Après un an de travaux, "Le Cyclop" de Tinguely et Niki de Saint Phalle rouvre dimanche

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Écrit par Emmanuèle Bailly

Dernier coup de pinceau avant la réouverture du "Cyclop". Cette sculpture monumentale en métal, installée dans les bois de Milly-la-Forêt en Essonne, doit rouvrir ce week-end après une restauration qui aura duré plus d'un an.

Derniers préparatifs en forêt de Milly. Au bout de leur corde, en rappel sur la façade haute de 22,50m, les cordistes passent une dernière couche de peinture au goudron noir sur la structure métallique de l'œuvre monumentale.  

Cette sculpture réalisée par le couple Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle abrite des mécaniques fantastiques mais aussi des œuvres insolites d'une quinzaine d'artistes, amis du couple. Eva Aeppli, Seppi Imhof, Bernhard Luginbühl, Arman, César, Daniel Spoerri, Jean Pierre Raynaud, Jesús Rafael Soto, Rico Weber, Larry Rivers, Philippe Bouveret et Pierre Marie Lejeune ont participé  à cette œuvre collective, qui s’est déroulée de 1969 à 1994.

 A l'intérieur de la tête de la sculpture, l'équipe du Cyclop s'affaire. Il reste à installer quelques œuvres. Il faut graisser, régler les machines. "Les mécanismes du Cyclop, c'est un savant dosage de graisse, parce qu'il faut que ça roule et en même temps il faut que ça grince", explique malicieusement François Taillade, le directeur de l’association du Cyclop.  

Un œil unique, une tête étincelante de miroirs, une bouche d’où ruisselle de l’eau sur une langue-toboggan et une oreille monumentale. C'est ce que l'on voit lorsqu'on débouche dans la clairière. Mais Le Cyclop c'est aussi œuvre dans laquelle on pénètre. On découvre les sculptures sonores, ces machineries aux engrenages de ferraille, mais aussi les œuvres des amis artiste : L'Hommage aux déportés de Eva Aeppli, Le Tableau électrique  de Rico Weber ou le Piccolo Museo de Giovanni Battista Podestà. Des œuvres à la fois graves et pleines d'humour. 

Le Cyclop est une aventure collective qui débute en 1969.  Aussi appelé La Tête ou Le Monstre dans la forêt, Le Cyclop est un monument unique dans l’histoire de l’art mais aussi, le fruit d’une aventure tissée de liens d’amitié. Une utopie réalisée au cours de nombreuses années par "une équipe de sculpteurs fous" réunie autour de la personnalité de Jean Tinguely.    

Plus d'un an de travaux, 1,5 millions d’euros de budget 

"Durant cette année, tout un ensemble d’œuvres ont été restaurées par le Cnap", le Centre national des arts plastiques, qui en assure la conservation, précise François Taillade.

Parmi elles, La Colonne de Niki de Saint Phalle : "Sur cette colonne, les cornes qu’elle aimait, qu’on touche car elles sont censées porter bonheur, ont été refaites par les céramistes du Jardin des Tarots (Une œuvre de l'artiste installée en Toscane, ndlr). Grâce à leur travail, elles ont retrouvées leur éclat d’origine", se réjouit François Taillade.   

Le Cyclop nécessite un entretien permanent. A l'initiative du Cnap et de nombreux mécènes, une restauration est engagée. "Cette dégradation du Cyclop, c’est l'œuvre du temps qui passe et du temps qu’il fait" résume le directeur de l’association du Cyclop. On est en Île-de-France avec des températures qui peuvent descendre a -10° et monter à plus de 30°. Il faut savoir qu’ici nous sommes en pleine nature au milieu des bois de Milly", rappelle-t-il.  

360 m2 de surface recouverte, soit  62 000 pièces de miroirs

Pièce maitresse du Cyclop, La Face aux miroirs de Niki de Saint Phalle nécessitait une rénovation complète. "On a changé tous les miroirs qui s'étaient altérés, raconte Carole Aquaviva, restauratrice du patrimoine. "Très vite après leur installation, les miroirs ont commencé à s'opacifier et surtout à se détacher de leur support et ça devenait dangereux", dit-elle.  

"On est donc intervenu pour changer 62 000 miroirs", continue la restauratrice. "On a fait des relevés à l'échelle 1/1 de chaque miroir, puis on a utilisé un latex naturel pour créer une contre-forme des miroirs qu'on a reporté ensuite sur un papier et ainsi créer à l'identique les miroirs d'origine".

Ce dimanche 22 mai marque la fin du chantier et la sculpture reprend du service. Pour fêter la réouverture du lieu, l'association Le Cyclop, en charge de la gestion du lieu, propose au public d'associer les artistes à sa nouvelle jeunesse.

Point fort du programme, jusqu'au 6 novembre, le week-end à la tombée de la nuit, l'artiste Caty Olive, révèlera la magie du lieu avec son installation lumineuse. De quoi en prendre plein les yeux.

A voir, un reportage d'Isabelle Dupont et Gilles Bézou.

durée de la vidéo : 02min 14
Le Cyclop fait peau neuve ©F3PIDF