Dompierre-sur-Yon, Vendée : l'épidémie de coronavirus donne un coup d'accélérateur à la transition écologique et sociale

Alors que les organisations mondiales mettent en garde contre un risque de crise alimentaire mondiale liée au coronavirus, Dompierre-sur-Yon prône la résilience écologique et solidaire. Un potager va d'ailleurs voir le jour au bénéfice de la banque alimentaire.

Près du stade, ce terrain de 5000 M2, dont la terre est fraîchement retournée, va accueillir un jardin potager solidaire
Près du stade, ce terrain de 5000 M2, dont la terre est fraîchement retournée, va accueillir un jardin potager solidaire © M.Lepelletier
C'était en novembre dernier. À l'initiative d'un collectif local baptisé "Un coquelicot entre les dents", une soixantaine d'habitants de Dompierre-sur-yon s'activaient sur un terrain communal afin de le transformer en verger.

Aujourd'hui, confinement oblige, c'est un peu ambiance, "silence ça pousse"...mais malgré tout, des citoyens bénévoles, profitent de leurs autorisations de sortie pour se relayer au chevet des arbres et des bosquets, pour entretenir, éclaircir et pailler la parcelle.  Cet été, les premières cueillettes, notamment des fruits rouges, pourront être envisagées.
 
Silence ça pousse au verger collectif
Silence ça pousse au verger collectif © M.Lepelletier


L'action du collectif  a permis de mettre l'accent sur une problématique bien plus vaste que la création d'un verger d'agrément. Et d'engager une réflexion à l'échelle locale sur l'autonomie alimentaire d'une commune de 4000 habitants.

Inspiré par notamment par les analyses de Stéphane Linou, l'un des tenants du locavorisme, qui alerte depuis des années sur la crise alimentaire qui nous guette, la mondialisation des échanges de denrées, l'agro-industrie au service de la spéculation, le collectif dompierrois a décidé d'agir concrètement et localement.

Il a multiplié les conférences, les débats pour sensibiliser les habitants à l'agriculture paysanne, et valoriser les productions agricoles existantes sur le territoire.

Et ça commence à porter ses fruits.

"Depuis le début du confinement, on voit que les gens se tournent vers les circuits-courts, les ventes directes à la ferme, pour Marc Lepelletier, l'un des créateurs du collectif "un coquelicot entre les dents", "l'épidemie de coronavirus a certaines vertus et notamment celle de faire prendre conscience aux habitants que la relocalisation de notre alimentation est essentielle et nécessaire".

On ne peut pas  compter sur le modèle tel qu'il existe pour assurer notre subsistance future. souligne Marc. Quand on voit qu'en ce moment on est en train de vendre notre blé, à l'export, en Chine. Que la souveraineté alimentaire vantée par le pouvoir en place repose sur des productions agro-industrielles. Hors-sol. On est encore loin d'un système de proximité qui favoriserait le maraichage bio sur un hectare...et pourtant c'est là que ça se joue.

En Aout 2019, Marc Lepelletier avait enregistré un entretien "prémonitoire" avec Stéphane Linou. Extrait.

Petit manuel de résilience
 

Pas de transition écologique sans solidarité

Confinement ou pas, moratoire d'entre-deux tours ou pas, la municipalité de Dompierre-sur-Yon a décidé d'aller encore un peu plus loin dans la démarche.

La commune vient de dédier une parcelle de 5 000 m² à un nouveau projet favorisant l'autonomie alimentaire. "D'autres communes auraient pu faire le choix d'urbaniser mais il nous a paru évident qu'il fallait sur ce terrain facile d'accès, de créer une régie municipale, un jardin potager, solidaire" explique Philippe Gaboriau, le maire de Dompierre.

C'est Martine Joslin qui a alerté la commune sur la fragilisation des foyers les plus précaires. Elle est bénévole, responsable de l'antenne de la Banque Alimentaire locale depuis six ans.

