Insolite. À Stains, en Seine-Saint-Denis, les déchets alimentaires sont ramassés à cheval

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Écrit par Rachida Bettioui .

Dans le quartier du Clos Saint-Lazare à Stains (Seine-Saint-Denis), les déchets alimentaires sont ramassés à cheval. À l’initiative de ce projet, "Les Alchimistes", une jeune start-up qui sensibilise les habitants à l’environnement, en transformant leurs déchets en compost.

L'attelage ne passe pas inaperçu dans le quartier du Clos Saint-Lazare à Stains. Alors qu’une Audi ronronne derrière et refrène son envie de doubler, Quêteur, le cheval de trait, et sa roulotte, poursuit son chemin sur le bitume en direction de l’école Alexandrine. La cochère guide avec aisance et complicité le cheval de trait, âgé de 18 ans, qui avant de venir prendre sa retraite à Stains, travaillait dans les vignes.

"Quêteur, c’est le compagnon de travail idéal. Il est doux, gentil, patient. C’est vraiment très agréable de travailler avec un cheval. Les automobilistes sont très sympas aussi. Il y en a qui passent et font des pouces", dit en souriant Alexandrine.

Dylan, le collègue d’Alexandrine, fait partie de cette petite troupe. Il assure la sécurité du convoi et accompagne la marche de l’attelage à pied. Très souvent, il demande aux voitures de patienter. 

"Dans l’ensemble, ça va, mais parfois, il faut intervenir vite, car il faut assurer la sécurité du cheval. C’est rare, mais dans le quartier résidentiel, certains peuvent rouler vite. Et parfois, la circulation est plus dense d’un jour sur l’autre", rappelle Dylan. La collecte s’effectue au pas deux fois par semaine et les poubelles sont vite bien remplies.

On est hyper bien reçus, on est régulièrement photographiés. Les gens, quand ils voient Quêteur, ils ont le sourire et ils demandent s'ils peuvent le caresser

Alexandrine Martin, cochère et responsable du site de collecte à Stains

Même si la collecte se fait au pas, donc beaucoup plus lentement qu'en camion-benne, on est beaucoup plus respecté que si on était un camion d'éboueurs, reconnait Alexandrine. "En fait, ou les gens nous connaissent, ou bien, ils sont très surpris et viennent nous voir. C’est là qu’on leur explique, qu’on est « Les Alchimistes », et qu’on collecte les déchets alimentaires des habitants pour ensuite en faire du compost", explique la jeune femme, également responsable du centre de collecte.

L’hippomobile, une démarche écologique et sociale 

"Ici, on est dans un quartier relativement défavorisé où le tri de manière générale n'est pas effectué, c'est un des plus bas taux de tri de toute la France et si on venait avec des camions, on aurait été juste comme un prestataire de déchets supplémentaires", explique Arthur Berna, chef de projet, Les Alchimistes.

L’entreprise a voulu manquer le coup et montrer sa présence ici, à Stains et particulièrement en Seine-Saint-Denis, où tout s’y prête, contrairement à ce que l'on pourrait croire.

"L’hippomobile, à Stains, est tout à fait faisable pour la collecte, on en est certain, maintenant. Les distances sont courtes, le terrain est relativement plat et il y a des fermes un peu partout où le cheval peut être en pension", rajoute le chef de projet.

En plus, d’être un moyen de tri, l’hippomobile permet d’entretenir des liens sociaux et des échanges conviviaux.

"On est hyper bien reçus, on est régulièrement photographiés. Les gens, quand ils voient Quêteur, ils ont le sourire et ils demandent s'ils peuvent le caresser. D’ailleurs, là, je vois des enfants qui sortent de l’école et ils vont venir vers nous", sourit Alexandrine. Quelques secondes, plus tard, les enfants arrivent en courant et criant : "C’est Quêteur, Quêteur est là !" Aussitôt, ils entourent la roulotte et prennent la pause pour que leurs mamans les prennent en photo. 

"On connaît très bien Quêteur et les Alchimistes dans le quartier. Ils nous ont donné des sacs dans lesquels on met nos épluchures de patates, de bananes, de nos légumes et de nos fruits, mais aussi de viandes et de poissons. D’ailleurs, ça fait beaucoup parfois", admet la maman et habitante du quartier. Sa voisine est acquise et reconnaît que cette démarche est vraiment originale. "C’est super, car on participe à prendre soin de la planète, juste en triant nos déchets dans la cuisine. C’est vraiment tout simple, et il faut le faire sinon, quelle planète, on va laisser à nos enfants ? En plus, tout le monde aide à la maison et on dit, ça, c’est pour Quêteur", rajoute cette mère de famille entourée de ses deux petites-filles.

