Le Rayon vert : un carré pour la biodiversité

Un espace d'un mètre carré minimum suffit pour participer / © Didier Morel - France 3 paris IDF
Un espace d'un mètre carré minimum suffit pour participer / © Didier Morel - France 3 paris IDF

"Il faut cultiver notre jardin". Avec l’opération "Un carré pour la biodiversité", c’est encore plus simple, il s’agit presque de ne rien faire - et surtout de laisser faire la nature ! A vous de trouver 1 m2 minimum à laisser en friche puis d'observer le résultat le printemps venu.

Par Didier Morel

Comme l’écrivait Voltaire à la fin de son conte philosophique Candide, une des clés du "meilleur des mondes possible" pourrait résider dans le fait de "cultiver son jardin". Mais pour ceux qui n’ont pas la main verte ou pas le temps ou tout simplement pas de jardin, une opération propose de préserver un mètre carré pour la biodiversité. Et peut-être aurez vous la chance d’observer des papillons ou même des orchidées sauvages.

Regarder cette video : l’histoire d’une Alice au Pays des Insectes, un court-métrage d'animation réalisé par Morgane Boullier sur une initiative du CPIE du Périgord Limousin

Déjà près de 80 000 m2 depuis le lancement de l’opération

L’initiative revient au réseau des CPIE (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement). Il déploie sur toute la France la démarche « Un Carré pour la Biodiversité » qui invite les particuliers, les entreprises, les écoles, ou encore les collectivités, à découvrir près de chez eux une extraordinaire biodiversité « ordinaire », utile à tous. Les CPIE accompagnent les acteurs dans la mise en place de ce programme facile d’accès et qui s’adapte à tout les publics, grâce à un mode d’emploi très simple.

Comment ça marche ou comment faire pour ne presque rien faire ?

  1. 1 - Je délimite mon carré
L’idéal est de choisir un carré dans un endroit bien exposé. Un carré exposé plein Nord ou enclavé sous un sapin ne favorisera pas du tout le développement de la faune et de la flore. Favorisez donc un endroit facilement accessible pour vos observations. Chaque bout de carré importe; la taille du carré dépend de vos envies et de vos possibilités ; leur forme est aussi ouverte à votre imagination !
  1. 2 - Je signe la charte
Par cette charte, vous vous engagez à ce que votre carré soit le plus accueillant possible pour cette nature “ordinaire”: pas d’apports d’engrais ou de pesticides ; pas d’arrosage ou de semis et pas de fauche avant la fin de l’été. Pensez aussi à partager vos observations.
La charte est disponible ci-dessous, et vous pouvez la retourner par mail à contact@cpie-perigordlimousin.org
Pour signer la charte d’engagement et la retourner, télécharger la charte d’engagement “Un carré pour la biodiversité”
  1. 3 – Je laisse la nature faire !
Laissez la nature s’exprimer et travailler pour vous ! L’entretien est la non-intervention ! Laissez faire la nature ! Oui c’est difficile de ne pas intervenir ; mais vous verrez  des fleurs sauvages et  des insectes qui profiteront de ce nouvel espace de libre expression !
  • Pourquoi ne pas tondre ?
La tonte ne permet pas à tout un tas de plantes de se développer. Les graminées qui composent le gazon sont pratiquement les seules plantes qui réussissent à survivre aux passages répétés de la tondeuse.
A partir du moment où vous arrêtez de tondre, toutes les plantes, qui se faisaient scalper à peine avaient-elles pointé le bout de leur nez, vont enfin pouvoir dépasser l’horizon de votre gazon.
  • Pourquoi faucher ? Finalement…
On pourrait laisser faire la nature. Mais en l’absence totale de fauche, d’autres plantes vont s’installer : ronce, arbustes et même au bout de quelques années, des arbres.
Sous nos latitudes, un milieu laissé à l’abandon aura naturellement tendance à se transformer en forêt de chênes, stade le plus évolué. On parle de climax.
Par contre, cette fauche n’a lieu qu’en septembre, quand toute la faune et la flore du Carré a eu le temps de terminer son cycle de reproduction.
  • Pourquoi ne dois-je pas utiliser de pesticides sur mon carré ?
Les pesticides participent au déséquilibre des écosystèmes. Leur utilisation est à l’origine de la destruction d’un grand nombre d’espèces auxiliaires (espèces utiles) et donc de la diminution de la biodiversité. Pour la santé de votre carré (et également la vôtre), il vous est demandé de ne pas en utiliser dans cet espace. Depuis 2019, il est interdit d’utiliser des pesticides
  • Pourquoi ne dois-je pas arroser ou apporter d’engrais à mon carré ?
Toujours la même histoire ! A chaque sol ses plantes ! Sauf dans le désert, un sol ne reste pas longtemps sans se faire recouvrir par tout un cortège de plantes. Les moins adaptées meurent et laissent la place à leurs copines, plus résistantes. Arroser son carré revient à créer des conditions artificielles qui ne ressemblent pas à la nature. De la même manière, l’apport d’engrais va enrichir le sol, et vous risquez de vite être envahi par les orties. De plus, un sol qui n’est pas nourri régulièrement se verra doté d’une plus grande diversité de plantes et d’insectes donc d’une plus grande résilience (capacité à résister aux perturbations).
  • Pourquoi ne dois-je pas semer dans mon carré ?
Pas la peine de semer ! Les graines des plantes sauvages se propagent toutes seules. Une sélection naturelle se fait, les banques de graines ont enfin une occasion de s’exprimer. Comme ça, on économise du temps et de l’énergie - et on est sûr de ne pas introduire d’espèces d’ornement ou envahissantes.
L'affiche de l'opération Un carré pour la biodiversité / © CPIE
L'affiche de l'opération Un carré pour la biodiversité / © CPIE
  1. 4- Je partage mes observations
Partagez vos observations sur le site facebook Un Carré pour la biodiversité ou par mail.
Des outils d’identification sont à votre disposition dans la rubrique ressources, sur le site open sciences  !
Vous n’avez  aucune idée de l’identité de cet hôte ? Surtout pas de panique ! Transmettez nous une ou plusieurs photographies et nous essayerons de vous aider.
N’hésitez pas à communiquer sur votre carré et à inviter vos amis à vous rejoindre dans cette expérience !
Chaque mois, entre mars et septembre, une espèce sera mise en lumière avec son observatoire associé !
  1. 5- Je prépare mon carré pour l’hiver
Une fois l’été terminé, les habitants de votre carré s’en vont trouver refuge dans des endroits plus adaptés aux conditions hivernales (hôtel à insectes, mur, tas de branches). C’est le  moment de ressortir votre tondeuse ! L’idéal est de laisser quelques centimètres - environ 5 cm - cela favorisera la repousse pour l’année d’après,  et votre carré sera encore plus beau !

