Montreuil : la troisième édition du concours d’éloquence des "Libres Parleurs" a sa lauréate

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Écrit par Elie Saïkali

Depuis 2019, le concours d’éloquence, lancé par la ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis) veut développer et renforcer les compétences oratoires des jeunes.

Vendredi soir, la salle des fêtes de l’hôtel de ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis) accueillait la grande finale de la troisième édition du concours d’éloquence des lycéens "Les Libres parleurs" de la ville.

Dix lycéens, âgés entre 16 et 20 ans, venant de quatre lycées publics de la commune, s'affrontaient dans un match d'art oratoire. Leur mission : développer pendant 4min30 une argumentation autour du sujet : "Faut-il abandonner la politique ?". Ils devaient s’exprimer devant un jury de six personnes – dont le maire (PCF) de Montreuil Patrice Bessac qui le présidait.

"A vous toutes et tous, jeunes de Montreuil, notre amitié s’adresse à votre humanité. Et nos espérances à l’usage que vous ferez de votre liberté", a écrit Patrice Bessac sur son compte Twitter.

"Confiance en soi"

Dans un communiqué disponible sur son site, la Ville de Montreuil – qui a lancé l’initiative de ce concours d’éloquence en 2019 – rappelle qu’il "contribue à renforcer les compétences oratoires des jeunes participants. Il est autant un projet scolaire qu'un apprentissage à la citoyenneté".

Il précise que "les objectifs sont de développer l'argumentation et l'éloquence des lycéens, de leur donner le goût de la parole publique et du débat citoyen, de les préparer au 'grand oral de la maturité' inscrit au programme du baccalauréat et de leur procurer des outils pour leur entrée dans l'enseignement supérieur tout en renforçant la confiance en soi nécessaire pour convaincre et pour défendre ses points de vue".

Le communiqué rappelle enfin que "depuis le lundi 31 janvier 2022, des groupes d’élèves volontaires des lycées publics Jean-Jaurès, Eugénie-Cotton, Horticole et Condorcet, s’entraînent à l'art de la rhétorique avec leurs professeurs et coachs".

"Transmettre mon message"

C’est la jeune Mihaela Filipciuc, 19 ans, élève de terminale au lycée Jean-Jaurès, qui a été sacrée lauréate de cette troisième édition. Elle rejoint Assia Kachkach, élève du lycée Jean-Jaurès, et May de Sousa, élève au lycée Eugénie Cotton, respectivement gagnantes des première et deuxième éditions du concours en 2019 et 2020. L’édition 2021 n’a pas pu se tenir en raison de la crise sanitaire.

"J'étais contente d'avoir gagné. Pas forcément pour moi-même, mais pour mes proches, mon lycée, mes camarades, mes professeurs, les CPE, le proviseur... qui m'ont accompagné et encouragé. J'étais contente de leur apporter cette victoire", indique-t-elle, ajoutant que "le plus important pour moi, c'est d'avoir pu participer à ce projet, et transmettre mon message".

J'ai aussi compris le fait qu'on a tous des choses à dire au monde, et il faut que le monde le sache.

Mihaela

Cette expérience (le concours) "nous apprend beaucoup sur la question de soi, comment se comporter, comment avoir la maîtrise de son corps, de sa voix et de sa pensée", dit-elle. La jeune femme confie également avoir fait "beaucoup de théâtre et de philosophie". "J'ai aussi compris le fait qu'on a tous des choses à dire au monde, et il faut que le monde le sache", raconte Mihaela. 

"Une forme authentique, brillante et touchante"

"C’était une soirée vivifiante. On a montré que les jeunes de la ville de Montreuil, et les jeunes en général, prenaient la parole brillamment quand on la leur donnait. C’est quelque chose qui est très fort", explique de son côté Clément Viktorovitch, docteur en sciences politiques, enseignant la rhétorique à Science-Po, et coordinateur du projet des "Libres parleurs" de Montreuil.

Les jeunes nous ont montré hier qu’ils avaient un point de vue à défendre, des idées et des arguments à avancer. Ils l’ont fait sous une forme authentique, brillante et touchante.

Clément Viktorovitch

"Les jeunes nous ont montré hier qu’ils avaient un point de vue à défendre, des idées et des arguments à avancer. Ils l’ont fait sous une forme authentique, brillante et touchante. Livrer un point de vue qu’on n’entend pas forcément dans le débat public, surtout sur une thématique comme celle d’hier", ajoute-t-il, indiquant que leur parole "est vivifiante pour la démocratie".

Clément Viktorovitch rappelle par ailleurs les critères sur lesquels les jurés se sont appuyés pour évaluer les candidats. Ils sont au nombre de trois.

"Le premier, c’est la technique : les qualités oratoires, corporelles, le maintien, la maitrise de la voix et des silences, la structure du texte et la qualité rédactionnelle. Vient ensuite le fond : savoir si les candidats ont réussi à faire porter un message clair. On ne juge pas le contenu en lui-même, mais plutôt la construction et la structuration des arguments. Le troisième point : des qualités esthétiques. Est-ce que le candidat a été touchant, singulier, original... même si cela comporte évidemment une part de subjectivité".