Coronavirus - Suite à des “mauvais comportements”, l'Italie interdit l'entrée aux Français sur ses routes dans la Roya

Au poste-frontière de Fanghetto (dans la vallée de la Roya), les carabiniers italiens refuseront désormais l'entrée à tout véhicule français. / © Loïc Blache/FTV
Au poste-frontière de Fanghetto (dans la vallée de la Roya), les carabiniers italiens refuseront désormais l'entrée à tout véhicule français. / © Loïc Blache/FTV

Ces derniers jours, plusieurs habitants et commerçants avaient déjà fait l'objet d'un refus d'entrée sur le sol italien pour faire le trajet Tende-Menton. Désormais, même en présence d'attestations officielles et de papiers en règle, ces refus seront systématiques.

Par Loic Blache

Quand on lui a annoncé la nouvelle au téléphone, on sentait qu'elle était sur le point de craquer : " Ça m'énerve, on m'empêche de travailler ! Je suis à bout de nerfs !" Sylvie Olivan est la gérante de l'épicerie "Le p'tit marché" à Tende dans les Alpes-Maritimes.

 Tende est aux portes du Parc National du Mercantour et de la Vallée des Merveilles :
Depuis plusieurs semaines, cette commerçant ne sait plus où donner de la tête. Confinement oblige, les Tendasques font leurs provisions chez elle et elle doit renouveler en permanence sa marchandise.

"Je suis obligée de partir à 5h du matin pour aller au MIN de Nice me ravitailler tous les deux jours contre une fois par semaine auparavant !"

Quand elle emprunte les routes italiennes pour rejoindre l'autoroute, elle ne fait que transiter et se conforme aux règles italiennes. Mais ce n'est visiblement pas le cas de tout le monde.

"Les Italiens mettent en place des mesures de confinement que les Français ne respectent pas : non-port du masque, achats qui ne sont pas de première nécessité, arrogance envers les autorités italiennes... Le mauvais comportement des uns a des répercussions sur tous les autres.
Yoann Toubhans, le sous-préfet Nice-Montagne

"Décision brutale, disproportionnée et injuste"

"La frontière n'est pas fermée" tient pourtant à préciser le sous-préfet. Mais dans les faits, au poste-frontière de Fanghetto, cela s'en rapproche : tout résident français qui sera contrôlé par les carabiniers dans ce secteur sera reconduit à la frontière, quel que soit le motif de son déplacement et peu importe les justificatifs officiels qu'il possède.

Une décision uniquement italienne : si un résident italien se rend dans la Roya française avec les autorisations remplies, il ne sera pas inquiété par les policiers français.
La commune de Tende (Alpes-Maritimes), dans la vallée de la Roya. (photo d'illustration) / © FTV / Loïc Blache
La commune de Tende (Alpes-Maritimes), dans la vallée de la Roya. (photo d'illustration) / © FTV / Loïc Blache


"C'est une décision brutale, disproportionnée et injuste", réagit Jean-Pierre Vassallo, le maire de Tende.

"Notre demande n'est pas de circuler pour acheter des cigarettes, mais pour aller travailler à Menton ou approvisionner une épicerie. Ce ne sont pas des centaines de personnes, juste quelques unes."
 

"Excès de zèle"

Depuis plusieurs jours déjà, certains automobilistes avaient fait les frais d'un retour à la frontière. L'édile tendasque dit en avoir eu l'écho d'une quinzaine de personnes.

C'est un excès de zèle. Du moment qu'on présente les documents italiens et français, les carabiniers n'ont pas à refuser. Il faut vraiment clarifier cette situation car les frontières ne sont pas fermées entre la France et l'Italie ! - Jean-Pierre Vassallo, maire de Tende

Sylvie Olivan en avait fait l'expérience à trois reprises, à la sortie d'autoroute de Vintimille et à Fanghetto.

Le carabinier ne veut même pas regarder mes attestations ! Il me dit : 'Vous n'avez pas le droit de passer. Vous avez une route française, vous ne pouvez pas passer par là !'
Sylvie Olivan, gérante de l'épicerie "Le p'tit marché"

Cette route française, c'est celle qui passe par Sospel, et dont une partie est toujours en travaux suite à un éboulement.
"Cela me rajoute du trajet et me fait passer par les cols. C'est du temps en plus et surtout de la fatigue", poursuit la commerçante. "J'ai déjà un surcroît de travail, ce n'est plus possible !"

Réseaux sociaux

Avant cette décision italienne, sur les réseaux sociaux, des internautes relataient la même (mes)aventure quand d'autres n'avaient eu aucun souci, et pas toujours pour des bonnes raisons...
  • "Je passe régulièrement toutes les semaines pour les grandes courses et ils m'ont jamais arrêté et mon fils [a pu] acheter des cigarettes", raconte "Nicola".
  • Mon mari aussi c'est (sic) fait envoyer balader, on lui a dit que c'était la dernière fois qu'il passer (sic) par là. Il travaille à la mairie de Menton donc avec un certificat de travail", commente "Sabrina".
  • En fin de compte, comme le résume "Stéphane" : "c'est au petit bonheur la chance".
Pouvoir circuler ou pas sur les routes italiennes, pour les habitants de la Roya, c'est "au petit bonheur la chance".
Pouvoir circuler ou pas sur les routes italiennes, pour les habitants de la Roya, c'est "au petit bonheur la chance".

Et les autres frontières ?

Cette situation s'applique uniquement au poste-frontière de Fanghetto, dans la vallée de la Roya. Les autres frontières (Menton-Saint-Ludovic, entrée/sortie d'autoroute de Vintimille et Tunnel de Tende) restent franchissables avec les justificatifs de circulation (notamment pour les travailleurs pendulaires).
A la frontière italienne de Menton-Saint-Ludovic, le 10 mars dernier lors de contrôles. / © Michel Bernouin FTV
A la frontière italienne de Menton-Saint-Ludovic, le 10 mars dernier lors de contrôles. / © Michel Bernouin FTV
Une inégalité de traitement que ne comprend pas l'épicière tendasque. "Si je ne peux pas traverser le pays pour faire mon métier, que les Italiens soient aussi refoulés à la frontière française !", poursuit Sylvie Olivan, qui envisage des actions pour se faire entendre.

Du côté de la préfecture des Alpes-Maritimes, un refus d'entrée systématique des Italiens sur le sol français n'est pas à l'ordre du jour.
 

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