Capitale européenne de la culture 2028 : pourquoi Nice a perdu dans sa course pour le titre

Cela a fait l'effet d'une douche froide. Nice a été éliminée au premier tour alors qu'elle briguait le titre de capitale européenne de la culture face à Rouen, Bourges, Clermont-Ferrand, ou Montpellier. Au grand dam de son maire, Christian Estrosi. Un certain nombre d'éléments pouvaient laisser imaginer cet échec. On vous explique pourquoi.

"Connecter l’inattendu." C’est la phrase sibylline qui a été donnée à voir à l’internaute sur le site de la ville de Nice, dans sa rubrique actualités. Sur cette même page, on peut lire que la commune est en lice pour devenir capitale de la culture 2028, mais elle ne mentionne pas que Nice a bel et bien été écartée.

"Nous sommes une capitale mondiale de la Culture" a cependant claironné vendredi, lors d’une conférence de presse, le maire Christian Estrosi qui, beau joueur, a souhaité bonne chance aux finalistes. Dont pour certains, il est vrai, ne souffrent guère la comparaison avec la capitale des Alpes-Maritimes.

"Capitale mondiale de la Culture"

Pourtant, Nice avait mis toutes les chances de son côté. Toutes, vraiment ? Selon l’opposition niçoise, des erreurs ont été faites dans l’élaboration du projet. Il n’est qu’à rappeler la déclaration assassine du député Eric Ciotti qui, évoquant la destruction de l’Acropolis, n’a pas hésité à parler "d’erreur historique."

L’histoire justement. Retour il y a 14 ans. En 2013, Nice perdait déjà le titre face à Marseille dans la course vers la capitale européenne. Huit ans plus tard, un alignement des planètes se dessine à l’horizon, Nice est inscrite au patrimoine de l’Unesco en tant que ville de la villégiature d’hiver. Une sacrée reconnaissance de la richesse patrimoniale de celle dont il faut avouer que c’est un joyau en terme d’architecture.

Pour séduire le jury composé 10 experts européens et de 2 experts du ministère de la Culture, Nice a mis les petits plats dans les grands. D’abord s’entourer, pour la partie communication, de l’expérience d’un ancien ministre, en la personne de Jean-Jacques Aillagon. Excusez du peu. Puis insister, non pas sur la Culture, mais sur les cultures, quitte à en désorienter plus d’un.

On parle alors dans le dossier de candidature d’"innovation artistique pour sortir des sentiers battus, amplifier l’écosystème artistique. Et de co-construire la communauté des vivants résiliente !"

Certes, être capitale européenne s’entend lorsqu’on est à Nice, car géographiquement, la proximité avec d’autres villes situées à l’est du département et l’Italie, la "partie orientale de l’ancien Comté de Nice" a du sens.

Dans les critères examinés par le jury, le rayonnement international est mis en avant. On insiste aussi sur une certaine valorisation auprès des citoyens. Ensuite, un accès favorisé à la culture et la stimulation du tourisme culturel.

Détruire et reconstruire

Pour la petite histoire, ce prix a été créé en 1985 à l’initiative de Mélina Mercouri, alors ministre grecque déléguée à la Culture. C’est d’ailleurs Athènes qui décrochera ce titre de capitale européenne. Avec en filigrane l’espoir de retombées positives pour le pays. Il y a là une analogie avec les villes accueillant les JO. Sans que l’on sache si vraiment la population est gagnante in fine. Notamment en raison des investissements lourds réalisés par les villes candidates.

Pour les détracteurs de Christian Estrosi, "l’échec de Nice n’est pas le fruit du hasard. Pour moi, l’emblème de Nice, c'était le TNN, une scène nationale", relève Hélène Granouillac, élue municipale d'opposition écologiste.

Détruire ce lieu était suicidaire pour une ville qui candidatait au titre de capitale européenne. C’est un symbole fort et très négatif qui a alors été envoyé.

Hélène Granouillac, conseillère municipale d'opposition

"J’avais un pressentiment, on attendait la sentence. Mais des signaux comme ceux-là montraient une mauvaise orientation de la ville. Et Hélène Granouillac d’ajouter : "je pense que les Niçois ont pu être désorientés par certains choix. On a besoin ici d’une vraie politique culturelle. L’Acropolis a été un lieu important, un lieu dont on nous a privés."

"On ne doit pas faire l’impasse sur la culture". L’intéressée d’opposition reconnaît qu’il y a bien une politique de la culture, mais, selon ses mots, "pas une politique culturelle de fonds". Et de conclure par cette phrase : "Christian Estrosi n’aura pas marqué de son empreinte la culture".

Il y a pourtant des chiffres qui ne trompent pas. Dans ses colonnes, le magazine Le Point évoque les quelque 100 millions investis en 10 ans par la Ville de Nice. Un chiffre que nous a confirmé la mairie. Sans pour autant plus commenter le non-sélection de la ville au titre de capitale européenne culturelle 2028. On saura le nom de la ville lauréate en décembre 2023.