• SOCIÉTÉ
  • POLITIQUE
  • ECONOMIE
  • SPORT
  • FAITS DIVERS
  • CULTURE

Chaque hiver en France, c'est l'hécatombre : 30% des abeilles meurent. Face à ces chiffres croissants depuis quelques années, l’association patrimoniale de la plaine de Versailles a lancé un projet scientifique inédit à cette échelle : analyser le pollen rapporté par les butineuses pour identifier les causes de décès. Objectif : sauver Maïa.
 

A l'origine du plan de sauvetage, la ferme de Gally

«Les équilibres sont fragiles. Quand on crée des besoins, il faut les satisfaire», philosophe Dominique Laureau, agriculteur et apiculteur aux Fermes de Gally. Pour cet exploitant agricole, c’est désormais une évidence : les abeilles meurent de faim. Mais pas question de laisser la disette décimer ses essaims. En effet, 30% des abeilles meurent chaque hiver selon une étude du ministère de l’agriculture et de l’agence nationale de sécurité sanitaire. «Pour nourrir 60 ruches, il faut planter 3 hectares. Tout le monde doit participer au biotope. Alors semons !», lance-t-il, rassembleur.

Un projet inédit en France : récolter le pollen des abeilles pour l'analyser

Pour convaincre, ce passionné a employé les grands moyens. Installée sur la plaine de Versailles depuis plusieurs générations, la famille Laureau possède 200 ruches pour ses activités arboricoles et maraichères. Elle a lancé en 2016 un projet scientifique inédit en France : récolter le pollen des abeilles, l’analyser afin de connaître les causes de mortalité, puis agir pour y remédier.

L’idée a germé à la suite de sa rencontre avec le docteur Bach Kim Nguyen, co-créateur du laboratoire belge BeeOdiversity et spécialiste de la problématique de la disparition de l’abeille. «Je ne comprenais pas pourquoi la mortalité des abeilles était si importante sur les terres de la ferme, alors qu’en tant qu'agriculteurs nous pratiquons un usage raisonné et très occasionnel des pesticides», raconte Dominique Laureau.Après 3 ans de prélèvements réguliers de pollen, les résultats soulignent 3 causes principales causes de mortalité : l’usage de pesticides, l’attaque de ravageurs (frelons asiatiques, maladies …) et une troisième plus inattendue : le manque de nourriture. «Les abeilles n’avaient plus rien à manger ! s’anime l’apiculteur. Il manquait des floraisons vers mars, avril et mai, ainsi qu’au cours de l’été. Nous avons donc semé des prairies avec des fleurs qui apportent les éléments nécessaires aux abeilles, par exemple de la phacélie.» Aujourd’hui, les abeilles de la ferme de Gally se portent bien et ne souffrent plus de carences alimentaires. Elles jouent désormais pleinement leur rôle de pollinisateurs, un élément essentiel de la biodiversité.
Loading...

Loading...

Les prélèvements de pollen se font sur une durée de 3 ans et permettront de connaître les fleurs butinées.  / © Thomas Warnack / dpa / AFP
Les prélèvements de pollen se font sur une durée de 3 ans et permettront de connaître les fleurs butinées. / © Thomas Warnack / dpa / AFP

L'association patrimoniale de la plaine de Versailles prend le relai

L’idée de Dominique Laureau a essaimé elle aussi : l’association patrimoniale de la plaine de Versailles a repris le projet, cette fois à l’échelle des 27 communes du territoire, soit plus de 21 000 hectares. «Nous faisons partie de cette association, reprend l’apiculteur. On aimerait que tous les agriculteurs de la plaine [70 exploitations environ, ndlr] soit analysés afin de pouvoir ensuite nourrir ensemble les abeilles, et aménager un biotope plus accueillant.»
Créée en 2004, l’association porte des projets de développement durable à l’échelle locale. Elle a lancé les premiers prélèvements dans 3 ruches sentinelles au début de l’été, et espère bientôt les envoyer au laboratoire BeeOdiversity, une fois le budget de 120 000 euros bouclé. Marie De Naurois, animatrice de l’association à l’origine du projet, ne cesse de le répéter : 

On dit souvent que les abeilles, ce sont notre survie. Elles ont un rôle de reproducteur des espèces végétales. Alors, une fois qu’on aura les résultats des analyses, on pourra faire des préconisations aux communes, aux agriculteurs et aux particuliers. C’est une action collective.

La plaine de Versailles vole au secours de ses abeilles
L'association patrimoniale de la plaine de Versailles a procédé à ses premiers prélèvements de pollen au mois de juillet 2019. - France 3 Paris - Île-de-France - Sophie Maréchal
Si Dominique Laureau se félicite du succès de ce projet, il n’entend pas pour autant s’arrêter là. Prochaine étape : analyser les abeilles urbaines qui peuplent la capitale. «Aujourd’hui, tout le monde veut mettre des abeilles partout. Mais il leur faut de la nourriture ! Je rêve de pouvoir installer des ruches sentinelles à Paris afin de pouvoir cartographier le biotope et tenter d’améliorer les choses.»