TÉMOIGNAGES. Jeunes mamans, elles racontent leurs accouchements à l’heure du Coronavirus

En Pays de la Loire, l’accouchement et le séjour à la maternité sont bouleversés par les mesures de précaution face au Covid-19. Ce moment de bonheur devient alors plus difficile. Femmes enceintes ou jeunes mamans, elles racontent.
 

Marlène Berteau Mével (sage femme en Maine-et-Loire) organise ses séances de préparation à la naissance à distance durant le confinement.
Marlène Berteau Mével (sage femme en Maine-et-Loire) organise ses séances de préparation à la naissance à distance durant le confinement. © Marlène Berteau Mével
“Quand nous sommes arrivés à l’hôpital, le vigile nous a dit que les papas ne pouvaient pas entrer. Je n’avais plus le temps, la sage-femme m’a emmenée, et mon conjoint est resté à la porte.” C’est la mauvaise surprise qu’a eu Marie en arrivant à la maternité de Challans, le 27 mars dernier.

Pourtant quelques heures plus tôt, un médecin du CHD de La Roche-sur-Yon (où elle souhaitait initialement accoucher), lui affirmait que son compagnon pourrait assister à l’arrivée du bébé à Challans. Un quiproquo qui n’a pas laissé d’autre choix au couple que de renoncer à la présence du papa.

Malgré l’absence de son conjoint, l’accouchement de Marie se déroule sereinement grâce à l’écoute et à la présence du personnel soignant. “J’ai eu une chance inouïe. Mon bébé a dû ressentir ma tristesse, l’accouchement a été très rapide, raconte la jeune femme, avec du recul je me dis que je préfère ça que d’accoucher avec le papa et augmenter les risques. Nous sommes un peu en colère mais on comprend que c’est pour nous protéger nous et nos bébés.”

“Ça a été la douche froide”


Une mauvaise surprise, Gwenola Bahuon, 24 ans, en a aussi eu une le dimanche 5 avril, jour de la naissance de son premier enfant. Son accouchement lui a laissé un goût amer. Quelques jours plus tôt, le personnel de la Clinique de l’Anjou, à Angers, lui avait affirmé que son conjoint pourrait rester confiné en chambre avec elle pendant la durée du séjour. Il a finalement été sommé de partir deux heures après la naissance de sa fille.

“Je ne m’attendais vraiment pas à cela. Ça a été la douche froide”, raconte la jeune maman.

Au retour en chambre, Gwenola se retrouve complètement seule. Le personnel soignant semble très occupé. “Déjà quand j’étais en salle de travail, ils étaient assez peu présents. Quand ils passaient me voir, c’était express.”

La surcharge des soignants, c’est aussi ce que craint de subir Pauline Barillé, qui doit accoucher le 14 avril au CHU d’Angers. “Ce qui me stresse le plus, c’est de savoir s’il y aura assez de personnel soignant à l’hôpital. Peut-être qu’ils sont en effectif réduit. Peut-être qu’eux aussi sont plus stressés à cause de la situation.”

Comme pour Gwenola, le conjoint de Pauline pourra assister à l’accouchement, après que sa température ait été prise et qu’il ait rempli un questionnaire pour vérifier qu’il n’a pas de symptômes du Covid-19. Mais il ne pourra pas suivre la maman et le bébé en chambre. Une absence qu’elle tente de relativiser.

“Cela ne m’inquiète pas trop. J’ai déjà accouché de mon premier enfant au CHU d’Angers. Je sais qu’on est très bien accompagné. J’aurais du monde autour de moi.” La future maman a aussi espoir que son séjour à la maternité soit écourté. Effectivement, en cette période où les visites sont strictement interdites dans les maternités, les équipes médicales proposent, si la santé de la mère et du nourrisson le permettent, d’écourter le séjour à l’hôpital.

Suivi de grossesse adapté


Dans ce contexte d’épidémie de coronavirus, les semaines qui précèdent l’accouchement sont aussi source d’angoisse. Marlène Berteau Mével, sage-femme libérale à Mazé-Milon (Maine-et-Loire), l’affirme : “les futures mamans sont super stressées en ce moment”. Les sages-femmes libérales jouent un rôle important dans la préparation de cet évènement. Et là aussi, il a fallu s’adapter à des conditions exceptionnelles.

Marlène Berteau Mével poursuit son suivi, en partie en visioconférence, notamment pour répondre aux questions des patientes sans qu’elles n’aient à se déplacer. Mais tout ne peut pas se faire à distance. Les examens cliniques doivent eux, se tenir en présentiel.
“Toute la difficulté de notre travail c’est parfois d’estimer s’il est nécessaire de voir la patiente, si c’est juste de conseils dont elle a besoin où s’il faut l’ausculter”, explique-t-elle.

Après l’accouchement aussi, les sages-femmes libérales restent en première ligne auprès des patientes. Elles assurent le suivi post-partum à domicile. Leurs visites sont primordiales à l’heure où les toutes nouvelles familles doivent rester isolées.

L’angoisse du retour à la maison


“Ce qui m’inquiète aussi, c’est le retour à la maison, le confinement avec le bébé. Ne voir personne de la famille après, ça me pèse. On a WhatsApp, Facebook, mais ce n’est pas pareil que de voir les gens en personne”, confie Pauline Barillé, à six jours de son terme.

Une inquiétude à laquelle Marlène Berteau Mével tente d’apporter des réponses. ”Je leur explique que dès qu’elles vont rentrer, une sage-femme libérale va passer. Et surtout, qu’elles n’hésitent pas à nous solliciter, même durant cette période compliquée.”

Au contraire pour Marie, seule au moment de la naissance de Raphaël le 27 mars dernier, le retour à la maison a sonné comme une libération. “La rencontre avec le papa, qui devait avoir lieu à la maternité a eu lieu à la maison. Évidemment, nous étions très attendus.”
 
Dans les maternités des Pays de la Loire...
Aujourd’hui en Pays de la Loire, seule la maternité de Challans n’admet aucun accompagnant en salle de naissance, compte tenu de la configuration de ses locaux. Partout ailleurs dans la région, la présence d’un accompagnant en salle d’accouchement est toléré. À condition qu’il soit asymptomatique, tout comme la mère. Le conjoint peut rester à ses côtés pendant le travail et pendant les deux heures qui suivent la naissance, mais ne peut pas les accompagner en secteur d’hospitalisation.
 
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