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Armement : Les entreprises de l'ouest dans la course?

À Ancenis, le groupe Manitou fabrique aussi des chariots élévateurs spécifiquement dédiés aux besoins militaires.
À Ancenis, le groupe Manitou fabrique aussi des chariots élévateurs spécifiquement dédiés aux besoins militaires.

DCNS à Lorient, STX à Saint Nazaire… Nos régions de l'Ouest sont en pointe dans l'industrie des navires de guerre. Mais il est un domaine moins connu : celui de la défense, de l'équipement, et des armes, qui pèse de plus en plus lourd dans notre économie.

Par Eleonore Duplay

Jus de pomme, galettes, et véhicules blindés... Dans les allées du salon Eurosatory à Villepinte, le plus gros salon mondial dédié à l'armement, le cidre est loin d'être la seule spécialité bretonne. 
Depuis une cinquantaine d'années dans les régions de l'Ouest, de nombreuses entreprises se sont spécialisées dans le domaine de la défense, et participent ainsi au grand marché mondial des dépenses militaires : 
1.739 milliards de dollars dépensés l'an dernier à l'échelle planétaire. Des montants qui connaissent une constante augmentation.

Pour pénétrer sur ce marché, le meilleur emplacement, c'est donc un stand, sur ce salon, organisé tous les deux ans, qui réunit 1.750 exposants, 63 pays et 57.000 visiteurs. 
 
Notre reportage sur les entreprises de l'Ouest, et l'industrie militaire


Dans les allées, sous le drapeau breton, pas loin de 70 entreprises de l'Ouest de la France ont été rassemblées. Certaines spécialisées, comme la société EMD, à Larmor Plage, sont spécialisées dans la production d'armes et d'équipements militaires. Pour d'autres, issues du civil, la défense n'est qu'une branche de l'activité. 

Marché de niche pour Manitou 



Basée à Ancenis, le groupe Manitou présentait par exemple, des chariots élévateurs aux vitres blindés, et capables de manoeuvrer sur les terrains accidentés des zones de guerre. Une activité qui a commencé dans les années 50 : avec l'arrivée des troupes américaines en France dans le cadre du plan Marshall, l'entreprise réalise à quel point l'action des militaires est dépendante des conditions de logistique... Et se met donc à développer des produits qui permettront aux troupes de déployer leur matériel sur les terrains les plus complexes.   
Si les chariots élévateurs de Manitou sont vendu à l'armée française ou aux Nations Unies, cette activité ne représente qu'une infime partie du chiffre d'affaires, comme nous l'explique Jérôme Lecardonnel vice-président de Manitou France : "C'est un marché de niche pour nous. C'est quelques centaines d'unités par an, mais ces exigences sont intéressantes pour nous parce qu'elles nous permettent de progresser. Et il y a une certaine fierté à produire ces machines parce qu'elles sont spécifiques, avec des exigences très contraignantes ce qui fait que l'ensemble de l'entreprise progresse avec ces besoins-là."

Pour Manitou, le militaire a permis de développer des innovations qui se sont ensuite retrouvées dans les chariots élévateurs destinés au civil, notamment les chariots tout terrains.
Et puis, le militaire offre une image de qualité, qui favorise l'obtention de contrats, dans le civil...
Parmi les arrivées récentes dans le domaine de la défense, celle de Neopolia, un groupement de 245 entreprises de pointe en Pays de la Loire, qui vient de décrocher son tout premier contrat 
dans la défense, avec le groupe Thalès. 5 sociétés ligériennes ont réuni leurs compétences pour fournir des éléments d'un système de radar. Déjà présent dans des domaines de pointe comme l'aéronautique, le cluster d'entreprises souhaite monter en puissance dans ce domaine de la défense, explique Alain Leroy, président de Néopolia  : "Même si on est sur des montants relativement faibles, puisqu'on n'est que quelques millions d'euros, c'est déjà des dizaines d'emploi."


