Le musée sous-marin de Cannes avec les statues de Jason deCaires Taylor raconté dans un film

Les statues immergées entre les deux îles de Lérins à Cannes vont pouvoir voyager dans le monde entier. Le film UNDER [SI:], qui revient sur la genèse du projet artistique de l'artiste Jason deCaires Taylor et sur sa réalisation, va bientôt sillonner les festivals. Les Cannois ont pu le découvrir en avant-première.

L'histoire des statues immergées au large de Cannes dure depuis cinq ans. Et elle n'est pas finie. Pour une œuvre si exceptionnelle qui a élu résidence dans la ville du 7e art, il fallait bien un film.

Jeudi 9 février, les Cannois ont pu découvrir UNDER [SI:] en avant-première au Palais des Festivals.

Ce film, réalisé par Morgan Le Faucheur, raconte comment l'artiste britannique Jason deCaires Taylor a conçu l'écomusée qui est maintenant accessible à tous entre l'île Sainte-Marguerite et l'île Saint-Honorat.

Avec des images sous-marines aussi belles que celles des vues aériennes de Cannes, ce documentaire nous transporte pendant 36 minutes pour suivre le périple de Jason deCaires Taylor et ses six statues. Il a été produit par Almo Films, une maison niçoise, et la ville de Cannes.

Le monde sous-marin, un endroit "sacré"

De l'idée de départ à la mise à l'eau des statues, le film revient sur chaque étape de la création de ces six œuvres. Mais UNDER [SI:] permet aussi de donner toute la lumière à la dimension écologique de ce projet. 

"Notre but était aussi d'infuser de l'éco-conscience sans être moralisateur", révèle le réalisateur Morgan Le Faucheur.

La protection de l'environnement, et particulièrement celle de la mer, est le message principal que souhaite faire passer Jason deCaires Taylor à travers son art : 

On vit sur une planète recouverte aux deux-tiers d'eau mais on ne comprend pas bien ce qu'il se passe sous la surface. Pour moi, le but est de raconter des histoires sur la mer pour que les gens en tombent amoureux. Je veux les pousser à aller sous l'eau et la voir afin qu'ils se sentent compatissants et veuillent la protéger. 

Jason deCaires Taylor, artiste

Le monde sous-marin est "un endroit sacré" pour cet artiste. Grâce à ses œuvres, la faune et la flore alentours ont pu s'approprier un nouveau lieu de vie. "D'après les dernières vérifications en octobre 2022, la colonisation a bien commencé", confirme Régine Resbeut-Montanella, conseillère Grands Projets auprès du maire de Cannes, chargée du projet de l'écomusée depuis ses débuts.

Elle poursuit : "Désormais, les statues sont recouvertes de concombres de mer, de poissons et même de poulpes".

Un patrimoine humain

Ce projet artistique "réunit la culture et la nature", comme l'a souligné le maire LR de Cannes David Lisnard dans son discours précédant la diffusion du film. Il a permis aux Cannois de participer à leur propre patrimoine. En effet, ce sont six Cannois qui ont été choisis par l'artiste pour servir de modèles aux statues.

Marion Beaudin, un des six visages de l'écomusée, déclare que pour elle, "le patrimoine ce n'est pas que des bâtisses, c'est aussi des personnes". Dans son film, Morgan Le Faucheur va à la rencontre de Marion, Anouk, Nour, Dominique, Eugène et Maurice qui prêtent leurs traits à ces statues immergées. 

Si elle admet que la sensation de se voir parler à l'écran a été un peu étrange, Marion Beaudin reste "très fière de voir ce beau projet aller jusqu'au bout".

Je suis heureuse de faire partie du patrimoine et de faire partie de sa transmission. Après moi, je continuerai à transmettre.

Marion Beaudin, modèle pour l'artiste

On fait aussi la connaissance de Maurice Merenda, un pêcheur de Cannes, lui aussi choisi pour avoir son visage moulé dans du béton. Dans le documentaire, il raconte avec émotion à quel point c'est important pour lui de savoir que cette statue lui survivra dans la mer, son lieu favori.

Pour Jason deCaires Taylor, "les communautés sont très importantes". "C'est pour ça que je veux que ce soit eux qui soient les gardiens de leurs côtes, les protecteurs de la vie marine", insiste-t-il. 

"Ce film est la quintessence de ce qu'on voulait faire avec cet écomusée", a annoncé David Lisnard avant la séance. Il ne lui reste plus qu'à être découvert par tous. Le réalisateur a indiqué qu'il sera montré dans de très nombreux festivals avant d'être disponible en vidéo à la demande (VOD) et en streaming.