au début les clients respectaient l'obligation. Désormais, il est fréquent d'en voir entrer sans leur masque pour ne le mettre qu'à la caisse.

Christelle Roger, gérante de la Maison de la presse Albi Madeleine


La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est intervenue vendredi. Alors qu’un client entre sans son masque, une employée du couple lui fait savoir à plusieurs reprises qu’il est obligé de le porter dans le magasin. A partir de là tout s’emballe. "Il ne nous a pas écoutés, pire, il s’est rapproché de nous pour nous parler bien en face, relate Christelle. Au bout de 10 min de négociations, il a fini par mettre son masque, mais le mal était fait, on a refusé de le servir pour ne pas avoir respecté les règles plus tôt. Il a donc commencé à insulter mon mari, avant de partir." La fois de trop, mais pas un acte isolé. 

" Au début, les clients respectaient l'obligation. Désormais, il est fréquent d'en voir entrer sans leur masque pour ne le mettre qu'à la caisse" se souvient la gérante. 

"Par tous les moyens, ils essayent de s'y soustraire"

Une situation qui fatigue mentalement le couple. "Nous aussi on en a marre du masque, mais on doit respecter les règles." Les personnes âgées notamment, fortes de leur expérience et des épreuves du passé, tentent de contourner les règles. "Sous prétexte qu’ils ont connu la guerre ou des maladies par le passé, ils ne veulent pas mettre leur masque. Et par tous les moyens, ils essayent de s’y soustraire" détaille Christelle Roger.

Une situation qui pousse le couple à faire la police dans son magasin. "On n’a pas eu un seul contrôle de police depuis le début, les policiers passent, on leur expose la situation, mais ils ne peuvent pas rester toute la journée, de fait c'est nous qui sommes policiers et commerçants" concède Christelle Roger. Pire, ils ont l’impression d’être un lieu où tout est permis. "En grande surface, les gens ne négocient pas avec le vigile, pourquoi ils se le permettent chez nous ? Pourquoi on devrait accepter qu’ils ne portent pas le masque." 

Je comprends pourquoi la situation empire. Les gens ne respectent rien. Ils pensent à eux, alors que nous sommes tous dans le même bateau. 

Christelle Roger, gérante de la Maison de la presse Albi Madeleine

 

Entre craintes et tensions

Une situation qui fait craindre le pire pour la Maison de la presse Albi Madeleine. "Plusieurs fois on me dit : Je peux l’attraper je m’en moque. Mais ils ne pensent pas à nous, à notre protection." Toute la journée Christelle porte le masque pour protéger ses clients et surtout éviter de contracter un virus qui signifierai, la fermeture du magasin. "Si demain je l’attrape, mon mari sera en septaine, ma fille aussi. C’est-à-dire que pendant minimum de 7 jours on devra fermer. On le dit aux clients. On essaye de les faire culpabiliser, c’est notre dernier recours" affirme Christelle Roger.

La gérante ne souhaite qu’une chose, une prise de conscience collective. "Je comprends pourquoi la situation empire. Les gens ne respectent rien. Ils pensent à eux, alors que nous sommes tous dans le même bateau."

Christelle Roger risque un peu plus que les autres. Outre sa propre santé, c'est l'avenir de son commerce, sous la menace d'une fermeture administrative, qui est en jeu.
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