À Saint-Nazaire, des blindés très discrets


Plus rares, et plus discrètes, une dizaine d'entreprises ligériennes et bretonnes vivent presque exclusivement de la défense...
À Saint-Nazaire, dans un quartier résidentiel que bordent des terres maraîchères, presque rien n'indique la présence du groupe Arquus. Pourtant, derrière la petite guérite du gardien, seul élément visible depuis la rue, une vaste usine de 60 000 mètres carrés fournit des véhicule blindés à des armées du monde entier, avec même son propre terrain de manoeuvre pour tester les véhicules sur les pentes les plus raides et les terrains les plus boueux.
L'entreprise s'enorgueillit de fabriquer depuis les années 50, les véhicules de commandement du président de la République, ceux qui défilent chaque année pour le 14 juillet, sur les Champs Elysées.
Pourtant, jusqu'à présent, la production dépendait uniquement de commandes à l'étranger, à 90% en direction des marchés africains. Un marché difficile, car lié au contexte géopolitique.

Mais cette année, le site Arquus de Saint-Nazaire peut souffler. Il vient de décrocher un gros contrat pour équiper l'armée française de nouveaux 4x4.
5 000 pièces à sortir, du travail jusqu'en 2023. Des véhicules qui ne sont pas entièrement fabriqués sur place, mais achetés dans le civil, et militarisés dans l'usine nazairienne, avec des aménagements tels que des pare-chocs renforcés, des chassis surélevés, des poches dans les portières pour installer les fusils et les armes, une peinture camouflage, des grilles de protection, et d'autres éléments classés secret défense.


À Fougères, le "cerveau" des avions Rafale


Si les Pays de la Loire semblent avoir une certaine spécialisation dans la fabrication d'engins et de structures pour ces derniers, la région Bretagne, elle, est plutôt techno. Spécialisés dans les câblages, l'électronique, 
ou les cartes graphiques.
À Fougères, le groupe Safran, un géant du secteur, fabrique entre autres des calculateurs pour les avions de type Rafale, comme nous l'explique David, responsable de production calculateur moteur. 
"Dans un avion ça permet de réguler et de contrôler le moteur qui est asservi avec la manette de gaz. C'est un équipement qui aide le pilote à piloter et à manoeuvrer. Dans votre automobile, vous avez aussi un calculateur qui permet de faire la liaison avec la pédale d'accélération....  Là c'est pareil, mais en plus compliqué." Pour des raisons de sécurité, ni David, ni aucun des employés de l'usine ne sont autorisés à donner leur nom de famille. L'usine travaille à 70% pour la défense, à 30% pour l'aéronautique civil, et se trouve donc soumise au secret défense et au secret industriel.

Implantée dans les années 70, pour développer l'industrie en Bretagne, l'usine de Safran à Fougères emploie chaque jour près de 1000 salariés, et alimente tout un réseau de sous-traitants. 
En Bretagne, près de 350 entreprises travaillent pour la défense et la sécurité, dont une partie sont parfois sollicitées par le groupe Safran pour fabriquer certaines cartes graphiques. La condition, précise Guillaume Parguel, le directeur industriel du site de Fougères, "c'est que les processus de fabrication aient été industrialisés chez nous. Une fois passée cette étape, on peut faire un choix stratégique d'une fabrication par des sous-traitants, car ces derniers ont la capacité technologique de faire des cartes au même niveau de qualité que nous. "


Les deux géants des grenades explosives


Plus explosif... L'ouest compte aussi les deux géants français des grenades et flashball. Alsetex dans la Sarthe, et Nobel Sport dans le Finistère, qui à elles deux remportaient au mois de mai, un marché de 17,3 millions d'euros, en lanceurs et grenades lacrymogènes,  pour les forces de l'ordre. 

Voir notre article sur la commande passée chez Alsetex

Voir l'article sur l'abandon des grenades GLI F4, et le reportage sur la société Alsetex

 

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