Covid : dans la vallée de la Roya, l’inquiétude des habitants d'un village face au non-respect des gestes barrières

Mi-juillet une augmentation des contaminations au Covid et en particulier au variant Delta a été observé du côté de Saorge dans les Alpes-Maritimes. Pour certains habitants, les gestes-barrières ne seraient pas toujours ici respectés scrupuleusement notamment lors de soirées.
Saorge dans les Alpes-Maritimes.
Saorge dans les Alpes-Maritimes. © Babeth Timbert

D’après les chiffres de Santé publique France pour la semaine du 14 au 20 juillet dernier, le village de Saorge dans la vallée de la Roya a un fort un taux d’incidence entre 250 et 500 cas de contamination pour 100.000 habitants. Une augmentation significative par rapport aux semaines passées. 

Des données qui font réagir et interrogent les habitants.

De 480 habitants en temps normal, le village grimpe l'été à 1.000. Un habitant nous confie lui avoir entendu parler de fêtes clandestines, des fêtes "Covid free". Comprenez, des soirées où l'on se contamine volontairement. Car le pass sanitaire concerne ainsi également les personnes récemment rétablies de la maladie - et donc à risque "limité", selon le ministère de la Santé, de réinfection -, sous condition de présentation d’un résultat d’un test RT-PCR ou antigénique positif datant d’au moins 11 jours et de moins de 6 mois.

L'existence de ces fêtes privées est difficile à prouver, leur annonce circule sur les réseaux sociaux et sous le manteau, mais selon l’adjoint au maire de la commune Ange Fracasi, "c'est vrai que j'en ai entendu parler. On a prévenu la gendarmerie mais elle n’intervient pas ! Nous avons fait un arrêté préfectoral pour rappeler l’interdiction de tels rassemblements mais nous sommes impuissants. J’espère juste que ce cluster va les calmer !"

Cluster, le mot qui fâche

Depuis le début du mois de juillet, Saorge est en effet concerné par des cas de Covid en surnombre.

Ainsi, Jean-Louis Gerschtein le médecin de la maison médicale de Breil-Sur-Roya a vu arriver en son cabinet des jeunes gens en nombre. Le praticien a constaté notamment quelques jours après la tenue du festival « Passeurs d’humanité » chez ces patients des symptômes du variant delta du Covid : "à minima une quinzaine de personnes symptomatiques probablement du variant delta". 

Tous lui ont bien précisé avoir participé aux festivités « sans avoir vraiment respecté les gestes barrières ». Agés pour la plupart de 20 à 35 ans, « ils avaient des températures élevées, étaient symptomatiques, avaient des problèmes respiratoires. Je pense que le ce rendez-vous a été un catalyseur » nous précise ce 4 août le professionnel de santé.

Identifiés, il leur est instamment demandé de se confiner une dizaine de jours, certains, notamment un groupe de sept à huit amis logeaient à Tende selon nos informations. Jean-Louis Gerschtein dit qu’il les a ensuite revus au bar d’un café, en groupe, sans aucun respect des gestes barrières.

Un cluster qui a occasionné selon lui, l’hospitalisation de deux personnes, l’une de 65 ans et un touriste de 50 ans, tous deux évacués pour aller en réanimation à Nice.

Réponse du festival

Jacques Perreux, organisateur du festival Passeurs d’humanité, nous a précisé ce 4 août que durant les 6 jours de l’événement culturel, "tout a été fait pour faire respecter les gestes barrières."

Il nous a précisé également que "lorsque nous avons reçu l’autorisation de Mr le préfet de tenir ce festival tout entier dédié à la solidarité avec la vallée de la Roya, nous avons pris les dispositions suivantes : distribution de gel aux entrées et mise à disposition de masques gratuits. Pancartes appelant à respecter les gestes barrières, respect des jauges pour les concerts et pour celui de Saorge: public assis à une distance d’un mètre les uns des autres. Nettoyage systématique des micros après chacune des quelques 300 interventions dans les débats. Naturellement, il n’était au pouvoir de personne d’obliger tel ou tel festivalier de porter le masque sauf à lui rappeler les gestes barrières."

Quand les premiers cas de Covid ont été enregistrés, le festival a communiqué sur les réseaux sociaux :

"Nous venons d’apprendre que plusieurs cas de Covid ont été diagnostiqués à Saorge, village où le festival a fait étape mardi 13 juillet. Nous conseillons aux festivalier.e.s de procéder à un test et de respecter les consignes sanitaires."

Ce texte a été diffusé notamment sur le site internet dédié au festival. Jacques Perreux de préciser : "nous avons communiqué en direction des centaines de bénévoles et festivaliers pour leur recommander de se faire tester. Notre appel a été entendu et une dizaine de festivaliers positifs se sont immédiatement isolés pour rompre la chaîne de transmission. Voici les faits dont beaucoup peuvent témoigner."

Le médecin de la maison médicale de Breil-Sur-Roya, nous a confirmé à plusieurs reprises, que le nombre de personnes testées avait en effet augmenté sur cette période. « Les infirmières de Tende ont enchaînés entre 30 et 50 tests alors qu’en temps normal, elles n’en réalisent que 2 ou 3 par jour… » précise Jean-Louis Gerschtein.

Demande d’interdiction des fêtes communales

Le praticien à l’origine de l’alerte et membre des MSP, maisons de santé pluriprofessionnelles demande alors l’interdiction de toutes les fêtes communales.

Il sera entendu par la plupart des maires : "seule la maire de Saorge m’a dit y réfléchir," explique le généraliste dépité. Les élus des autres communes de la Roya ont suivi la recommandation.

Dépité, il y a de quoi l’être, car ce non-respect des gestes barrières serait encore davantage marqué dans la vallée de la Roya qu’ailleurs.

La maire de Saorge, Brigitte Bresc, contacté le 2 août et ce 4 août, nous a confirmé la situation dans son village et précisé que sur une soirée communale, hors festival, le 17 juillet, des débordements avaient été constaté par la gendarmerie de Breil-sur-Roya venue sur place.

À Saorge, un habitant qui a préféré ne pas être cité confie :

Il y a deux clans ici, ceux qui portent le masque et font attention, ceux qui s’en moquent. Ce qui n’est pas sans provoquer des tensions, l’ambiance, cet été, est particulière. Et personne ne réagit.

Ce qui en laisse d’autres personnes dubitatives : "le problème, c’est qu’on va reconfiner conclut un habitant de Saorge un peu désespéré."

A cette date, la gendarmerie s’est refusée à tout commentaire.

Evolution des 4 principaux indicateurs de l'épidémie de Covid depuis le 1er juin dans les Alpes-Maritimes :

On peut noter, que tous les indicateurs de la situation sanitaire ont augmenté durant le week-end dans le département des Alpes-Maritimes.

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