Témoignage. "J’ai failli me faire enlever par un chauffeur VTC"

Publié le Écrit par Toky Nirhy-Lanto

Mardi 30 mai, Chiara arrive à l’aéroport Charles-de-Gaulle, près de Paris. Elle commande ensuite une course sur l’application de VTC Bolt. Prise en charge, son chauffeur utilise un itinéraire qu'elle juge inhabituel. La jeune femme dit avoir échappé à un enlèvement. La société déclare prendre "les allégations très au sérieux".

Était-ce une tentative d'enlèvement par un chauffeur VTC, employé par Bolt ? C'est la question que se pose Chiara. Le 30 mai, la jeune femme de 29 ans débarque de son avion vers 21 heures 30, à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. 

Elle commande une course sur l'application Bolt, pour regagner Montreuil (Seine-Saint-Denis), où elle loge. Quelques minutes plus tard, elle se rend compte que le chauffeur emprunte un itinéraire qui ne correspond pas à celui demandé.

Après avoir protesté, le chauffeur la laisse finalement descendre. Elle est loin de la destination demandée. Traumatisée, elle nous livre son témoignage. 

Un trajet erratique

À 22 heures, Chiara monte dans la voiture. Avant de monter, une question l'intrigue : "Vous êtes seule ?" Elle ne s'inquiète pas davantage, pour autant. "La plaque d'immatriculation est la bonne, même si je n'ai pas la certitude que si la personne en photo dans l'application correspond réellement à celle qui m'a prise en charge", continue Chiara. Par précaution, elle active la localisation et envoie l'immatriculation à son copain.

"L'application m'indique qu'on doit atteindre la destination dans 30 minutes", précise la femme. Le trajet semble commencer sans encombre. La voiture arrive quelques instants plus tard, dans un gros embouteillage. C'est là que les suspicions de Chiara se font plus fortes : "Je ne suis pas à l'endroit où l'application dit que je suis. Je suis à la porte de Saint-Ouen, alors qu'on devrait plutôt aller vers la porte de Vincennes. Je me dis que c'est bizarre, que c'est peut-être un autre itinéraire. J'appelle mon copain et lui parle normalement, mais j'ai l'intuition de lui dire plusieurs fois à haute voix la localisation. Histoire qu'il puisse comprendre ce qui se passe."

La voiture sort finalement à la porte de la Chapelle, d'après Chiara. "Le chauffeur devient super bizarre. Je lui demande pourquoi on quitte le périphérique. Il me dit d'une petite voix et d'un air agacé 'Bon maintenant, on va arrêter de jouer'. Je suis interloquée, et c'est là qu'il dit, toujours à petite voix 'tu trafiques le réseau'. Je lui dis 'Mais on va où là ?' Il me dit 'on va chez des amis'", relate la femme qui est établie "entre la France et l'Italie". 

L'alerte puis la fuite

Paniquée, Chiara rappelle son petit ami pour l'avertir de son problème. Elle quitte ensuite la voiture : "J'ai ouvert la porte et j'ai récupéré ma valise, dans le coffre. J'ai ensuite couru pour me réfugier dans l'hôtel le plus proche, le Novotel de la porte de la Chapelle." Il est 23 heures 30. "Au lieu de durer 30 minutes, la course a duré une heure et demie", déclare-t-elle. À l'abri, la femme de 29 ans contacte immédiatement l'assistance de la société Bolt pour expliquer la situation. Elle regagne Montreuil un peu plus tard. "Mon ami a commandé un autre VTC, depuis son téléphone. Je suis rentrée chez moi en 20 minutes. Sur le trajet, j'ai raconté ce qui m'est arrivé au chauffeur. Il m'a clairement dit que le chemin emprunté n'était pas normal", décrit Chiara.

Après coup, elle relate son histoire sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, elle reçoit des témoignages allant dans son sens. "Des dizaines de personnes m'ont envoyé les réponses de certaines sociétés. des réactions ridicules : un remboursement de 5 euros, des réponses insinuant que les clientes ont fait des avances sexuelles", indique Chiara. D'après elle, ce chauffeur aurait déjà été signalé, même si elle restée nuancée car pour le moment, elle n'a "pas trouvé de preuves".

Une enquête interne en cours

Mercredi matin, la société Bolt rappelle Chiara, "par téléphone". Elle juge leur réponse "aberrante". "Ils m'ont demandé 'pouvez-vous nous dire en quoi son comportement vous a inquiété ?', mais aussi 'que voulait-il dire en disant 'on va voir des amis ?'. Ils disent avoir suspendu la personne, mais je n'ai aucun moyen de le savoir", termine-t-elle. Dans l'après-midi, elle dépose plainte au commissariat de Vincennes (Val-de-Marne). Les policiers prennent sa plainte, sans hésiter. Par rapport à ses doutes sur l'identité du conducteur, la jeune femme se voit indiquer par les agents que les cas "d'échanges de voitures entre potes sont courants", sur ces applications.

France 3 Paris-Île-de-France a contacté la société concernée, pour connaître sa position. Bolt a fait le choix d'une réponse par mail. Elle dit "suivre de très près cette affaire". "Nous prenons ces allégations très au sérieux (...) Bolt ne tolère aucun comportement de ce type de la part de (ses) chauffeurs partenaires", écrit la société. Bolt ajoute en outre "qu'une enquête interne est en cours et que le chauffeur a été suspendu pendant tout le temps de cette enquête" et qu'elle prendra "toutes les décisions qui s'imposent". 

Qu’avez-vous pensé de ce témoignage ?
Cela pourrait vous intéresser :