On a du mal à se rendre compte quand on n'est pas concerné, mais depuis le début du confinement, de plus en plus de gens n'arrivent pas à se nourrir - Martine Joslin

"D'habitude nous avons 22 familles bénéficiaires et là, 3 nouvelles  se sont rajoutées. Plus de la moitié des bénéficiaires travaillent, on a aussi des personnes seules, en retraite, dit Martine Joslin, pour toutes ces personnes, et notamment les familles dont les  enfants ne peuvent plus aller à l'école et donc à la cantine, les colis que nous distribuons tous les quinze jours ne sont plus suffisants !"

L'appel de Martine été entendu et relayé au niveau communal. En réponse, une grande collecte de dons d'aliments non périssables a été organisée. Le moyen de répondre à un besoin ponctuel.
"mais on sait très bien que ce sera pire quand nous serons déconfinés. La crise va être terrible pour tous ceux qui auront perdu leur travail, les inégalités vont s'accentuer".

Face à l'urgence et à une possible crise alimentaire, la municipalité, le collectif "un coquelicot entre les dents", le centre socio-culturel Espac' Yon, le CCAS, les services techniques se sont mobilisés pour mettre en place une solution pérenne.
 

Une régie jardinière collective et municipale

"C'est souvent dans des périodes de crise qu'on est amené à prendre de grandes décisions, indique Philippe Gaboriau. Là, je pense qu'il n'y avait pas à hésiter. Nous avions réfléchi ces derniers mois à une régie municipale pour des productions locales et solidaires, là, avec ce jardin sous régie communale et appuyé sur les énergies bénévoles locales, l’occasion se présente de concrétiser ce projet".

"Au moment où je vous parle, la parcelle est déjà labourée, nous avons un de nos employés communaux qui va s'occuper des plantations et de l'aspect technique de l'entretien,
poursuit le maire de Dompierre, les légumes de ce potager iront aux personnes les plus vulnérables via notre Centre communal d'Action Sociale. C'est un moyen pour nous de faire un pas de plus vers la transition écologique et solidaire" et l'autonomie alimentaire.
 

Le jardin potager est depuis longtemps une alternative à la crise alimentaire

En ces temps de pandémie, l'initiative des habitants de Dompierre-sur-Yon, résonne singulièrement avec d'autres crises, d'autres époques.

Comme le rappelle Stéphane Linou sur sa page facebook, "C’était jusque-là ce que faisaient les gouvernements en temps de guerre. En 1916, le ministère français de l’Agriculture avait lancé un vaste programme pour encourager la création de jardins potagers.

"C’est la "Ligue française du coin de terre et du foyer", gestionnaire des jardins ouvriers français, qui était chargée de distribuer des semences et des outils de jardinage.
Le nombre de potagers doublera entre 1912 et 1920. Aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada ainsi qu'en Allemagne, des jardins potagers étaient cultivés dans des résidences privées ou dans des parcs publics. Pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale ces potagers étaient destinés à diminuer la pression provoquée par l'effort de guerre sur l'approvisionnement alimentaire public"
.

On les appelait les "Victory Garden", les " Jardins de la Victoire".
Les jardins de la victoire...sur le coronavirus?
Les jardins de la victoire...sur le coronavirus? © wikipédia
Selon le spécialiste de la résilience alimentaire, "le jardin potager est une façon économique de se procurer des produits frais. Echappant à l’échange commercial. Seuls des potagers en état de production et fournis dès maintenant en plants et en graines nous permettront de passer sereinement l’été, face à la crise économique qui est d’ores et déjà là et qui risque fort de se prolonger en crise alimentaire".

C'est exactement le raisonnement qui prévaut à Dompierre-sur-Yon.

Dans cette commune vendéenne de 4 000 habitants, on préfère avoir un coup d'avance sur la crise plutôt que de devoir en assumer passivement et douloureusement les conséquences.
La priorité est donnée : anticiper dès maintenant les récoltes de l'automne et de l'hiver prochain.

D'ailleurs, les plants de pommes de terre ne vont plus tarder à être mis en terre.


►Pour aller plus loin, cet article paru dans La Relève et la Peste














 
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