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Gay Games 2018 : menacée pour son homosexualité, Clare n'a pourtant pas quitté l'Ouganda. Elle se bat et dénonce

Clare Byarugaba, activiste LGBT en Ouganda. Elle participe à ses premiers Gay Games à Paris 2018. / © Juliette Lambot
Clare Byarugaba, activiste LGBT en Ouganda. Elle participe à ses premiers Gay Games à Paris 2018. / © Juliette Lambot

Clare Byarugaba, activiste LGBT en Ouganda, participe à ses premiers Gay Games. Elle habite aussi l'un des 72 pays qui criminalisent l'homosexualité. A Paris, elle profite de ces instants de liberté avant de repartir en Ouganda. Harcelée, insultée et menacée dans son pays, elle témoigne.

Par Juliette Lambot


C'est peut-être ce qu'elle apprécie le plus : marcher librement dans les rues de Paris. Sans peur. Sans insultes. Clare Byarugaba  participe à ses premiers Gay Games.  Plus précisément aux épreuves sportives de natation. 50 mètres brasse. 50 mètres crawl. Elle n'est pas là que pour le sport. Elle est là aussi pour parler de son pays. A visage découvert, en prenant des risques, elle dénonce le traitement intolérable que subissent les homosexuels en Ouganda.

En Ouganda, des menaces et des insultes au quotidien. 

A Kampala, la capitale de son pays, Clare ne peut pas sortir de chez elle sans être insultée. Impossible de marcher dans la rue ; elle effectue tous ses déplacements en voiture. Dans les écoles, des enfants sont encore montrés du doigt tous les jours. Suspectés d’être LGBT, ils sont harcelés par leurs camarades, leur famille, leurs professeurs. Il y a même une campagne officielle appelée "Génération sans homosexuels" qui révolte Clare. 

 Leur idée, c’est de dire que notre génération, nous les vieux, nous sommes une génération perdue. C’est trop tard pour nous.  Mais les jeunes, ils veulent les sauver. Ils font tout pour combattre l’homosexualité à l'école.

Si vous montrez des signes, juste des signes de différence, vous êtes montré du doigt et menacé. 
L'homosexualité est condamnée depuis 1950 par une vieille loi coloniale britannique qui interdit l'acte sexuel entre deux personnes du même sexe. Mais ces comportements inadmissibles ne sont qu'une partie de l'histoire. Entre 2009 et 2014, l'Ouganda a projeté de faire voter des lois qui condamnent et criminalisent l'homosexualité. Une folie qui a même fait sortir de sa réserve Barak Obama. Le président américain qualifie ces textes " d'odieux" et déclare:
"Nous pouvons être en désaccord avec le mariage gay, mais nous ne pouvons certainement pas accepter ce qui est déraisonnable, à savoir prendre pour cibles des gays et des lesbiennes pour ce qu'ils sont".
 

2009-2014 les année noires. 

A partir de 2009, ces lois terribles sont débattues au parlement ougandais. Certaines sont votées. Des lois qui légalisent l'homophobie. " Vous pouviez aller en prison à vie juste parce que vous aviez eu des relations sexuelles avec quelqu’un du même sexe; vous pouviez être condamné à 10 ans de prison pour défendre les droits LGBT. "

Il y avait même une clause qui permettait de vous mettre en prison, si vous ne dénonciez pas quelqu’un d’homosexuel. Des mères, des professeurs sont allés en prison simplement parce qu’ils n'avaient pas signalé des enfants à la police.

L'Ouganda est un des 72 pays dans le monde qui criminalise l'homophobie. 
 

Clare se souvient de cette période. Une période de peur générale. Les gens se cachaient pour ne pas être arrêtés. Comme si leur propre pays les trahissait. 

C’est une chose si une société vous déteste, mais c’est tout autre chose si les institutions, le gouvernement et le parlement légifèrent contre vous. C'est ce qu’a fait le parlement de notre pays en 2009 : légaliser l’homophobie. Ces personnes sont supposées nous protéger en tant que citoyens de l’Ouganda. A la place, ils ont fait de nous des criminels.
 

 

La peur au ventre, elle résiste. 

Pendant ces années de terreur, Clare a peur. Sa famille n'est pas au courant de son homosexualité. Un jour, elle teste sa mère. Elle lui demande ce qu'elle pense de ces lois anti-gays. La réponse maternelle est brutale :

Si j'avais un enfant Gay, je l'emmènerais moi-même au commissariat. 

