« Indécent » et « absurde », le projet de rénovation de la Gare du Nord critiqué par de grands noms de l'architecture

La gare du Nord est la première gare d'Europe, avec 700 000 voyageurs par jour (illustration). / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
La gare du Nord est la première gare d'Europe, avec 700 000 voyageurs par jour (illustration). / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

19 professionnels de l'architecture et de l'urbanisme, dont Jean Nouvel, s’attaquent au grand projet de rénovation de la gare du Nord, dans une tribune au Monde. Dans leur viseur, entre autres : la place centrale donnée aux commerces.
 

Par France 3 Paris IDF

« Indécent », « inacceptable » et « absurde ». Un collectif d’une vingtaine de d’architectes, d’urbanistes et d’historiens de l’art appellent à repenser complètement le projet de rénovation de la gare du Nord, dans une tribune publiée mardi par Le Monde.

La gare du Nord, première gare d'Europe, doit être entièrement rénovée d'ici les Jeux olympiques de 2024. Le plan – qui s’élève à 600 millions d'euros – doit tripler la surface des lieux pour s’adapter à un trafic en hausse, et prévoit notamment l'ajout d'une nouvelle aile pour lancer un terminal de départs séparé des arrivées. Piloté par une coentreprise entre Auchan, via sa foncière Ceetrus, et SNCF Gares & Connexions, le projet doit aussi multiplier les espaces de services, de commerces et de restauration.

Un espace commercial gigantesque qui défigurerait la gare

De quoi inquiéter les signataires de la tribune – comme le prix Pritzker 2008 Jean Nouvel et le médiatique Roland Castro – sur plusieurs points.

« Le projet prévoit d'interdire l'accès direct aux quais tel qu'il se pratique aujourd'hui », regrettent les signataires. Ils estiment que les voyageurs devront obligatoirement passer par la partie commerciale, comme dans les aéroports. Une « grave offense aux usagers du transport » d’après eux, avec des temps d'accès augmentés. La tribune juge que l’énorme site commercial va défigurer de manière « inacceptable » les lieux et siphonner des clients au détriment des banlieues, desservies par la gare.

Les signataires analysent que le fait d’« implanter une telle masse de commerces et d'activités à la gare du Nord, dans un ensemble fermé sur lui-même, dans une zone déjà saturée de trafic, à une station de RER de Saint-Denis, (...) est une atteinte à la volonté de rééquilibrer les activités dans Paris, et plus encore dans l'espace du Grand Paris ». Et de poursuivre : « On comprend l'attrait que représente pour Auchan l'énorme flux de la gare du Nord, mais cette captation se fera au détriment des territoires desservis par la gare ».

Des doutes sur les délais

La tribune doute par ailleurs que les travaux soient achevés en respectant le calendrier annoncé. De quoi, selon les signataires, perturber le fonctionnement de la gare en pleins JO, alors qu'elle sera censée un rôle essentiel pour gérer les transports vers la majorité des sites olympiques du côté de la Seine-Saint-Denis.
Ce n’est pas la première fois que le projet est critiqué. Cet été, une commission spécialisée dans l'aménagement commercial a rendu un avis défavorable sur une partie du plan, bloquant ainsi de facto l’obtention d'un permis de construire. StatioNord, la société en charge du projet, a fait appel de la décision.

Des travaux au tournant de 2019 et 2020

De son côté, SNCF Gare et Connexions a répondu au texte du Monde, en cherchant à rassurer sur les délais, mardi dans un communiqué. « La gare du Nord desservira la plupart des sites pour les Jeux olympiques et paralympiques 2024 de Paris : nous tiendrons nos engagements pour être au rendez-vous », assure ainsi Claude Solard, son directeur général.
Il a aussi défendu une transformation « complète et ambitieuse », affirmant qu'elle bénéficierait d'abord aux usagers de RER et de trains de banlieue. Les besoins des voyageurs et une place importante accordée aux magasins sont par ailleurs conciliables, toujours d’après lui : « Pour nous, il est aussi important de veiller sur le voyageur pressé de prendre son train que d'offrir des services innovants à celles et ceux dont le temps n'est pas compté ».

Les travaux du projet, certes critiqué, doivent débuter au tournant de 2019 et 2020.
 

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