REPLAY - Festival de danse à Cannes : Eugénie Andrin recrée une « épidémie dansante »

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Écrit par Aline Métais
Breathe, Breathe spectacle le 30 novembre à Anthéa par la Cie Eugénie Andrin.
Breathe, Breathe spectacle le 30 novembre à Anthéa par la Cie Eugénie Andrin. © Aline Métais FTV

La chorégraphe Eugénie Andrin se produit sur la scène d’Anthéa à Antibes avec 45 danseurs : 40 lycéens amateurs et 5 danseurs professionnels. Sur scène leur "Breathe, Breathe !", un hymne optimiste à la vitalité des corps en mouvement.

Sur scène, les danseurs inspirent, expirent en rythme. La bande sonore amplifie encore cette respiration. « Breathe, Breathe », (« Respire, Respire » en anglais) c’est le thème choisi par la chorégraphe Eugénie Andrin.

Elle se produit sur la scène d’Anthéa à Antibes avec 45 danseurs : 40 lycéens amateurs et 5 danseurs professionnels. 

Et justement la respiration, elle est fondamentale dans la danse et surtout la danse contemporaine.

Une respiration entravée aujourd’hui avec l’obligation de porter un masque.

Le corps à corps devient difficile, voire impossible. Eugénie Andrin a créé « cette peste dansante » avec les vingt élèves de l’option art-danse du lycée Apollinaire de Nice et vingt autres élèves du lycée Audiberti d’Antibes.

Cinq danseurs professionnels sont chargés de transmettre cette folle farandole. Cette pandémie mondiale a bien sûr inspiré la chorégraphe.    

Mais pas seulement !

Eugénie Andrin s’est inspirée d’un événement historique peu connu.

Elle a lu ce fait divers du Moyen-Age dans le journal Le Monde.

A l’été 1518, les habitants de Strasbourg sont pris d’une étrange et soudaine fièvre dansante. Pendant des mois ils dansent sans s’arrêter, jusqu’à l’épuisement. Ils « contaminent » d’autres habitants qui dansent à leur tour et les entraînent dans des farandoles sans fin. Tous dansent comme des pros !

Les autorités tentent de les arrêter. Mais c’est impossible. Alors, ils les encouragent en installant des scènes et les laissent danser pendant des jours et des semaines… jusqu’à en mourir. La misère, la famine, la maladie et le désespoir pourraient expliquer cette étrange maladie.

Ce qui fait dire à Jean Teulé, historien et auteur du livre « Entrez dans la danse » :

L’épidémie dansante de 1518 est la première rave party au monde, la plus grande, la plus dingue mais aussi la plus mortelle,

Jean Teulé

Pour la chorégraphe, il était évident que c’était une matière fantastique à scénariser.

Vanessa d’Ayral de Sérignac, qui a mis en scène ce projet et co-écrit le spectacle. Selon elle, il fallait transcender cette période difficile du Covid : « au lieu que ce soit une épidémie de mort, on a voulu que ce soit une épidémie de joie, une épidémie dansante »  

Ce spectacle s’inscrit dans le festival de danse de Cannes. qui chaussé ses premières pointes dans l’école créée par une autre femme, Rosella Hightower à Cannes. 

Pour Brigitte Lefèvre, ancienne danseuse et directrice de l’Opéra de Paris pendant 19 ans, cette création « participe de la femme résistante, de la femme qui construit contre vents et marées ».

Elle avait envie de rendre hommage à Martha Graham

Pour cette biennale, Brigitte Lefèvre, directrice artistique de cette édition de Cannes danse, a choisi de mettre en lumière les femmes chorégraphes.

Elle avait envie de rendre hommage à Martha Graham, la grande prêtresse de la danse contemporaine, disparue en 1991. Sa compagnie a survécu à sa mort et continue à jouer son répertoire qui parcourt tout le 20ème siècle.  

Certes, une poignée d’artistes a réussi à s’imposer :

  • Martha Graham (qui a fondé sa compagnie, la Martha Graham Dance Company en ouverture du festival),
  • Carolyn Carlson,
  • Régine Chopinot,
  • Pina Bausch.

Mais dans l’ensemble, la plupart des chorégraphes connus et programmés sont des hommes : Georges Balanchine, Roland Petit, Maurice Béjart, Alvin Ailey, Merce Cunningham.

Après cette édition 2021, Brigitte Lefèvre tirera sa révérence à la direction artistique du festival. Elle sera remplacée en 2023 par Didier Deschamps, qui quitte lui la direction du théâtre de Chaillot à Paris après 10 ans de programmation de la danse. Toujours passionnée par cet art, Brigitte Lefèvre est heureuse d’avoir pu faire découvrir ses coups de cœur et d’avoir rendu hommage à de grandes artistes parfois oubliées.

Pour elle, danser, c’est un acte de résistance face à une époque « masquée » et toujours plus anxiogène.

Sa façon de respirer.

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