Fin des rattrapages et des partiels : un projet de réforme à l'université Paris 1 qui ne passe pas

Un projet de révision des modalités d'examen à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne suscite la colère d'une partie des étudiants, qui a voté le blocage du site de Tolbiac pendant deux jours. Ils voient dans cette réforme une attaque à l'encontre des étudiants les plus précaires.

"Etudiant.es mobilisé.es contre la réforme" : dans le hall d'entrée du site de Tolbiac, impossible de rater le slogan. Pendant deux jours, les étudiants du centre Pierre Mendès-France de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ont organisé le blocage du site pour protester contre une réforme avancée par la présidence, relative "aux modalités de contrôle des connaissances pour les années 2025-2030".

"Nous avons reçu un mail il y a quelques semaines pour nous parler d'un projet de réforme qui vise à supprimer le droit aux absences, et qui souhaite à long terme supprimer les rattrapages et les partiels, pour les passer en contrôle continu", témoigne Hortense, étudiante en troisième année en histoire et militante au NPA (nouveau parti anticapitaliste). Une annonce qui ne passe pas. 

Des mesures jugées iniques

D'autres mesures auraient également été évoquées dans cette première version du texte, comme la suppression du système de compensation de notes entre les unités d'enseignement ou encore la suppression du statut AJAC (ajourné autorisé à continuer), qui permet aux étudiants défaillants sur l'un de leurs deux semestres de passer à l'année d'étude suivante, et de rattraper les matières non validées à ce moment-là. 

Ça va être très compliqué pour tous les étudiants qui ont un travail en parallèle et qui comptent sur les rattrapages et les partiels pour valider leur année.

Luz, étudiante et militante au Poing levé

Les étudiants mobilisés à Tolbiac protestent également contre une autre mesure avancée : les restrictions des justificatifs d'absence. "La présidence veut réduire les absences à des motifs très restreints comme un décès dans la famille, un concours ou une hospitalisation, explique Luz, élue au conseil d'administration du Poing levé, un collectif qui se revendique "marxiste et révolutionnaire". Or ces circonstances ne sont pas les raisons majoritaires qui expliquent les absences des étudiants", déplore-t-elle. "Ça va être très compliqué pour tous les étudiants qui ont un travail en parallèle et qui comptent sur les rattrapages et les partiels pour valider leur année", souligne l'étudiante en deuxième année de géographie.

Selon une enquête réalisée par le Poing levé, 68% des étudiants valideraient leur année grâce aux rattrapages et/ou au système de compensation. "C'est donc autant d'étudiants touchés par cette réforme si elle entre en vigueur", indique Luz. 

Des étudiants pénalisés 

Lors des deux assemblées générales, qui se sont tenues mercredi et jeudi, les étudiants ont dénoncé une réforme qui favoriserait "le tri social". "Cette attaque est particulièrement dure pour les étudiants précaires, boursiers, travailleurs et travailleuses, qui se voient peu à peu exclus de l'université", dénoncent-ils dans un tract. Environ 400 étudiants auraient participé à l'AG de jeudi, signe de l'"inquiétude" et de l'"intérêt" qu'une telle réforme suscite, selon Hortense. 

En 2021, 40% des étudiants travaillaient en plus de leur étude. Actuellement, 19% des étudiants ne mangeraient pas à leur faim en France, selon une étude de la FAGE publiée en janvier dernier. 

Ce vendredi, les étudiants ont fait le choix de ne pas reconduire le blocage. Une décision "stratégique", qui leur a permis de se rendre sur les autres sites de Paris 1 (Sorbonne, Cassin, Lourcine, Broca), dans l'espoir d'informer le plus grand nombre d'étudiants et d'étendre la mobilisation dès la semaine prochaine.

"Le dialogue est toujours en cours"

La présidence de l'Université tente de tempérer, alors qu'une nouvelle assemblée générale devrait se tenir lundi 22 avril. Contactée, l'Université Paris 1 indique "que le dialogue est toujours en cours notamment avec les étudiants et leurs représentants et que le travail de conception collectif de ces modalités de contrôle des connaissances continue."

Dans un courriel adressé aux étudiants ce mercredi, au premier jour du blocage, la direction les informe que : "le régime d'assiduité prévoira comme aujourd'hui la possibilité de trois absences motivées", "les modalités de compensation actuelles sont maintenues", et "l'existence des rattrapages est garantie". Dans son courrier, Paris 1 a informé les étudiants que le régime AJAC sera préservé.

Une réforme de ces contrôles de connaissance devrait toutefois voir le jour. Dans son mail, l'Université ajoute que "les discussions et le travail [...] vont continuer afin d'aboutir à un texte qui sera présenté devant la CFVU (la commission de la formation et de la vie universitaire, ndlr) à la fin du mois de mai." Une réforme qui fera l'objet d'un "débat" et d'un "vote", précise la présidence.