Crack : tensions dans le quartier de Stalingrad après des tirs de mortiers d’artifice ciblant les toxicomanes

Des toxicomanes du XIXe arrondissement de Paris ont été visés ce week-end par des tirs de mortiers d’artifice. Le maire François Dagnaud appelle à un "démantèlement (...) accompagné sur le plan médico-social" des lieux de consommation de crack,

Des toxicomanes dans le quartier de Stalingrad, en février 2021 (illustration).
Des toxicomanes dans le quartier de Stalingrad, en février 2021 (illustration). © De Poulpiquet / Lejeune / PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Ce week-end, des habitants du XIXe arrondissement ont été réveillés par des bruits d’explosion. Des dizaines de consommateurs de quartier de Stalingrad ont été ciblés par des tirs de mortiers d’artifice, dans la nuit de vendredi à samedi et dans la nuit de samedi à dimanche.

Des images ont été diffusées sur Twitter par des riverains. Certains habitants parlent d’un "quartier apeuré", d’une situation "gravissime" et même de "nuit de terreur".

"C’est très choquant de se réveiller avec des explosions, explique une habitante à France 3 Paris IDF. J’ai pensé aux attentats. On met un peu de temps à émerger et après à comprendre ce que c’est. On regarde Twitter. On voit que c’est des feux d’artifice. Et puis la deuxième nuit quand ça revient, on se dit que ce n’est pas possible. On ne va pas avoir une escalade de la violence… Quand est-ce qu’on va nous aider ?"

Du côté des élus, Marie Toubiana (LR), conseillère d’opposition du XIXe arrondissement déplore la situation de "riverains livrés à eux-mêmes criant au secours depuis des années, sans être entendus, désespérés, tirent au mortier sur les consommateurs", avenue de Flandre. L’élue, en interpellant la préfecture de police de Paris, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ainsi que la maire de Paris Anne Hidalgo, évoque une "indifférence coupable et inadmissible".

Le maire veut "éviter de reproduire les erreurs du passé"

La maire d’arrondissement François Dagnaud (PS) demande, lui, plus d’implication de la part de l’Etat. "Jusqu’où laisserez-vous faire ?, dénonce l’élu, en interpellant la préfecture de police, Gérald Darmanin, mais aussi le ministre de la Santé Olivier Véran. Démanteler la Colline de Stalingrad/Flandre/Éole, sanctuaire national du crack, est la seule issue pour reprendre le contrôle de la situation !"

François Dagnaud appelle toutefois à ne pas "refaire les erreurs du passé", en demandant des "prises en charge médico-sociales plus contraignantes" et une "neutralisation systématique des trafiquants sur le terrain".

"Je demande le démantèlement de cette nouvelle colline nationale et européenne du crack, confirme le maire à France 3 Paris IDF. Mais un démantèlement intelligent, accompagné sur le plan médico-social, pour éviter de reproduire les erreurs du passé, qui ont abouti à déplacer simplement cette situation."

Colline du crack porte de la Chapelle dans le XVIIIe, tunnel de la gare Rosa Parks dans le XIXe… Plusieurs évacuations ont eu lieu ces dernières années, sans enrayer le phénomène. En 2019, la Ville de Paris a lancé un plan d'actions contre la consommation et le trafic de crack – une forme dérivée de la cocaïne, très addictive et peu chère.

Objectifs de ce plan, cosigné par la préfecture de police, la préfecture d’Île-de-France, l’Agence Régionale de Santé (ARS), des associations et plusieurs mairies d’arrondissement : "accompagner les usagers pour réduire les risques et favoriser les parcours de soin", "renforcer les capacités d’hébergement et d’espaces de repos", "intervenir dans l’espace public à destination tant des usagers que des habitants", et "améliorer la connaissance des publics concernés".

Renforcement des maraudes médico-sociales, nouvelles places d’hébergement pérennes pour les consommateurs, création en 2018 d’un groupe d’enquêteurs sur les stupéfiants "situé à un niveau intermédiaire entre commissariat de quartier et police judiciaire"… Les actions listées étaient chiffrées à trois millions d’euros.

Une enquête préliminaire pour "violences avec arme", confiée à la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP), a été ouverte par le parquet de Paris.

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