Des découvertes accessibles à tous 

Un carré pour la biodiversité est un Observatoire local de la biodiversité.
Il s’adapte à tous les territoires et à tous les publics : adultes, enfants, professionnels, collectivités…  
En laissant « un carré » de jardin à l’état naturel jusqu’à la fin de l’été (sans coupe, ni engrais, ni pesticide), les participants peuvent alors observer, seuls ou en groupe, les espèces végétales et animales qui s’y développent. Le « Carré pour la Biodiversité » constitue un véritable support pédagogique d’observation et d’investigation scientifique, à la découverte d’un grand nombre d’espèces pourtant communes, mais pas si connues de tous.
Quelque soit la taille de votre jardin il est possible de participer / © Didier Morel - France 3 Paris IDF
Quelque soit la taille de votre jardin il est possible de participer / © Didier Morel - France 3 Paris IDF

Des protocoles au choix sélectionnés par l’observateur

Pour faciliter les observations et analyser les données recueillies, les participants utilisent un ou plusieurs protocoles scientifiques choisis en fonction des espèces présentes localement, du milieu d’observation ou du niveau des participants. 
La plupart des protocoles proposés par les CPIE sont établis par le Muséum national d’Histoire Naturelle, dans le cadre de son programme de sciences participatives, Vigie-Nature. En venant compléter ces bases de données, les participants contribuent à améliorer le niveau de connaissance des scientifiques sur la répartition et l’abondance des espèces sur tout le territoire français. 
Cette démarche est également l’occasion pour les participants de prendre conscience de l’impact des pratiques d’entretien dites conventionnelles (utilisation de désherbants, engrais, pesticides, tonte, arrosage...) pour, à terme, se tourner vers des pratiques alternatives, plus favorables à la biodiversité et à la préservation des milieux. 

Et à Paris ?

Depuis 2015, il existe un permis de végétaliser si vous n’avez pas de carré de jardin. Comme l’affirme la Mairie de Paris sur son site : "Si vous rêvez de devenir le jardinier ou la jardinière de votre quartier, le permis de végétaliser est fait pour vous ! Il vous permet de disposer d’un site de votre choix, et surtout, de vous occuper vous-même de ce petit bout de jardin inédit. Toutes les idées sont les bienvenues. Installer une jardinière au coin de sa rue pour y faire pousser des fleurs, faire courir des plantes grimpantes sur un mur, transformer un potelet en installation végétale… Toutes ces interventions participent au projet global de végétalisation de la ville, et fleurissent ici et là dans Paris. La démarche est simple :  La demande se fait ici en quelques clics. Un kit de plantation comprenant de la terre végétale et des graines peut même vous être fourni sur demande. Le permis est délivré pour une durée de 3 ans, renouvelable tacitement."
Paris 20ème - il est possible de jardiner au pied des arbres depuis l'été 2015 / © Didier Morel - France 3 Paris IDF
Paris 20ème - il est possible de jardiner au pied des arbres depuis l'été 2015 / © Didier Morel - France 3 Paris IDF

Exemple à suivre ailleurs

Jardiner ma rue - Depuis le printemps 2017, La Ville de Rennes offre aux amateurs de jardinage la possibilité de végétaliser certains espaces du domaine public, notamment les fonds de trottoir le long des murs des habitations, sur 15 cm de large et 15 cm de profondeur. Il devient alors possible de fleurir la façade de sa maison, d'avoir un pied d’arbre ou un espace sablé sur trottoir. Plus de 2 km de trottoirs sont végétalisés à Rennes. 

À Toulouse, un botaniste met en lumière les plantes sauvages qui poussent au milieu du bitume.
De mystérieuses inscriptions à la craie sont apparues dans les rues de Toulouse. On les doit au botaniste Boris Presseq. Son but : mettre en lumière les plantes sauvages qui poussent au milieu du bitume.

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