Coincés par des filets sous le métro, des pigeons libérés à Paris : "Ils peuvent mourir de faim et d’épuisement"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Pierre de Baudouin
Deux pigeons en train de voler, à Paris (illustration).
Deux pigeons en train de voler, à Paris (illustration). © IP3 PRESS/MAXPPP

La RATP a mené une opération cette semaine au niveau de la station Jaurès, afin de délivrer des pigeons coincés derrière des filets situés sous le métro aérien. L’association Paris Animaux Zoopolis, qui a alerté le groupe, appelle entre autres à multiplier et entretenir les pigeonniers.

Deux jours ont été nécessaires pour libérer les oiseaux. Lundi et mardi, la RATP est intervenue pour sauver des pigeons coincés par des filets, suspendus sous le métro parisien. L’opération a été menée au niveau de la station Jaurès, dans le XIXe, comme on peut le voir sur des images de l’association Paris Animaux Zoopolis (PAZ).

"Ces filets sont placés pour des raisons de sécurité sur les parties aériennes du réseau, sur lignes 2 et 6 notamment. Le but est d’empêcher aux pigeons de s’introduire vers les infrastructures et de s’y installer, explique la RATP à France 3 Paris IDF. Les déjections provoquent des salissures pour les voyageurs, et les stations ne sont pas des endroits très heureux pour les oiseaux."

A Jaurès, "des pigeons pouvaient malheureusement s’infiltrer sur certains points du filet" et ont ainsi été pris au piège selon la RATP : "Lundi, une nacelle a été mis en place et deux pigeons ont été libérés, mais ce n’était pas suffisant. Avec la nuit, la nacelle a dû être réinstallée mardi matin, et on a réussi à décoincer tous les pigeons. Tout a été mis en œuvre et ça s’est très bien passé avec l’association présente sur place."

"Les oiseaux s’engouffrent dans les filets et s’y coincent, et peuvent ainsi mourir de faim et d’épuisement"

De son côté, Amandine Sanvisens, co-fondatrice de Paris Animaux Zoopolis, explique que le chemin a été long : "L’opération a été un peu chaotique, ça s’est étalé sur deux jours. Des ouvertures ont été réalisées sur le filet, qui a ensuite été refermé, donc on est toujours un peu inquiet pour la suite mais c’est une première étape. Tous les oiseaux sont repartis en volant, sauf des petits, qui étaient nourris par leur mère depuis l’extérieur du filet… On les a laissés sur une jardinière, hors filet."

L’association explique avoir alerté le groupe dès cet été, à propos de cadavres de pigeons coincés par des filets à Balard : "Il n’y a eu aucune réaction à ce moment-là, mais la mairie de Paris a envoyé un courrier à la RATP, pour leur demander de prendre en considération la condition animale. Et on a également reçu beaucoup de soutien sur les réseaux sociaux, notamment de la part d’Hugo Clément, de Greg Guillotin et Laurence Parisot. On a été alertés jeudi dernier par une habitante, pour Jaurès."

Les filets posent deux problèmes selon Amandine Sanvisens : "Il y beaucoup de reliefs au niveau des plafonds, donc des pigeons peuvent rester cachés au moment de la pose, et sont ainsi emprisonnés. Et au fil du temps les oiseaux s’engouffrent dans les filets et s’y coincent, et peuvent ainsi mourir de faim et d’épuisement."

"On va vérifier tous les filets, pour s’assurer que ça soit le plus étanche possible, en repérant les trous"

Paris Animaux Zoopolis, qui demande le retrait de l’ensemble des filets, a lancé en ligne un inventaire pour les recenser dans leur totalité. "Pour l’instant on a identifié Bercy, Cambronne, Balard, Barbès et Jaurès", précise Amandine Sanvisens.

La RATP, elle, indique que le groupe ne compte pas faire enlever les filets : "On est très soucieux des animaux, mais pour des raisons de sureté pour les voyageurs, qui sont notre priorité, on ne peut pas se le permettre. Mais on va vérifier tous les filets, pour s’assurer que ça soit le plus étanche possible, en repérant les trous."

D’après Paris Animaux Zoopolis, cette situation pose plus largement la question des stratégies utilisées contre les volatiles. "On peut passer autrement que par des méthodes létales, on ne se le permettrait pas avec d’autres animaux, soutient sa co-fondatrice. Il faut trouver des solutions innovantes. A Barcelone par exemple les pigeons sont nourris, avec une contraception orale dans la nourriture, et leur nombre a été divisé par deux. On est favorable aux méthodes contraceptives, quand elles sont pacifiques."

"L’image des pigeons comme celle de nombreux animaux volants en France évolue avec celle de la condition animale, poursuit Amandine Sanvisens. Ils sont souvent détestés, méprisés… Ils sont omniprésents dans nos villes mais ils sont d’une certaine façon invisibles, on ne s’en préoccupe pas. Pourtant ils souffrent : une étude a montré que les pigeons avaient tous les orteils mutilés, blessés, à cause des ficelles et des cheveux qui traînent. Il faut une prise de conscience."

"C’est symbolique, mais la Ville de Paris a choisi pour ses vœux une photo où l’on voit un pigeon s’envoler, devant la Seine et la tour Eiffel", note Amandine Sanvisens.

"On demande un nombre suffisant de pigeonniers, et surtout de les entretenir"

"Mais on attend des actes, insiste Amandine Sanvisens. Dans le XIXe arrondissement, il n’y a qu’un seul pigeonnier. On demande un nombre suffisant de pigeonniers, et surtout de les entretenir. La mairie en a annoncé un supplémentaire. Dans certains arrondissements, il n’y en a aucun… Retirer les œufs permet d’éviter un surnombre. On y est favorable si ça permet de limiter la souffrance animale."

Dans la capitale, la population est estimée à 23 000 pigeons bisets, d’après une étude réalisée en 2016-2017 par les associations Espaces et AERHO (Association Espaces de rencontres entre les hommes et les oiseaux). Les volatiles présents à Paris sont principalement des pigeons bisets (aussi appelés pigeons domestiques ou pigeons voyageurs), qui nichent dans les immeubles, les métros et les gares. On compte aussi des pigeons colombins, ainsi que des pigeons ramiers (ou palombes).

La mairie indique sur son site qu’il existe aujourd’hui neuf pigeonniers dans la capitale, leur mise en place permettant "d'éviter qu'ils ne nichent n'importe où mais aussi de réguler la population". "Au total, aujourd’hui, 1 000 pigeons dorment dans les pigeonniers, soit environ 5% des pigeons parisiens", est-il précisé. Un plan d’actions "Pigeons à Paris" a été lancé, et prévoit de créer de nouveaux pigeonniers mais aussi des "abris" dans "des endroits déjà colonisés, comme sous les ponts".

La Ville recommande par ailleurs de ne pas nourrir les pigeons, pour éviter de rendre les oiseaux dépendants mais surtout pour lutter contre leur prolifération, ce qui peut entraîner "des conditions sanitaires déplorables". A noter que la pratique est interdite, avec une amende fixée à 68 euros.

Du côté de Paris Animaux Zoopolis, Amandine Sanvisens indique que le groupe écologiste du conseil régional Île-de-France va déposer un vœu à propos des filets : "L'idée est que la RATP instaure une clause dans toutes ses conventions avec ses prestataires extérieurs sur la condition animale pour ne pas que les animaux soient emprisonnés, blessés ou tués lors des opérations ou des suites des opérations."

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