Palestinienne installée à Nantes, Christine se sent "comme une étrangère " sur la terre de Jérusalem

Christine a 34 ans. Installée à Nantes, cette Palestinienne a quitté Jérusalem il y a 10 ans, Ses parents, ses deux frères et sa soeur sont restés là-bas. Sur cette terre enlisée dans la violence. Aujourd'hui, la jeune femme témoigne en soutien aux siens et à son peuple.

Les drapeaux palestiniens au grand vent nantais à l'appel des organisations des Droits de l'Homme.
Les drapeaux palestiniens au grand vent nantais à l'appel des organisations des Droits de l'Homme. © Christophe Turgis / France Télévisions

Christine veut témoigner de toutes ses forces, mais sous couvert d'anonymat. Palestinienne, elle a 34 ans et vit à Nantes depuis 10 ans. Elle est née à Jérusalem, sur cette terre qu'elle a quittée et qu'elle aime tant. Peut-être plus encore aujourd'hui qu'hier.

"Cette terre est magnifique, c'est une région merveilleuse. Quand j'étais petite, je voyais les milliers de touristes qui venaient du monde entier pour visiter cette belle ville et ses pierres", raconte Christine.

A l'époque, elle habite dans la vieille ville à côté du Saint-Sépulcre. Une église située dans le quartier chrétien. La basilique est vénérée par tous ceux qui y viennent en pelerinage depuis le 4ème siècle pour se recueillir sur le Golgotha, lieu de la crucifixion et devant la grotte où le corps du Christ fut déposé après sa mort. "Je voyais ces personnes de toutes religions qui venaient là et d'autres au pied du mur des lamentions ou à la mosquée al-Aqsa, construite sur le mont du Temple. J'étais baignée dedans".

Christine se présente comme une chrétienne de Jérusalem."Cette région-là c'est le berceau du christianisme. J'ai le coeur là-bas".

Enfant, elle a grandi au milieu des soldats Israéliens. "Il y avait des hommes armés partout dans la ville. Pour un enfant, cette image là est traumatisante. Mais on ne comprenait grand chose. Nous sentions bien qu'il y avait quelque chose d'anormal sur cette région. Mais en y repensant, nous n'avions pas peur parce qu'on apprenait l'histoire. Là-bas, nous n'avions pas de sentiment de culpabilité comme il en existe en Europe. La Palestine historiquement appartient aux palestiniens autochtones". 

Les colons pour Christine ont toujours fait partie du paysage. "Ils ont été toujours été là en face de nous. Il y avait toujours à côté de n'importe quelle maison des voisins protégés par des soldats. Aujourd'hui comme hier, ils se déplacent avec des hommes armés autour d'eux. Ça a toujours été comme ça."

Enfant, je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas jouer avec cet enfant Israélien en face de chez moi. Parce qu'il y avait autour de lui tout un arsenal sécuritaire. Ça c'était effrayant. Et lui petit Israêlien, ne comprenait pas non plus pourquoi il lui était impossible de venir vers moi

Christine, Palestinienne

Christine a grandi dans le quartier du Saint-Sépulcre de Jérusalem
Christine a grandi dans le quartier du Saint-Sépulcre de Jérusalem © UPI/MAXPPP

Dans le quartier, cette barrière infranchissable n'est jamais tombée. Et jamais ces enfants n'ont pu taper dans un ballon ensemble, ou partager un jeu de société. Christine a grandi ainsi jusqu'à ses études. "J'ai du choisir entre trois universités. Celle de Bethléem, de Berzet, ou l'université hébraïque. Je n'ai pas choisi l'université hébraïque parce que cela coûte très cher et c'est en priorité réservé aux Israëliens. Pour les Palestiniens, il faut avoir un excellent niveau en Hébreu. Sans bourse, impossible d'y accéder", raconte Christine.

La jeune étudiante a donc étudié à Berzet, près de Ramallah, capitale administrative de l'Autorité palestienne, située dans la zone de collines du centre de la Cisjordanie, à environ 15 kilomètres au nord de Jérusalem. "J'ai opté pour un cursus banque et finances. Puis j'ai eu la chance d'obtenir une bourse du gouvernement français pour continuer en Master 1 et 2 à Nantes."

Dans la foulée, la jeune Palestinienne se marie. 

Ce n'était pas dur de quitter le pays parce que je pensais partir pour quelques années seulement. Le pire c'est de ne pas pouvoir y revenir. Il faut que tout le monde sache ça.

