La Colline d'Elancourt, dans les Yvelines, accueillera à l'été 2024 les épreuves de VTT des Jeux Olympiques, nécessitant des aménagements aux ambitions écologiques dans cette zone polluée longtemps laissée à l'abandon. Loin de convaincre tout le monde.

Bibbidi-Bobbidi-Boo… et la citrouille devint carrosse. Sans politique d'aménagement, laissée à l'état de friche depuis 30 ans, la colline d'Elancourt connaît depuis septembre 2022 une transformation d'ampleur alors qu'elle accueillera les épreuves de VTT lors des Jeux olympiques de Paris en 2024.

Sur place, les engins de chantier vivent leurs derniers jours alors que 90% du volume des travaux ont été réalisés. "Tout est quasiment terminé, dans le courant du mois de juillet nous allons mettre le site à disposition du Comité d'organisation de Paris-2024", explique Vivien Corre, chef de projet Espaces Publics au sein de la SOLIDEO, l'établissement public en charge de la maîtrise d'ouvrage des Jeux.

Un espace revalorisé

Sur ce site artificiel, la nature a repris ses droits depuis près de trente ans. Et c'est justement ce "caractère naturel" que la SOLIDEO affirme vouloir protéger pour faire de la colline un aménagement à faible impact écologique. "Dès 2019, nous avons cartographié et fait l'inventaire des espèces sur le site. Nous ne traversons pas les zones humides, ou les bois classés, nous avons également sanctuarisé certaines espaces, détaille Vivien Corre. Sur l'ensemble du site, nous avons peu touché à la végétation. Nous nous sommes appliqués à beaucoup de préconisations pour avoir le moins d'impact possible."

Ainsi, selon les chiffres donnés par la SOLIDEO, seul un hectare et demi de bois a été supprimé sur les 52 hectares de superficie de la colline. Un défrichement qui serait, selon les études menées, vertueux. En cause : la présence d'espèces invasives dont la Renouée du Japon ou le Robinier faux-acacia. "Le principe d'aménagement de la Colline d'Elancourt repose sur la suppression des espèces invasives au profit de l'ouverture et la diversification des milieux", déclare la SOLIDEO. Un défrichement qui s'accompagnerait de "mesures de compensation", par la plantation d'espèces locales sur le flanc sud de la colline. Son sommet, qui s'élève à 271 mètres, a également été déboisé. Une table d'orientation y sera installée.

La création d'une piste de VTT olympique, de pistes cyclables adaptées à tous les niveaux ou encore de chemins pédestres sont autant d'aménagements qui demeureront dans la "phase héritage", c’est-à-dire après les deux demi-journées d'épreuves olympiques. Au total, plus de neuf kilomètres de pistes seront accessibles aux cyclistes et douze kilomètres de chemins seront mis à disposition des promeneurs. Plusieurs pierriers (des obstacles rocheux pour VTT), ont également été installés. Un projet d'aménagement dont le coût total s'élève à dix millions d'euros hors taxe, auxquels il faut ajouter les 3 millions d'euros pour la gestion et l'entretien du site, à la charge de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Un site pollué ?

Une revalorisation quasi inespérée pour cette colline artificielle, dont l'historique est loin d'être aussi dorée que ces Jeux. Aux XIXe et XXe siècles, la Colline d'Elancourt, également appelée colline de la Revanche, est exploitée comme carrière de pierres de meulières. Sylvain Hilaire, historien au musée de la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines raconte : "La colline a ensuite été utilisée par une casse automobile avant d'être un lieu de stockage des terres de remblais issues de la construction de la ville nouvelle de Saint-Quentin. De la terre et des gravas ont été entreposés, et c'est ce renflouement qui explique que le site soit le point culminant d'Île-de-France".

Des ordures ménagères y auraient aussi été déposées au milieu du XXe siècle, selon plusieurs sources concordantes. Cette formation en mille-feuille a généré une forte pollution des sols, longtemps niée par les collectivités selon Tristan Péribois, porte-parole des Amis de la Revanche, un collectif qui plaide pour la mémoire et la défense de la colline : "Personne n'a voulu admettre qu'il s'agissait d'un site pollué. Il y a eu une omerta sur les enfouissements de déchets jusqu'à l'année dernière".

Dans le compte-rendu de la visite du chantier du 17 juin dernier, la SOLIDEO explique avoir dépollué le sol "en surface". "Les terres contaminées et réutilisables [ont été] envoyées dans des centres de traitement des déchets spécifique et ne retourneront pas sur site".

En outre, l'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines assure que "les travaux n'ont engendré aucune dispersion des polluants et ont permis au contraire de nettoyer le site. Concernant le risque pour les usagers du site, susceptibles d'être exposés par ingestion de sol, inhalation de poussières de sol et inhalation de substances volatiles dans l'air ambiant, des mesures ont été prises", avec l'installation notamment de "géotextiles anti-contaminants".

Mais pour Claude Stassinet, membre du même collectif, la pollution des sols n'est pas le seul problème. Pour celui qui se présente comme un "gamin du village", les aménagements menés sur ce "grand tas de caca" sont une aberration. "Comme chantier écologique, c'est assez troublant, confie le septuagénaire, ce n'est pas un hectare et demi de forêts qui a été supprimé, mais dix hectares ! C'est du mensonge organisé."

"Des moyens démesurés"

Pour cet Elancourtois de toujours, le projet olympique est "un saccage total de la colline" car "les moyens mis en œuvre sont démesurés". Pour le retraité, les épreuves de VTT auraient dû se tenir à Chamonix, une solution un temps envisagée, pour que la colline continue de se végétaliser. "À mon sens, il fallait des aménagements mineurs, faire des chemins d'accès pour aller au sommet et entretenir un peu, mais pas faire cette espèce de truc complètement dément."

Pour la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines : "Les contraintes environnementales pour l'aménagement d'un site olympique de VTT sont identiques en montagne ou en Île-de-France. Néanmoins, l'origine artificielle de la colline la rend moins sensible qu'un milieu naturel comme la montagne [...]. Le projet d'aménagement de pistes VTT olympiques constitue, de plus, une opportunité unique pour requalifier la colline d'Elancourt et en améliorant la fonctionnalité écologique". 

Il se dit "horrifié", alors qu'il suit les travaux depuis le début. "En contrebas de la colline, ils ont laissé quelques chênes en place pour mettre de la terre et des cailloux. Mais ces arbres sont habitués à pousser en rang serré, en cas de fortes pluies et de grands coups de vent ils tomberont".

Pour Claude Stassinet, d'autres incompréhensions demeurent. "Au début, il était question de ne retirer que quelques arbres sur le sommet de la colline, au final tout a été déboisé. Ils ont fait un chemin pour monter à la colline, c'est un véritable boulevard. Il y avait toute une végétation dont le couvert végétal a été bousillé", s'indigne-t-il.

La question de la gestion de la colline est également au cœur de ses préoccupations. Malgré la mise en place d'une signalétique qui permettra d'indiquer le niveau de difficulté de chaque piste, la fermeture des ateliers les plus techniques au public et des dispositifs dissuasifs pour les deux roues motorisés à l'entrée de la colline, Claude Stassinet prédit une "usine à accident" et une "source de nuisance". "Ils ne pourront pas interdire aux gamins d'y aller". Avant de poursuivre : "Le coq gaulois est le seul capable de chanter sur un tas de merde, passez-moi l'expression, mais c'est bien ce qui est en train de se passer.