Clash entre Booba et Dr. Jérôme Barrière : le médecin de la Côte d'Azur harcelé après des échanges de tweets avec le rappeur

Le docteur Jérôme Barrière, oncologue dans les Alpes-Maritimes, est la cible d'attaques répétées sur les réseaux sociaux. Dernière en date, celle du rappeur Booba qui lui a reproché de relayer des contenus "qui ne reposent sur aucune donnée scientifique sérieuse".

Jérôme Barrière, est oncologue à Cagnes-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes. Depuis la crise du Covid, il fait partie de ceux qui luttent contre la désinformation médicale. Le dernier à l'avoir attaqué est le rappeur Booba.

À 47 ans, celui-ci a suscité la polémique sur X (ex-Twitter) jeudi dernier, le 18 janvier, en donnant du crédit à des thèses antivax. Le rappeur français a relayé un tweet de Marc Doyer, dont la femme est décédée selon lui des suites de l'injection du vaccin à ARN messager.

Le docteur azuréen Jérôme Barrière a fait part de son avis sur cette même plateforme. Il interpelle B2O en lui rappelant qu'il partage "un contenu qui ne repose sur aucune donnée scientifique sérieuse", et que son compte est suivi par six millions de followers.

S'est ensuivi une longue liste d'échanges par tweets interposés, entre le médecin et le rappeur. Le Dr Jérôme Barrière finit par le bloquer, Booba réplique en se moquant de l'activation de cette option effectuée ce samedi. Le rappeur lui adresse également un "ferme là assassin". 

Ce dimanche 21 janvier, nouvelles étapes. Les tweets s'enchaînent des deux côtés, les followers du rappeur s'en donnent à cœur joie. Les insultes fusent à l'endroit du médecin azuréen qui regrette d'avoir tapé "dans un nid de frelons". De nombreux médias s'emparent de cette histoire de harcèlement en ligne. L'ancien ministre de la Santé et de la Prévention, Aurélien Rousseau, apporté son "soutien total" au médecin azuréen. Contacté, Jérôme Barrière n'a pas donné suite à notre sollicitation. Suite aux nombreux échos médiatiques, il ne souhaite plus recevoir de demande d'interview.

Booba reposte une publication du docteur Barrière qui explique que la vaccination contre le Covid "est "bien nécessaire pour diminuer le risque individuel ET DONC LA TRANSMISSION".

"Le vaccin empêche la transmission ? Menteur" réplique Booba.

Le B c'est le S

Ce flot d'échanges au médecin azuréen a valu des menaces de mort, une plainte devant le Conseil de l’Ordre des médecins et même des avis négatifs sur Google.

Un nouveau participant va également se manifester. Le professeur Didier Raoult va apporter son soutien au rappeur. Un featuring inattendu, avec une référence du Marseillais à une chanson d'IAM, "Petit frère", sur l'album iconique du groupe, "L'École du micro d'argent", sorti en mars 1997.

Pour le professeur de l'IHU Méditerranée, Booba, visiblement, "c'est le sang".

Lutter contre "les désinformateurs"

Créer une commission départementale est l'un des chevaux de bataille pour lutter contre "les désinformateurs" selon l'oncologue.

Il faut qu’il y ait une protection des lanceurs d’alerte, il faut qu’il y ait des relais, il n’y a pas de lutte contre la désinformation.

Jérôme Barrière, oncologue à Cagnes-sur-Mer

France 3 Côte d'Azur, en juin 2023

Face aux experts médicaux, un autre groupe se fait appeler les "Divers-Gens."

Sylvie Bonaldi, rencontrée dans une ferme bio à Contes, en fait partie. Elle est conseillère municipale et métropolitaine (Nice) et sympathisante Divers-Gens : "Il serait inadmissible de créer une telle commission, laissons les gens s’exprimer".

Au nom d’une liberté d’expression sans limites, ils se disent ouverts à tout et à tous.

"Guerre sémantique"

Un samedi de juin 2023, comme quasiment chaque samedi, ils sont rassemblés place Masséna à Nice.  

Sur leurs pancartes, il y a des personnes présentées comme des victimes du vaccin contre le Covid. 

Selon Alexander Samuel, un autre lanceur d’alerte azuréen, enseignant et Docteur en biologie moléculaire : "Il y a une guerre sémantique chez ces personnes qui refusent de dire le mot vaccin, qui disent le mot injection et qui vont essayer de nier le conspirationnisme", affirme-t-il.

Alexander Samuel, très présent sur les réseaux sociaux pour démasquer les complotistes, milite aussi pour la création d’une commission locale de lutte contre la désinformation médicale. 

Il voudrait sensibiliser les élus, ces mêmes élus qui ont parfois vanté les bienfaits de la chloroquine sans preuve scientifique en pleine crise du Covid.

C'est le cas du maire de Nice, Christian Estrosi. Il poursuit : 

J’aurais aimé que ces personnes qui ont fait une énorme promotion fassent un mea culpa ou disent qu’il y a eu un problème. Mon inquiétude est davantage dans le fait que perdurent les pseudo-sciences, les dérives sectaires avec l’aval d’institutions. » 

Alexander Samuel, lanceur d'alerte

France 3 Côte d'Azur, juin 2023

Séverine Falkowicz, enseignante-chercheuse en psychologie sociale, à l'université Aix-Marseille est aussi favorable à la création d’une commission locale et médicale. Elle a écrit un livre : « Au cœur de l’esprit critique ».

Sur le plateau de France 3 Côte d’Azur en 2023, elle expliquait : « Nous sommes des cibles (…) nous sommes exposés de toutes parts : médias, réseaux sociaux, thérapeutes à des contenus de ce type, sans même que nous le sachions. »

Exemple avec le traitement contre le cancer. Sur internet, on propose des jus de carotte pour en guérir. La chercheuse met en garde le public : "Quand on ne dispose pas de critère de tri, quand on n’a pas cette compétence pour savoir des deux propositions quelle est la bonne, on est susceptibles de choisir la mauvaise et de ne pas prendre le bon traitement." (Interview réalisée en 2023.)