Alpes-de-Haute-Provence: il y a 20 ans la statue géante de Gilbert Bourdin, gourou de la cité du Mandarom était détruite

Depuis la destruction de la statue de 33 mètres à l'effigie du créateur de la cité du Mandarom, vingt ans ont passé. Malgré les condamnations, les travaux de remise en état n'ont jamais été réalisés. Quelques adeptes occupent toujours les lieux installés non loin de Castellane.
Après des années de lutte, les opposants au Mandarom ont obtenu la destruction de la statue du gourou Gilbert Bourdin.
Après des années de lutte, les opposants au Mandarom ont obtenu la destruction de la statue du gourou Gilbert Bourdin. © BORIS HORVAT / AFP

Souvenez-vous, en septembre 2001, la statue du "Messie cosmoplanétaire" autoproclamé de la "cité sainte de Mandarom est déboulonnée à coups de dynamite.

C'est le symbole de la victoire fracassante des écologistes locaux contre les Chevaliers du Lotus d'or, adeptes de la religion aumiste créée par Gilbert Bourdin.

20 ans après, le calme est revenu à la Baume, au-dessus du village de Castellane (Alpes de Haute-Provence). Pourtant, la guerre se poursuit devant les tribunaux. Le 1er octobre 2020, la cour de Cassation a condamné le Mandarom à remettre en état le flanc de la colline où devait s'ériger son temple-pyramide.

Pour l'heure, sur place, rien n'a été fait. "On ne lâchera jamais prise, explique Josette Ferrato, porte-parole de l'association interdépartementale et intercommunale pour la protection du lac de Sainte-Croix, de son environnement, des lacs, sites et villages du Verdon. C'est monstrueux, ce n'est pas une petite verrue, c'est une défiguration du paysage".

La procédure est en cours depuis 1992, depuis l'octroi du permis de construire d'un temple-pyramide de 3.000 mètres carrés au sol. A l'époque, c'est l'époux de Josette, Robert Ferrato qui lance l'offensive contre le Mandarom.

En 1994, il obtient l'annulation du permis par la cour d'appel. Il ne verra pas l'aboutissement du combat de sa vie. Il est décédé en 2015. 

"La relève est assurée, affirme sa veuve, je suis persuadée que quelque chose finira par se passer, on mettra tout en oeuvre".

23 ans après la mort de Gilbert Bourdin, les riverains attendent toujours que la piste menant au futur temple soit remise en état.
23 ans après la mort de Gilbert Bourdin, les riverains attendent toujours que la piste menant au futur temple soit remise en état. © FELIX GOLESI/NICE MATIN/MAXPPP

Aujourd'hui retraitée, Maître Catherine Cohen-Seat, avocate historique des riverains, continue de s'investir dans ce dossier sans fin.

250.000 euros de pénalité à payer

Dans les prochains jours, elle saisira le juge d'application des peines pour obtenir la liquidation de l'astreinte ordonnée par la Cour d'appel de Grenoble le 30 octobre 2018 pour la non-réalisation des travaux. 

La cour avait fixé un délai de six mois pour l'ouverture du chantier de réhabilitation à compter de la notification de l'arrêt et de trente mois pour sa réalisation, sous peine d'une astreinte de 500 euros par jour de retard.

Aujourd'hui, ce sont plus de 250.000 euros que doivent payer les deux associations propriétaires du site, le Vraja Triomphant et la Fondation sa sainteté le seigneur Hamsah Manarah, installée au Lichtenstein. 

"Ils n'ont rien versé, ils disent qu'ils ne peuvent pas", explique Catherine Cohen-Seat. Selon elle, les disciples de Gilbert Bourdin ont non seulement les moyens de payer, mais en plus, ils n'ont pas renoncé à construire leur temple pharaonique.

"Ils redéposent leur projet de permis régulièrement, et ils ont construit une voie colossale, qui contourne le site derrière pour rejoindre l'autre en haut, donc ils ont des sous."

Ils ne veulent surtout pas remettre en état, pour pouvoir construire leur temple.

Maître Catherine Cohen-Seat, avocate historique des riverains

A ce jour, seules les parties civiles ont perçu une partie des 70.000 euros de dommages et intérêts fixés par la justice.

Pour ne pas payer les sommes astronomiques qu'elles doivent, les associations du Mandaron pourraient tenter un dernier recours devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

En 2013, celle-ci avait condamné la France à leur verser quatre millions d'euros pour entrave à la liberté de religion.

"S'ils préfèrent payer plutôt que restaurer, c'est leur point de vue peut-être. On ne cherche pas à avoir absolument de l'argent de la part des associations qui constituent le Mandarom, mais la remise en état, insiste encore Josette Ferrato.  

"Au moins qu'ils fassent quelque chose, car là, ils ne font strictement rien, ils se sentent tout puissants", ajoute-elle. 

Si on pouvait arriver à discuter avec eux... ce serait de leur dire : faites au mieux pour remettre en état.  

Josette Ferrato, porte-parole association de défense du Verdon

"On souhaite qu'ils comblent les affouillements qu'ils ont faits, qu'ils fassent disparaître les routes qu'ils ont créées, qu'ils replantent selon les directives du rapport d'expertise que la justice a approuvé", explique Josette Ferrato. 

"Nous, on a rien contre leur mouvement ou ce qu'ils appellent leur Eglise, notre seul but c'est la protection de l'environnement et de la Baume qu'ils ont totalement défigurée, souligne Josette Ferrato, tout ce qu'il se passe à l'intérieur ou à l'extérieur de leur enceinte ne nous concerne pas du tout."

Son association ne remet d'ailleurs pas en question les autres statues et temples construits sur le site, comme le Bouddha assis de 21 mètres ou la mosquée.

"Toutes ces constructions ont un permis de construire, donc elles sont légales, on n'a rien à dire", précise-t-elle.

"Il n'y a presque plus d'adeptes sur place, reconnaît-elle, c'est vrai que c'est moins bruyant, il y a moins d'activité que par le passé, maintenant qu'il n'y a plus monsieur Bourdin. C'est devenu un centre touristique, une curiosité..."

L'entrée de la cité sainte de Mandarom installée depuis 1969 à Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence.
L'entrée de la cité sainte de Mandarom installée depuis 1969 à Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence. © FELIX GOLESI/NICE MATIN/MAXPPP

De fait, le Mandrom Shambhasalem organise des visites payantes toute l'année autour de l'aumisme, qui se définit comme la "religion universelle de l'unité des visages de Dieu".

Dans l'enceinte du monastère, les adeptes de Gilbert Bourdin poursuivent "l'oeuvre du Maître Spirituel", selon Christine Amory-Mazaudier, chercheuse en physique au CNRS et à Polytechnique, désormais à la retraite et présidente de Vajra Triomphant.

"On continue notre vie sans les médias", tranche-t-elle contactée par téléphone, avant de nous notifier par mail le refus du comité de communication de répondre à nos questions. 

"Cela fait maintenant plus de 30 ans que nous devons supporter, de la part des médias, des articles et des émissions truffés d'erreurs, de mensonges, de calomnies, d’amalgames et de diffamations ou, dans les meilleurs des cas, de vagues approximations peu documentées", écrit-elle. 

Gilbert Bourdin est décédé le 19 novembre 1998. Visé par deux plaintes d'anciennes adeptes pour viol et agressions sexuelles en 1995, il a disparu à 74 ans avant de pouvoir être jugé.

Le "Seigneur Hamsah Manarah" n'a jamais eu de successeur. Ses disciples attendent sa réincarnation.

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