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Mort d'Adama Traoré : un nouveau rapport contredit les experts judiciaires

La famille d'Adama Traoré réclame justice lors d'une marche en mémoire du jeune homme de 24 ans le 22 juillet 2017 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise). / © AFP/Bertrand Guay
La famille d'Adama Traoré réclame justice lors d'une marche en mémoire du jeune homme de 24 ans le 22 juillet 2017 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise). / © AFP/Bertrand Guay

Avec ce nouveau document, la famille d'Adama Traoré, ce jeune homme décédé il y a deux ans et demi à la suite d'une interpellation policière, espère relancer les investigations grâce à cette nouvelle expertise médicale. L'un des avocats des gendarmes parle d'une "méthodologie nébuleuse".

Par LB (avec AFP et Laurence Barbry)

Ce sont quatre professeurs d'hôpitaux parisiens qui ont rédigé ce nouveau rapport, remis ce lundi, in extremis, aux juges d'instruction. Dans ce rapport, ils expliquent : "Nous affirmons que le décès de M. Adama Traoré ne peut être imputé, ni à la sarcoïdose de stade II, ni au trait drépanocytaire, ni à la conjonction des deux. [...] Cela justifie de se poser la question de l'asphyxie positionnelle ou mécanique".

"Cette expertise dit deux choses", détaille à France3 Île-de-France Me Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille d'Adama Traoré. "Aucune pathologie n'est à l'origine du décès [et] la cause la plus probable du décès résulte des conditions d'interpellation, à savoir l'asphyxie mécanique qui a pu conduire à la mort. En tant qu'avocat, je dis que cette expertise réalisée par des spécialistes met clairement en avant la responsabilité des gendarmes dans le décès d'Adama Traoré."
 

Bataille d'experts sur la cause du décès

Mi-décembre, les juges d'instruction avaient décidé de ne pas mettre en examen les trois gendarmes au coeur de l'interpellation d'Adama Traoré, jeune homme noir de 24 ans, le 19 juillet 2016 à Beaumont-Sur-Oise (Val-d'Oise), au terme d'une course-poursuite. Ils s'appuyaient notamment sur une expertise médicale de synthèse, remise en septembre et concluant que le pronostic vital du jeune homme était "engagé de façon irréversible" avant son arrestation, exonérant les gendarmes de toute responsabilité. Selon les quatre experts mandatés par la justice, c'est une maladie génétique, la drépanocytose, associée à une pathologie rare, la sarcoïdose, qui a entraîné une asphyxie à l'occasion d'un épisode de stress et d'effort.

Mais les professeurs choisis par la famille, dont deux spécialistes de ces maladies, leur répondent en dénonçant une conclusion "médicalement fausse car elle ne repose que sur des spéculations théoriques sans fondement scientifique, en l'état actuel des connaissances". Les médecins vont même jusqu'à accuser leurs confrères d'avoir rendu des "conclusions biaisées sur le plan intellectuel, voire de l'éthique médicale".
 

La famille d'Adama Traoré "attend un procès"

"Nous attendons une chose très simple", poursuit Me Bouzrou, "que les magistrats entendent les gendarmes sur les violences, ce qui n'a pas encore eu lieu. Lorsque les gendarmes ont été entendus, ils n'ont pas été interrogés sur les violences, uniquement sur la non-assistance à personne en péril". L'avocat demande également que les gendarmes -aujourd'hui simples témoins assistés- soient mis en examen et renvoyés devant une cour d'assises pour "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner". "Cette expertise démontre clairement que les gendarmes sont mis en cause dans la mort de mon frère", a réagi auprès de l'AFP Assa Traoré, la soeur aînée du jeune homme. "Maintenant, on attend un procès."
 

"Choix d'une instruction médiatique"

Du côté des gendarmes, Me Rodolphe Bosselut parle d'un "document établi dans des conditions nébuleuses selon une méthodologie tout aussi nébuleuse". "Une expertise doit être diligentée par un juge", explique l'avocat à France3 Île-de-France. "Je suis très étonné que des médecins se permettent d'émettre des avis sur la responsabilité de gendarmes sur certains actes. La contre-expertise, il fallait la demander en septembre. Aujourd'hui, on a fait le choix d'une instruction médiatique à une instruction judiciaire."

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