A Menton, la création d'une digue sème la discorde chez les surfeurs : "on nous a enlevé notre jouet"

La réfection de la digue sous-marine de Carnolès détruit le meilleur spot des surfeurs du Mentonnais. Malgré leur mécontentement, la Communauté d'agglomération de la Riviera française (Carf), rappelle que ce chantier était indispensable pour des raisons de sécurité.

La Houle est de retour sur la Côte d'Azur pour le week-end, pas de quoi faire oublier aux surfeurs du Mentonnais leur "vague disparue."

Le meilleur spot de surf, à Roquebrune-Cap-Martin, celui du Fanal, n'existe plus. Les déferlantes sont aux "abonnés absents", depuis les travaux de réhabilitation de la digue sous-marine de Carnolès, dans les Alpes-Maritimes. 

Déception chez les surfeurs 

Et oui, la Côte d'Azur et sa mer Méditerranée, regorgent de lieux pour faire du surf. Bien moindres certes que ceux du Sud-Ouest et de l'océan Atlantique, mais tout de même plus attrayants que les "clichés" du film Brice de Nice, sorti en 2005 et en version numéro 3 en 2016.

En effet, une centaine de surfeurs, s'adonnent au plaisir de la glisse dans le pays mentonnais, le spot du Fanal était particulièrement apprécié. 

Benjamin Clément, surfeur, et président de l’association Hoe Hoe Stand up paddle de la Riviera explique : "L'endroit n'était pas connu il y a encore une dizaine d’années, mais depuis, de Marseille à l’Italie, les gens viennent surfer cette vague particulière." Avant d'ajouter : "On nous a enlevé notre jouet, c'est vraiment dommage !"

Car les travaux de surélévation de la digue sous-marine, réalisés l’an dernier au large de Roquebrune-Cap-Martin, pour contrer l’érosion du littoral par les vagues agirait comme un "hachoir." 

Depuis ce phénomène artificiel, on n'a plus de vague. Il y en a d’autres mais ce n'est plus pareil pareil. On s’amuse encore, mais on doit attendre une météo très particulière.

Benjamin Clément

Pourquoi ces travaux ? 

Pour la Communauté d'agglomération de la Riviera française (Carf), à la tête de ces travaux, la mise en place de cette digue était une "nécessité après les coups de mer successifs."

Progressivement, au fils des années, les ouvrages déjà présents sur le site, datant des années 1990, se sont abîmés. Conséquence : les déferlantes créaient l'érosion des plage, endommageaient de plus en plus régulièrement les équipements situés en bord de mer, et causaient des fermetures de circulation sur la RD52, en raison de projections de galets.  

La hauteur de la digue sous-marine a été conservée entre 1 mètre 50 et 1 mètre 80 comme à l’existant,

explique la Carf

C’est la hauteur recommandée par les études initiales pour maintenir un niveau de protection adéquat du bord de mer et de ses équipement (restaurants, plages, esplanades, statues, trottoirs...)

Une digue utile pour la faune et la flore ? 

Benjamin Clément, regrette qu'il n'y ait pas eu plus de concertation dans ce projet. Comme des négociations pour trouver une autre solution, avec la mise en place d'un récif artificiel, qui aurait évité à cette vague de disparaître, tout en préservant les éco-systèmes. 

Mais la Carf estime que cela aurait été impossible : "La présence d’espèces protégées (cymodocée et posidonie présentes à environ 150m et 200m de la côte sur la baie de Carnolès) rend difficile la mise en place d’un tel dispositif."

Elle ajoute : "la digue sous-marine, joue un rôle de nurserie. Une densité de poissons, adultes et juvéniles, serait présente en quantité plus importante sur les enrochements artificiels que sur les habitats de plages ou les habitats naturels rocheux." 

Les surfeurs devront s'adapter à leur nouveau terrain de jeu. Leur nouvelle crainte, une prochaine phase de travaux, avec un projet similaire de digue. Celui-ci pourrait émerger du côté des plages privées des Sablettes.