Vendée Globe#4 : Fabrice Amedeo, un skipper au service de la science

Fabrice Amedeo prend le départ du Vendée Globe dans quelques jours. A bord de son voilier, des capteurs océanographiques ont été installés. Objectif : fournir, tout au long de la course, des données aux scientifiques pour mieux comprendre le réchauffement climatique et la pollution des océans.

Fabrice Amedeo recueillera des données scientifiques tout au long du Vendée Globe
Fabrice Amedeo recueillera des données scientifiques tout au long du Vendée Globe © Jean-Marie Liot / Newrest - Art & Fenêtres
"En tant que marin, nous sommes les premiers témoins de la dégradation de nos océans. J'espère que les capteurs que je vais embarquer sur ce Vendée Globe à bord de Newrest-Art & Fenêtres vont permettre de rapporter beaucoup d’informations sur l’état et la fragilité de nos océans", témoigne le navigateur Fabrice Amedeo.

Deux capteurs océanographiques

Le premier capteur a été installé en 2019. Il mesure la teneur en CO2, la salinité et la température de l’eau. Les données récoltées seront transmises par satellite à des laboratoires scientifiques notamment l’Ifremer, l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer ou l'Université de Bordeaux. Objectif : mieux connaître l'état de santé des mers. "Ces données permettront aux scientifiques de mieux comprendre les conséquences de l’augmentation du C02 dans les mers et le réchauffement climatique", détaille Fabrice Amedeo.
A bord du voilier Newrest-Art&Fenêtres
A bord du voilier Newrest-Art&Fenêtres © Pierre Bouras

Le second capteur a été mis en place en juin dernier et a été testé lors de la course Vendée-Arctique. "C’est un système qui filtre l’eau et permet de piéger les micro plastiques. Il évalue leur quantité, leur répartition et leur toxicité dans les océans", explique le skipper de Newrest-Art&Fenêtres. Pendant la course, le navigateur changera quotidiennement les filtres et stockera les échantillons prélevés. Grâce à ces prélèvements, les laboratoires étudieront la nature des micro plastiques présents comme le polyéthylène, composant des sacs en plastiques, le polyéthylène téréphtalate, utilisé dans les bouteilles en plastique et le polyamide que l'on retrouve dans les textiles. Les scientifiques établiront une cartographie des polluants.

Pour les chercheurs, ce partenariat est une véritable opportunité. Il n'existe encore que peu de données sur ces zones maritimes rarement fréquentées.

L'idée d'équiper les bateaux et d'utiliser les courses au large pour la recherche n'est pas nouvelle et date des années 2000. "La France est impliquée dans la mesure de salinité de surface depuis 50 ans", souligne Thierry Reynaud, du laboratoire d’océanographie physique et spatiale de l’Ifremer. "Au milieu des années 2000, nous avions déjà équipé les navires de commerce et la flotte des navires océanographiques de l’Ifremer de capteurs de salinité. 2000 bateaux commerciaux, de type porte-conteneurs en sont aujourd’hui équipés. Mais ils empruntent tous à peu près les mêmes routes maritimes. Nous cherchions des bateaux qui vont dans des régions où peu de personnes naviguent", ajoute-t-il dans une interview donnée au magazine Sciences et Avenir.

"L'Océan boit la tasse"

Le navigateur francilien, ancien journaliste au Figaro, participe également à un programme de sensibilisation du jeune public à la préservation des océans. En collaboration avec la Fondation de la Mer et le Ministère de l’Éducation nationale, un livret d’une soixantaine de pages, "Cétacé ! L’Océan boit la tasse", a été distribué à des écoliers et collégiens. "Avant même la rentrée scolaire, tout au long de l’été, nous avons eu de nombreuses demandes d’enseignants qui souhaitaient suivre le Vendée Globe cet hiver", explique Fabrice Amedeo. Tout au long de la course, il répondra aux questions des enfants "en live vidéo".
 

"Donner du sens"

Quatre ans après une première participation au Vendée Globe, Fabrice Amedeo souhaitait "trouver un engagement qui dépasse l’unique défi sportif". "Je pense que la course au large se prête beaucoup plus que d’autres sports pour porter des messages. Ce sont des aventures longues, hyper médiatisées. Je ne me positionne pas comme un écolo mais j’ai eu une prise de conscience. Je souhaite apporter ma contribution et faire évoluer les choses", livre-t-il.

Beaucoup de skippers à l’instar de Thomas Ruyant, (LinkedOut) ou Samantha Davies, (Initiatives-cœur) portent les couleurs d’associations caritatives ou environnementales et ont équipé leurs voiliers d'instruments de mesures scientifiques. Stéphane Le Diraison à la barre de Time for Oceans, milite depuis longtemps pour la préservation des océans. Nous le retrouverons demain pour la suite de cette série sur le Vendée Globe 2020.



 
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