Coronavirus : fermeture des marchés, les maraîchers des circuits courts dépités

Interdiction des marchés, les salades de la ferme bio de la Mojetière à Sainte-Pazanne, n'attendrons pas la fin du confinement au coronavirus sans flétrir / © Christophe Turgis / France Télévisions
Interdiction des marchés, les salades de la ferme bio de la Mojetière à Sainte-Pazanne, n'attendrons pas la fin du confinement au coronavirus sans flétrir / © Christophe Turgis / France Télévisions

Plus de marchés ouverts pour vendre leur production locale, les maraîchers adeptes du "circuit court" se retrouvent privés de débouchés pour leur production. A Sainte-Pazanne, chez les Plantive, on a du mal à accepter cette mise à l'écart.

Par Christophe Turgis

À Sainte-Pazanne en Loire-Atlantique, la famille Plantive produit des légumes "bio" depuis trois générations. "Mon grand-père faisait du bio sans le savoir, avec la méthode Lemaire Boucher ! Mais la nuit dernière on a mal dormi !" Car depuis trois générations, la ferme de la Mojetière n'a jamais arrêté sa production !

Élisabeth et Daniel Plantive ont toujours travaillé dans le but de produire des légumes sains et de qualité, vendus localement sur les marchés de Rezé, Bouaye et Nantes à la Petite Hollande.

Il se demandent bien comment ils vont pouvoir traverser cette période d'impossibilité de vente, et organiser les mises en cultures à venir.
La nature a ses cycles et se moque bien des arrêtés préfectoraux.
 

La nature n'attend pas

"Dans cette situation de confinement avec le coronavirus et l'interdiction qui nous est faite de vendre sur les marchés, pas question de mettre en culture ce qui ne pourrait pas être vendu ! Même si dans cette période difficile, nous avons, presque, de la chance, la ferme est entre deux saisons, les légumes d'hiver tirent sur la fin, et les légumes d'été ne sont pas encore entrés en production" précise Daniel Plantive.

Des rangs de poivrons ont déjà été plantés, les haricots lèvent déjà, et les petits pois ont commencé la floraison. Mais si toutes les parcelles et les serres tunnels ne sont pas encore prêtes, il ne sera pas possible de faire attendre à dame nature que le virus soit passé ! Les deux personnes qui assurent la vente sur les marchés travaillent désormais sur la ferme pour nettoyer ranger et préparer la saison nouvelle. "Les saisonniers qui venaient travailler en renfort restent chez eux pour l'instant."
Les poivrons sont plantés ils devraient arriver après la période de confinement si elle ne dure pas longtemps espère Daniel Plantive / © Christophe Turgis / France Télévisions
Les poivrons sont plantés ils devraient arriver après la période de confinement si elle ne dure pas longtemps espère Daniel Plantive / © Christophe Turgis / France Télévisions

 

Distribuer en porte à porte pour ne pas jeter

Si le futur reste encore à peu près maîtrisable dans cette petite ferme bio, le présent l'est beaucoup moins. "Nous vendons 60 % notre production via les AMAP de Trentemoult à Rezé, du Petit-Breton à Saint-Herblain et à Bouaye. Aux dernières nouvelles à Bouaye, le maire refuserait la distribution des paniers sur la voie publique..."  Élisabeth soupire, c'est elle qui gère la vente et la distribution de la ferme.

"À priori nous pouvons distribuer aux particuliers, alors nous sommes en train de mettre en place une tournée de livraison pour vendredi après-midi vers Rezé puisque le marché du 8 mai sera fermé." Les clients vont devoir se faire connaître par e-mail pour passer leurs commandes. "On se donne jusqu'à jeudi après-midi pour ensuite préparer les commandes, organiser la tournée et sonner aux portes !" Élisabeth n'a peur de rien !
Si les fraises Cirafine seront mûres après le confinement du COVID-19, Elisabeth Plantive envisage la prise de commandes en ligne et la livraison en porte à porte pour remplacer les marchés / © Christophe Turgis / France Télévisions
Si les fraises Cirafine seront mûres après le confinement du COVID-19, Elisabeth Plantive envisage la prise de commandes en ligne et la livraison en porte à porte pour remplacer les marchés / © Christophe Turgis / France Télévisions
 

Un arrêté préfectoral qui ne passe pas

Les Préfets incitent la population à consommer frais et local, celui de la Loire-Atlantique ajoute même les poissons aux légumes de saison pour soutenir les pêcheurs. "Mais s'il nous supprime les circuits de vente, cela revient à nous mettre en difficulté et à donner le signe aux gens qu'il vaut mieux aller dans les grandes surfaces..."
Ce qui a le don d'agacer Élisabeth, qui ajoute, "on nous dit que les rassemblements de personnes sont à éviter, nous sommes bien d'accord et depuis le début nous n'avons pas manqué de rappeler à notre clientèle les mesures barrières, mais en grande surface tout le monde peut toucher les fruits et légumes... c'est absurde ? Non ?" 

"On avait déjà bien assez de misères"
Dans la bouche de Daniel Plantive les "misères" sont les insectes parasites qui s'invitent facilement dans les serres, et même... les voleurs ! Car à la campagne les légumes ou les poules disparaissent nuitamment !

"Si l'interdiction de vente au marché dure trop longtemps, les salades seront bonnes à jeter !" Daniel regarde ses salades qui brillent dans le soleil du printemps, il ajoute, "je vais préparer la serre pour planter les premières tomates Paola." Celles là, assurément, auront un goût différent cette année.



 

La Loire-Atlantique, une terre de maraîchage

Selon le comité départemental de développement maraîcher, la Loire-Atlantique est leader en France pour au moins 5 produits : la mâche, le poireau primeur, le concombre, le radis et le muguet.

Quelques chiffres :

  • 270 exploitations surtout autour et au sud de Nantes
  • 400 chefs d’exploitation
  • 2500 emplois équivalents temps plein
  • 13.8% de la production agricole
  • 4800 ha de plein champ et petit tunnel
  • 125 Ha de serres chauffées
  • 250 Ha de grands abris plastiques (tunnels et multichapelles)

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