“Le problème du crack, c'est l'afflux massif de cocaïne”

Christophe Descoms, chef de la brigade des stupéfiants, s'inquiète de l'arrivée massive de cocaïne en France, via la Guyane. / © Gilles Bezou / France 3
Christophe Descoms, chef de la brigade des stupéfiants, s'inquiète de l'arrivée massive de cocaïne en France, via la Guyane. / © Gilles Bezou / France 3

L'usage de crack, bien que minoritaire, serait en progression selon l'Office français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Une des raisons principales ? L'arrivée massive de cocaïne en métropole. Entretien avec le chef de la brigade des stups de Paris, Christophe Descoms. 

 

Par Aude Blacher

Il y aurait entre 10 000 et 20 000 consommateurs de crack en Île-de-France. Peut-on dire que le crack est une drogue marginale ? 

Christophe Descoms : "Ce n'est pas un marginal car il y a quand même une réalité. Il y a eu ces derniers mois des incidents extrêmement sérieux avec des toxicomanes très malades. C'est une drogue qui a très mauvaise réputation qui a des effets très visibles pour les gens qui en consomment. Il y a eu aussi de nombreux incidents qui se sont produits notamment dans le métro, mais aussi en surface avec des troubles à l'ordre public. C'est donc un phénomène qui nous préoccupe sans que pour autant cela concerne un nombre très important de toxicomanes à Paris.

La lutte contre le trafic de crack à Paris ►
La lutte contre le trafic de crack

A la brigade des stupéfiants, comment luttez-vous contre cette drogue ?

"Notre travail, c'est de lutter contre l'approvisionnement des gens qui fabriquent du crack. Le produit qu'ils utilisent, c'est la cocaïne car le crack n'est qu'un résidu de cocaïne. A notre niveau, nous devons donc lutter contre ce trafic. Et en ce moment, nous sommes dans une situation qui est devenue extrêmement inquiétante dans la mesure où nous n'arrivons pas à faire cesser un flux massif qui vient de Guyane. Il y a vraiment un problème avec la Guyane qui a la double particularité d'être en Amérique du Sud, donc à côté des trois pays producteurs de cocaïne (Colombie, Pérou, Bolivie) et d'être un territoire français, dans l'espace Schengen. Nous avons beaucoup de personnes venant du Surinam ou de Guyane qui prennent des vols nationaux jusqu'à Orly en ayant ingèré de la cocaïne jusqu'à 1 kg et qui l'amènent ainsi en métropole. Le phénomène est très peu contenu puisque cette année, nous avons à la fin du mois d'avril interpellé autant de mules qu'à la fin de l'année 2017, qui était déjà une année très importante. La France est devenue un point d'entrée de la cocaïne vraiment important dans l'Europe.
 

Comment expliquer ces arrivages massifs ? 

"En Bolivie et en Colombie, qui étaient en situation de guerre civile avec des mouvements comme les Farc, ont été signé des accords de paix. Les effets : de moindres contraintes pour les trafiquants. La production de cocaïne s'est accélérée. On a pu le constater grâce à d'importantes saisies réalisées dans des containers et des bateaux. De notre côté, nous avons renforcé les contrôles dans les ports français, et les aéroports. Mais les trafiquants ont finalement choisi comme moyens, pour faire passer la cocaïne, de saturer les vols à destination de Paris avec un nombre conséquents de mules. Quelques-unes se font interpeller mais la plupart arrivent jusqu'à Orly. Et passent. Elles viennent approvisionner le marché de la région parisienne, de la province. Mais aussi, les pays du nord de la France."  
 

Peut-on parler de réseaux pour le crack ?

"Oui, il y a des dealers et il y a des réseaux. Nous démantelons des réseaux structurés de trafiquants de cocaïne qui ensuite revendent la cocaïne a des dealers de niveaux très inférieurs et qui eux fabriquent le produit. On parle de cuisines de crack car c'est vraiment fabriqué dans des cuisines. Ce n'est pas compliqué. Il suffit de faire chauffer puis de faire refroidir un produit de base, la cocaïne, et d'ajouter de la soude ou de l'ammoniaque. Généralement, le crack est fabriqué dans des quantités assez faibles. Vous n'avez pas d'importateurs de crack. Tout est fabriqué en métropole. Pour démanteler ces réseaux, il y a le travail des policiers qui travaillent dans les transports en commun et qui font au quotidien des interpellations dont le nombre est significatif. La police judiciaire travaille également dessus ainsi que les districts de police qui ont enregistré de très beaux résultats. Mais il y a toujours des trafiquants pour remplacer ceux qui ont été arrêtés. Le trafic de drogue est un moyen extrêmement risqué de gagner de l'argent. Mais c'est un trafic où la valeur ajoutée est très importante. Vous avez donc des réseaux qui sont prêts à perdre quelques petites mains car cela n'a aucune importance pour eux et qui continuent de prospérer, quitte à ce qu'il ya ait quelques dealers locaux qui soient incarcérés. C'est classique.

Pour aller plus loin : la prévention auprès des consommateurs de crack ►
La prévention auprès des consommateurs de crack


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