Un palace condamné après l'agression sexuelle d'une femme de chambre

L'hôtel Park Hyatt Paris-Vendôme a été condamné aux Prud'hommes pour ne pas avoir pas rempli ses obligations en matière de prévention du harcèlement sexuel, après l'agression d'une femme de chambre par un client qatari. / © AFP PHOTO / FRANCK FIF
L'hôtel Park Hyatt Paris-Vendôme a été condamné aux Prud'hommes pour ne pas avoir pas rempli ses obligations en matière de prévention du harcèlement sexuel, après l'agression d'une femme de chambre par un client qatari. / © AFP PHOTO / FRANCK FIF

Femme de chambre, elle avait été agressée sexuellement par un client: six ans après, un palace parisien a été jugé coresponsable, avec l'employeur, du préjudice subi, une première en matière de harcèlement sexuel, selon l'avocate de la victime.

Par France 3 Ile de France avec AFP

Le conseil de prud'hommes de Paris a récemment condamné l'hôtel Park Hyatt Paris-Vendôme à indemniser la jeune femme, agressée par un client en 2010, notamment pour n'avoir pas rempli ses obligations en matière de prévention du harcèlement sexuel. Le palace est ainsi tenu de verser, solidairement avec la Société française de services, 20.000 euros de dommages et intérêts à l'ex-salariée de ce prestataire pour le préjudice subi du fait de l'agression sexuelle, et pour le "non-respect de l'obligation de prévention du harcèlement sexuel".

Contacté par l'AFP, le groupe Hyatt a annoncé son intention de faire appel pour "rétablir la vérité", estimant que "le tribunal s'est fait instrumentaliser". Ce jugement "est à l'opposé des valeurs et de la pratique que défend Hyatt depuis toujours en matière de relations humaines au sein de ses hôtels", a réagi Michel Jauslin, vice-président régional des opérations pour la France, à l'époque directeur général du Paris-Vendôme.

La victime avait été retirée du planning de l'hôtel en septembre 2010 et licenciée en janvier 2011

La femme de chambre, de nationalité guinéenne, avait rapporté avoir été victime d'attouchements sexuels, le 27 juillet 2010, dans la chambre d'un membre de la délégation du prince al-Thani de l'émirat du Qatar, agression interrompue par l'arrivée de la famille de l'agresseur. Elle avait été retirée du planning de l'hôtel en septembre. Puis licenciée en janvier 2011 par la Société française de services pour "refus de mutation" après plusieurs arrêts de travail pour "état de stress post-traumatique" et une tentative de suicide. Le conseil de prud'hommes reproche au palace de ne pas avoir apporté "suffisamment de preuves dans la mise en place de dispositions pour prévenir les faits de harcèlement sexuel".

L'hôtel de luxe est épinglé pour "faute", pour n'avoir "pas cru devoir prévenir la police le soir de l'agression

Deux jours avant, un membre de la même délégation qatari s'était dénudé et masturbé devant une collègue, dans une autre chambre, selon le récit de la femme de chambre. Suite à cet "incident", la direction avait selon elle demandé aux femmes de chambre de ne plus se rendre dans la chambre en question. L'hôtel de luxe est en outre spécifiquement épinglé pour "faute", pour n'avoir "pas cru devoir prévenir la police le soir même de l'agression, ce qui a facilité la fuite de l'agresseur".

Dommages et intérets pour l'ex-salariée

Les prud'hommes jugent par ailleurs le licenciement de la jeune femme "sans cause réelle et sérieuse" et "constitutif d'une discrimination". Pour ces faits, le seul employeur légal est condamné. Au total, le montant des indemnités et dommages et intérêts dus à l'ex-salariée dépasse 57.000 euros. "Nous avons réussi à faire condamner le donneur d'ordre", "c'est une première en matière de harcèlement sexuel", s'est réjouie auprès de l'AFP Me Maude Beckers, l'avocate de l'ex-salariée. Cette décision "rend enfin justice" à l'ex-employée, "six ans après l'agression dont elle a été victime", a réagi dans un communiqué l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), intervenante volontaire au procès.

Côté judiciaire, la plainte de la jeune femme avait été classée sans suite, avant que le parquet ne relance une enquête en 2011, après un reportage à la télévision, en pleine affaire DSK. Selon l'association, une ordonnance de non-lieu a été rendue en août 2015 "qui établit l'agression sexuelle (...) mais qui conclut à l'absence d'identification de l'agresseur". "Ainsi, la police française ne serait-elle pas capable d'identifier un homme qatari dont on a le nom, qui a séjourné sur le territoire français et qui s'est envolé d'un aéroport parisien", raille l'AVFT.

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