Christine, palestinienne

"Les Palestiniens ont des cartes de séjour. Ils ne sont pas citoyens Israéliens. Nous sommes traités là-bas comme les migrants qui arrivent sur le territoire français. Nous sommes considérés comme des réfugiés sur notre territoire, sur la terre qui nous a vu naître, dans notre propre pays"

"Je ne peux revenir à Jérusalem qu'en touriste"

Si elle est restée en France, ce n'est pas par choix mais par obligation. Après ses études universiataires. Christine a voulu rester un peu, acquérir une expérience avant de retourner au pays. "Là je n'ai plus le droit de rentrer parce que je n'ai plus la carte de séjour. Israël considère qu'après sept années passées à l'étranger vous ne pouvez plus revenir. Ils nous enlèvent ce droit là. Heureusement que j'ai obtenu la nationalité française".

Je ne peux revenir à Jérusalem qu'en tant que touriste, pas en tant que citoyenne. Je suis une étrangère dans mon propre pays.

Christine, Palestinienne

"J'ai un doucument travel, aucun titre de nationalité. Je suis née là-bas, mes parents sont nés là-bas, mes grands-aprents sont nés là-bas, et je suis traitée comme une réfugiée. Il existe une préfecture spéciale pour les Palestiniens de Jérusalem, c'est vous dire jusqu'où la discrimination est poussée".

Chaque année, malgrè tout, Christine retourne deux ou trois fois auprés des siens. "Je veux leur montrer que je suis chez moi. Et j'ai besoin de voir toute ma famille, mes parents, mes deux frères, ma soeur, et leurs enfants." 

Depuis que les violences font rage, Christine est en contact chaque jour. Bien sûr, elle s'inquiéte. "Je crains pour les miens et pour tout le peuple palestinien face aux actes barbares. Les colons peuvent attaquer en toute impunité. il y a une montée de haine contre les Palestiniens. Pourtant on travaille ensemble, ils ont besoin de nous. Oui je m'inquiéte il n'y a plus aucune sécurité.

"C'est un apartheid"

Ils nous impose des titres de séjours.

Christine, palestinienne

"Les palestiniens payent quatre fois plus d'împôts que les Israéliens. Dans les quartiers palestiniens, il n'y pas de services publics. Juste le minimum vital. Il faut justifier chaque démarche. Quand on envoie un CV , il est jeté à la poubelle. Certaines études sont réservées exclusivement aux Israéliens. Les fêtes religieuses chrétiennes et musulmanes se font sous surveillance de l'armée, sous le regard des soldats Il n'y aucune égalité. Alors oui j'appelle cela l'apartheid, il n'y a pas d'autre mot".

Et la liste des brimades quotidiennes est longue. 

"Quand les Palestiens arrivent à l'aéroport de Tel-Aviv, ils sont fouillés. Nous sommes contrôlés à l'entrée avant de prendre un vol. Et croyez le bien que ce contrôle est renforcé. Il faut être clair. notre problème, ce ne sont pas les juifs mais cette politique raciste et discriminatoire qui nous pointe du doigt et nous prive de tout, tous les jours à chaque seconde," ajoute la Palestienne.

Aujourd'hui, la jeune femme en appelle à la communauté internationale. "J'espère qu'ils vont bouger un peu. Les résolutions de l'ONU sont bafouées, jamais respectées. Il faut arrêter de jouer sur les mots, arrêter de faire l'amalgame entre juifs, sionnistes et sémites. Les Palestiniens, ce sont eux les vrais sémites. Il faut imposer des sanctions".

Il faut que le peuple palestinien arrête de payer la culpabilité de l'Europe face à la Shoa. Il faut arrêter ça et être juste c'est tout ! Aujourd'hui le peuple palestinien milite pour que le droit international soit respecté. 

Christine, palestienne

Depuis le début des violentes attaques le 10 mai, 227 Palestiens et 10 Israëliens ont trouvé la mort.
Depuis le début des violentes attaques le 10 mai, 227 Palestiens et 10 Israëliens ont trouvé la mort. © Rizek Abdeljawad / Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP

Chaque jour, le bilan s'alourdit. Sept Palestiniens, dont un homme handicapé, sa femme enceinte et leur fille de 3 ans, ont péri mercredi 19 mai dans les frappes israéliennes dans la bande de Gaza, et un huitième a succombé à ses blessures, selon le ministère de la Santé local.

Ces nouveaux décès portent à 227 le nombre de Palestiniens tués dans l'enclave de Gaza depuis le début du conflit le 10 mai entre Israël et les groupes armés palestiniens. 10 Israêliens ont perdu la vie, victimes de tirs de roquette du Hamas.

Ce samedi 22 mai, comme la semaine dernière Christine se joindra au rassemblement en soutien au peuple palestinien qui doit se tenir au centre de ville de Nantes.

"Israël doit être traité comme un état, pas comme une religion. Quand un état ne respecte pas les droits internatinaux, il doit être puni. Alors on attend quoi ? La communauté internationale doit dire stop!", conclut la jeune femme.

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