“2 morts en moins de 2 mois“ : un lycée d'Aubervilliers dénonce la ”violence quotidienne” subie par ses élèves

Le lycée professionnel d'Alembert, à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis (illustration). / © Google Street View
Le lycée professionnel d'Alembert, à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis (illustration). / © Google Street View

Après la mort de deux élèves du lycée professionnel d'Alembert, à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, parents et enseignants restent mobilisés. Dans une lettre, les personnels de l’établissement dénoncent la « violence extrême » dont les jeunes « sont les premières victimes ».

Par Pierre de Baudouin / France 3 PIDF

Kewi Yikilmaz avait 15 ans, Djadje Traoré à peine quatre de plus. Ces jeunes, tous deux élèves au lycée professionnel d'Alembert à Aubervilliers, ont perdu la vie suite à des agressions : le premier poignardé aux Lilas en marge d'un cours d'EPS, sur fond de rivalités entre quartiers le 4 octobre dernier, le second décédé des suites de ses blessures ce weekend, après avoir été également poignardé, en bas de son domicile à Saint-Ouen. Si rien ne lie a priori les deux affaires, ces drames révoltent les parents et les enseignants.
Droit de retrait, rassemblements devant l’établissement, dont l’un encore jeudi soir… Les personnels du lycée ont entre autres envoyé une lettre saisissante à l’intention du rectorat de l’académie de Créteil, datée de mardi. Ils y dénoncent deux morts « insupportables, inconcevables », qui ne sont d’après eux « que les versants les plus dramatiques de la violence quotidienne que subissent nos élèves » : « Jour après jour, nous recevons le récit d’agressions, de menaces, de violences dont ils sont les victimes ».

« Une violence extrême dont les premières victimes sont nos élèves »

« Comment accepter l’inacceptable, gérer notre chagrin, celui de nos élèves ? Comment continuer à exercer nos missions quand nous faisons face, quotidiennement, à une violence extrême dont les premières victimes sont nos élèves ? », questionne le courrier. Les personnels listent ensuite une vingtaine d'agressions survenues « rien qu'en 2019 ».
Sont ainsi évoqués (entre autres) l’histoire d’un « élève agressé devant l’établissement et trainé de force vers un bâtiment de la cité en face parce qu’il habite une autre commune » ; celle d’un jeune « qui s’est retrouvé à 15h45, en se rendant au RER pour rentrer chez lui, menacé par un couteau, descendu dans une cave et dépouillé de ses affaires » ; et l’agression d’un élève « qui s’est retrouvé inconscient sur la chaussée, le visage baignant dans le sang car un de ses camarades venait de lui frapper la tête contre une rambarde ».

Agressions, séquestrations, intimidations…

La lettre dénonce aussi le cas d’une « élève, violée, qui frappe à la porte de la CPE pour lui raconter » ; ou encore celui d’un jeune « qui envoie un message à sa professeure principale à 21h30 pour la prévenir qu’il ne sera pas en classe le lendemain car le squat où il vit avec son père est en train d’être évacué par la police ».
Postes de surveillants, classement en zone d'éducation prioritaire… Les personnels, qui pointent aussi du doigt la déscolarisation d’élèves suite à des agressions, demandent par ailleurs dans un communiqué des moyens pour « assurer la sécurité et l'éducation des élèves ». La famille de Djadje Traoré, elle, a appelé à une marche blanche samedi à partir de 14 heures à Saint-Ouen, au départ du boulevard Jean-Jaurès, en hommage au jeune décédé.
 

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