La collecte dans le quartier se fait auprès des particuliers, mais aussi auprès de certains professionnels et collectivités, dont une crèche, deux écoles, une cantine d’entreprise, mais également auprès d’une boulangerie et d’un supermarché. Les bio-sacs sont ensuite déposés dans des poubelles marron estampillées « Les Alchimistes » en bas des résidences et des collectivités. Dylan, collecteur-composteur, les achemine jusqu’à la roulotte. Il a été recruté à la mission locale à Stains pour rejoindre la star-up innovante.

Un circuit court, durable et urbain

Transformer des déchets alimentaires en compost. Ce geste d’antan est devenu un métier pour Les Alchimistes, une jeune start-up, créatrice d’emploi à Stains. Un pari audacieux et original, même s’il a fallu convaincre au début et expliquer l’intérêt d’un circuit court, car rien n’était gagné, quand ils décident de s’y installer, il y a deux ans.

"Ce n’était pas évident au début, car il a fallu expliquer aux habitants, que deux jours par semaine de 9 h 30 à 13 h, la circulation serait ralentie par la collecte effectuée à cheval. Ensuite, nous avons construit notre centre de tri des déchets alimentaires en face d’un collège, donc vous imaginez l’accueil. Mais heureusement, les gens avaient besoin d’être entendus et nous, nous leur avons expliqué le but de cette démarche saine pour l’environnement. Aujourd’hui, tout le monde adhère et les résultats sont là, il n’y a qu' à voir comment tout le monde accueille Quêteur pendant sa collecte, pour être rassuré", se réjouit Arthur Berna, chef de projet, pour les Alchimistes.

La proximité de la chaîne de fabrication permet aussi aux habitants de voir ce que deviennent leurs déchets alimentaires transformés en compost. Il suffit de suivre Quêteur. Le cheval traverse les petites allées du quartier avec sa remorque pleine, jusqu’au centre de tri, situé à quelques minutes du Clos Saint-Lazare.

Dylan, Arthur et Alexandrine déchargent les poubelles et les déposent dans un composteur électromécanique.

Ces déchets sont broyés et la matière complexe et malodorante est transformée en une matière utile, le compost, qui est stocké sous d’énormes bâches ensuite.

"Ça, c'est le fruit du résultat des habitants", montre fièrement Arthur Berta qui soulève la bâche et prend une poignée de compost dans sa main. "Le compost a 12 semaines de maturation et là, on peut déjà voir qu’il est bien riche de matière organique. Il reste une dernière étape qui consiste à trier les gros morceaux de copeaux, etc, et il sera prêt à être utilisé", explique-t-il. Le compost est ensuite vendu à des particuliers, en petit sachet, ou en de plus gros volumes pour des agriculteurs locaux ou encore pour des projets de revégétalisation de la ville.

"La majorité des déchets alimentaires est très peu valorisée alors que ce sont des ressources très riches en matière organique, et pour nous, réintroduire cette matière organique broyée dans nos sols, contribue à enrichir nos sols et à lutter contre le réchauffement climatique", explique Arthur Berta.



"Le projet Clos Compost" à Stains a été voulu par les collectivités. C’est une expérimentation, débutée en septembre 2020 pour trois ans menée grâce au partenariat avec le SYCTOM, Plaine Commune, la Ville de Stains et Seine-Saint-Denis Habitat. Le but de cette expérimentation est de préparer tous les acteurs locaux avec les citoyens à l’application de la Loi pour la Croissance verte Transition Energétique. (Tous les ménages devront disposer d'une solution leur permettant de trier leurs déchets biodégradables.) 

Près d'une dizaine de tonnes de déchets alimentaires est ramassée par mois dans ce quartier à Stains, ce qui contribue à produire 10 tonnes de compost par mois. Preuve que le projet a pris, et qu’il est nourri par l’adhésion des habitants. En septembre 2023, les Alchimistes sauront si l’activité se prolongera pour Quêteur et toute l’équipe.

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