Toulouse. Gabriel Loubradou, président de l'association "Stop à l'oubli", est décédé

Le Lotois Gabriel Loubradou est mort à l'âge de 83 ans, dimanche 24 octobre. Il était le co-fondateur et le président de l'association toulousaine de familles de victimes "Stop à l'oubli", qui se bat pour rétablir la vérité sur des centaines de meurtres non élucidés commis dans les années 1980-90.

Il a fait de sa vie un combat contre les défaillances de la justice toulousaine. Gabriel Loubradou est mort des suites d'un cancer, dans la soirée du dimanche 24 octobre 2021. Il avait 83 ans. 

"C'était une personne extrêmement courageuse, avec une éthique totale", confie Yves Garric, ancien journaliste et vieil ami de Gabriel Loubradou. "Il était aussi très pudique : il ne m'a jamais parlé de la douleur qu'il ressentait vis-à-vis de sa fille." 

Car la vie de ce professeur d'histoire-géographie de Cahors, dans le Lot, a basculé en 1989. Le 16 août, sa fille Hélène disparaît de la clinique d'Aufréry, à Pin-Balma, où elle était hospitalisée pour dépression. 

Elle avait 27 ans, et était mère d'un garçon de huit ans. Elle n'a jamais été retrouvée. Pour Gabriel Loubradou, cela ne fait pas de doute : elle a été tuée. "Son obsession, c'était de rétablir la vérité sur la disparition de sa fille", souligne Marcel Gay, lui aussi journaliste et ami de l'ancien professeur."Il ne vivait que pour ça"

Un combat pour faire éclater la vérité

Près de dix ans plus tard, le tueur en série Patrice Alègre est arrêté en 1997 puis condamné en 2002 à la réclusion criminelle à perpétuité pour meurtres, tentative de meurtre et viols. 

Lors de son enquête, la cellule Homicide 31, dirigée par le gendarme Michel Roussel, fait apparaître de graves dysfonctionnements au sein des institutions toulousaines.

Entre enquêtes bâclées, meurtres classés en suicide ou disparitions de scellés... Ce seraient plus de 190 meurtres ou disparitions commis dans les années 1980-1990 non élucidés et classés sans suite par le Tribunal de grande instance de Toulouse. 

C'est ainsi qu'en 2004, Gabriel Loubradou créé l'association toulousaine "Stop à l'oubli" avec douze autres familles de victimes. Objectif : regrouper des dossiers de disparitions et de crimes inexpliqués.

Grâce au travail de l'association, la cellule Homicide 31 a d'ailleurs pu faire le lien entre certains dossiers et Patrice Alègre. 

Dès lors, Gabriel Loubradou consacre sa vie à cette recherche de vérité. "Il avait une mémoire d'ordinateur, qui lui permettait toutes les connections, tous les recoupements entre les différentes affaires", se souvient Yves Garric.

Il faisait passer son dossier après tous les autres. Il avait une générosité, un courage, une foi, un truc extraordinaire.

Yves Garric, ancien journaliste et ami de Gabriel Loubradou

Surtout, "il n'avait pas peur", continue l'ancien journaliste. 

La cinquantaine de dossiers portés par Stop à l’oubli "ne sont pas tous liés à l’affaire Alègre, mais ont un point commun : leur mauvais traitement par certains magistrats et leurs services enquêteurs", expliquait Gabriel Loubradou, alors président de l'association, dans un édito publié sur le site internet de Stop à l'oubli. L'association regroupe une trentaine de familles de victimes et plusieurs centaines d'adhérents. 

"Il a mené tout plein d’opérations, harcelait les pouvoirs publics – et surtout la justice – pour obliger les magistrats à enquêter sur ces différents meurtres", raconte Marcel Gay, qui a aidé l'ancien professeur d'histoire-géo dans certaines de ses enquêtes. "Il remuait ciel et terre pour y parvenir"

"Une perte inestimable" 

"C'est une perte inestimable pour l'association", regrette Yves Garric. L'ancien journaliste craint qu'une partie de son combat pour la vérité parte avec lui. "Il avait les clefs, tout ce qu'on ne pourra jamais dire sur cet immense gâchis judiciaire"

"J'espère que son œuvre va continuer", déclare de son côté Michel Gay. "Je lève mon chapeau à ces personnes qui vont prendre le flambeau, qui se battent non pas pour de l’argent, mais pour des idées"

Gabriel Lourbadou sera inhumé samedi 30 octobre 2021, à Montcuq dans le Lot, où il habitait. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
disparition faits divers justice société