Concentration de dioxines près de l'incinérateur d'Ivry : l'ARS demande une expertise toxicologique

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Écrit par PDB

Suite à la publication d’un rapport révélant de forts taux de dioxines - des polluants organiques - près du centre de traitement de déchets, l’Agence régionale de santé préconise par prudence de ne pas consommer "des œufs et produits animaux issus de poulaillers situés à proximité immédiate de l’incinérateur".

L’Agence régionale de santé d’Île-de-France va "solliciter l’avis d’experts toxicologiques", après la publication d’une enquête portant sur la concentration de dioxines dans des œufs à proximité de l’incinérateur d’ordures ménagères situé en partie à Ivry-sur-Seine et dans le XIIIe arrondissement de Paris. Dans un communiqué publié samedi, l’ARS indique aussi qu’elle va demander l’appui de Santé publique France et de l’Anses pour faire un "état des lieux de la situation locale et régionale".

En attendant des "données complémentaires plus stables", l’ARS annonce également qu’elle préconise "de façon conservatoire et prudentielle" la "non-consommation des œufs et produits animaux issus de poulaillers situés à proximité immédiate de l’incinérateur"Les communes d’Ivry, de Charenton, d’Alfortville, mais aussi le XIIe et le XIIIe arrondissements de Paris sont concernés. Cette recommandation, qui s’applique aussi aux fermes et jardins pédagogiques, ne concerne toutefois pas les "circuits commerciaux classiques".

Cette demande d’expertise toxicologique par l’ARS fait suite à la publication d’une enquête réalisée à l’été 2021 par ToxicoWatch, une ONG centrée sur les risques liés à la toxicologie, et commandée par une association, le collectif 3R. "Les analyses menées sur des œufs de poules élevées en plein air, des arbres (résineux, oliviers) et des mousses dans les communes d’Ivry-sur-Seine, Alfortville, Charenton-le-Pont et Paris, révèlent des concentrations de dioxines parmi les plus élevées des études de biosurveillance menées par ToxicoWatch en Europe", s’inquiète le collectif 3R.

"Les dioxines font partie des polluants organiques persistants, sont toxiques même à des doses infimes (ce sont notamment des perturbateurs endocriniens), et contaminent l’environnement durant plusieurs décennies en s’accumulant dans la chaîne alimentaire", pointe l’association.

Une enquête qui présente des "biais" selon le Syctom

"Même s’il est scientifiquement difficile d’établir avec certitude l’origine de leur présence dans les communes autour de l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII", le collectif 3F souligne "la présence dans les dioxines analysées de profils de congénères typiques de l’incinération des déchets plaide".

L’ARS, elle, note que le rapport porte sur des "poulaillers urbains" (des poulaillers de particuliers), et révèle "des concentrations de dioxine très supérieures aux normes admises pour les œufs issus des circuits commerciaux". La méthodologie de l’enquête de ToxicoWatch est "en cours d’analyse".

De son côté, le Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères (Syctom), qui gère l'incinérateur, a réagi en rappelant que l’usine était "soumise à une réglementation stricte de ses rejets, dont les dioxines", avec des campagnes de mesures régulières. Le Syctom estime que le rapport de l’association présente "quelques biais ou absences qu’il serait utile de renseigner", et pointe notamment du doigt l'absence "de points témoins dans la région parisienne en dehors de la zone d'influence de l'usine, qui permettraient de comparer les valeurs obtenues et donc de qualifier l'origine de la pollution".

Le centre d’Ivry est le plus grand incinérateur d’Europe. Mis en service en 1969, puis modernisé en 1995 et 2005, le centre est en cours de rénovation, avec des travaux prévus jusqu’en 2023.