Sa mère trouve cette loi très utile, efficace.  Outée par un tabloid national, Clare se retrouve un beau matin à la une des journaux. Pas le temps de prévenir sa famille. Juste celui de s'enfuir et de se cacher. Elle change de maison tous les mois. Elle a peur. Peur d'être dénoncée et battue. Ses relations avec sa famille restent aujourd'hui très tendues. 
 

 

  Cette loi horrible a montré comment l’homophobie pouvait devenir un sentiment national. Elle a abîmé les gens et leurs façon de vivre ensemble.

Clare ne s'énerve jamais. Ne hausse pas le ton. Un sourire bien accroché. Un sourire comme résistance. Un sourire pour dire : vous ne m'aurez pas. Mais elle n'attend pas pour combattre ces lois inhumaines. En 2012, elle s'engage avec Chapter Four. Une association qui défend depuis les droits LGBT. 

 Il n’ y avait pas de raison pour que l’on se déteste les uns et les autres. Mais si ton pasteur dit que les LGBT sont un problème, si ton pays légifère contre eux alors tu commences à faire attention. Quelqu’un qui n’avait pas de problèmes avec son voisin gay va tout à coup avoir un problème. Parce que l’homophobie a été légalisée.

Harcelée dans la rue et sur internet, Clare tient bon. Avec Chapter Four, ils se battent contre ces lois. Ces années sont terribles pour tous. 

On pouvait être battu dans la rue parce qu'on avait été outé par un journal et qu'on apparaissait en une d'un Tabloid.  Des gens étaient dénoncés, virés de leur boulot. 400 personnes ont quitté le pays car la situation était devenue intolérable.

C'était très dur, mais en même temps en tant notre communauté a été résiliente. Nous avons refusé d'être mis à terre.  Nous avons voulu rester pour nous battre. Nous avons dit non c’est inacceptable. Nous n'allons pas fuir ce pays. Vous n'allez pas nous chasser. Et je suis restée. 

Une partie de ces lois sont abolies en 2014. 
 

 

Les Évangelistes américains responsables de cette montée de l'homophobie. 

Clare ne peut se résoudre. Son pays n'est pas habité par une telle haine. Ils nous ont appris la haine. Les politiques, les pasteurs et d'autres encore n'ont cessé de répéter et prêcher des contre-vérités aux oreilles du peuple ougandais. 
Les pasteurs des église les ont effrayés en les menaçant. S'ils acceptaient l’homosexualité, Sodome et Gomorrhe allaient se venger sur eux.
Les Ougandais étaient pris en étaux. Manipulés. Ceux qui représentaient Dieu leur ont intimé de se méfier de nous. Et le Parlement a aussi relayé cette homophobie. L'a légalisé. 
 La religion a été la plus grande responsable. Mais les pasteur ougandais ne sont pas seuls à prêcher la peur. Il y a aussi les pasteurs américains. Ils ont perdu leur bataille aux Etats-Unis et  ils sont venus chez nous en Ouganda pour évangéliser notre terre. Ils sont venus prêcher ces contre-vérités. Ils ont demandé aux pasteurs ougandais de les suivre. Ces pasteurs américains avaient tenté en 2008, puis en 2013, de faire échouer la loi autorisant le mariage homosexuel en Californie. Créationnistes, issus de la droite chrétienne américaine, ils ont encore des relais puissants dans le monde politique et financier aux Etats-Unis. 

Toutes les idées qui existent aujourd’hui sur les homosexuels viennent d’eux. Ils leur ont fait croire que nous étions une menace pour le mariage traditionnel. C’est faux. Nous n’allons pas non plus voir les enfants pour les convertir à l’homosexualité. C'est faux. Mais pour faire passer la loi de 2013, ils avaient besoin d'avoir la population avec eux. Alors ils ont diffusé tous ces mensonges.

Ils ont appris la haine à l’Ouganda. Mais Clare pense qu'elle peut la déprogrammer. C'est son rôle. Sa mission. Leur apprendre à s'aimer à nouveau.  Nous sommes des humains. Des Ougandais. Des Africains. Nous ne sommes pas de mauvaises graines venues d'ailleurs pour causer le malheur dans notre pays. La religion a vraiment été la plus grande responsable de cette haine envers nous.

 

Clare Byarugaba, et sa médaille de Bronze aux Gay Games. / © Juliette Lambot - France3
Clare Byarugaba, et sa médaille de Bronze aux Gay Games. / © Juliette Lambot - France3

De retour dans son pays après les Gay Games, Clare va continuer son combat. Elle veut que les jeunes la connaissent. Qu'ils sachent. Quelque part en Ouganda quelqu'un se bat pour eux. Avec son association, elle est là pour les écouter et les soutenir.  Un grand courage...Petit à petit, associé aux autres, il contribue à changer notre monde.  


 

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