Dans la Roya, les difficiles négociations entre la France et l'Italie sur le transit des véhicules à la frontière

Depuis plusieurs jours, les réactions sont nombreuses parmi les élus français. Les explications et les discussions se multiplient avec les autorités italiennes pour tenter de calmer les esprits et trouver une solution. Mais le dossier est loin d'être gagné.

Sauf pour les véhicules de santé et de La Poste, les policiers demandent aux habitants de la Roya qui veulent rejoindre le sud du département de passer par Sospel, et non plus par la Roya italienne.
Sauf pour les véhicules de santé et de La Poste, les policiers demandent aux habitants de la Roya qui veulent rejoindre le sud du département de passer par Sospel, et non plus par la Roya italienne. © FTV
Dans les communes de Breil sur Roya et de Tende (Alpes-Maritimes), ça s'agite pour tenter de régler la situation. Sébastien Olharan, le futur maire de Breil sur Roya pas encore installé, et la conseillère régionale Laurence Boetti-Forestier ont lancé mardi une pétition en ligne réclamant un "accord franco-italien". Plus de 450 internautes l'ont déjà signée.

"Nous voulons mobiliser la population pour faire bouger les choses", explique le futur édile. Jean-Pierre Vassallo, le maire de Tende, est aussi monté au créneau en écrivant aux parlementaires.

Car, depuis plusieurs jours, des habitants de la Vallée de la Roya française sont arrêtés par les carabiniers alors qu'ils transitent sur les routes italiennes pour rejoindre le sud du département via l'autoroute ou Menton. Postés quelques mètres après le poste-frontière de Fanghetto, au niveau de la gare d'Olivetta San Michele, les policiers italiens leur imposent de faire demi-tour et de passer par Sospel, peu importe le motif et les justificatifs du déplacement. Une route française qui fait parcourir deux cols et qui rallonge le temps de parcours de 30 minutes à une heure.
 
Si les élus locaux ne "cautionne[nt] pas les mauvais comportements (achat de cigarettes, courses alimentaires, non-port du masque)", "il ne faut pas pour autant pénaliser ceux qui ont de vrais raisons [de transiter]", argumente Sébastien Olharan.
 

Incompréhension et ressentiment

À cela s'ajoute une incompréhension : celle de savoir d'où vient cette décision et si elle est motivée par un texte. Sollicitée par France 3 Côte d'Azur, la préfecture d'Imperia n'a pas souhaité répondre à nos questions, mais a précisé que "l'entrée sur le territoire italien n'est possible que pour des raisons professionnelles ou de santé". De son côté, André Ipert, le maire sortant de Breil sur Roya, met en avant un décret du 10 avril 2020 signé par le ministre de la santé et le premier ministre italiens. Ce texte indique que "le transit est autorisé sur le territoire italien pour rejoindre un autre Etat".
 

Décret italien du 10 avril 2020


"Qu'on sanctionne ceux qui ne respectent pas, je comprend, mais qu'on sanctionne ceux qui travaillent, je ne comprends pas", poursuit le maire sortant breillois. "Cela n'est pas compris et je sens monter un ressentiment sur les réseaux sociaux." L'édile se demande même si la réaction italienne ne serait pas une réponse à plusieurs sujets de crispation entre les deux voisins : la ligne de chemin de fer Nice-Tende-Cuneo, le chantier du tunnel de Tende, l'arrêté de circulation anti-19 tonnes...
 

Un précédent il y a plusieurs semaines

Il y a plusieurs semaines, les carabiniers avaient déjà renforcés les contrôles sur les routes de la Roya italienne pour faire pression. Des négociations entre les deux pays avaient permis de revenir à une situation normale. "L'affaire avait été réglée en 24-48h au niveau local", détaille Alexandra Valetta-Ardisson, députée (LREM) de la 4e circonscription des Alpes-Maritimes. Mais les comportements des Français, eux, ont continué.
 

Dossier "difficile"

Résultat, le dossier est remonté en haut-lieu et c'est désormais "Rome qui bloque", poursuit la députée. "On essaie de calmer un peu tout le monde pour ne pas envenimer encore la situation." En France, le Quai d'Orsay et le ministère de l'Intérieur ont été saisis et tentent de débloquer la situation, avec l'aide de l'ambassadeur de France à Rome et du Consul de France à Vintimille (contacté, ce dernier n'a pas donné suite). 

Compte tenu du fait que certains habitants n'ont pas respecté les règles, il y a eu plusieurs incidents entre les forces de l'ordre italiennes et des ressortissants français, dont un certain nombre continuent, sous prétexte de simple transit, à se rendre dans la province d'Imperia pour faire des courses sans porter le masque de protection désormais obligatoire dans le secteur de Vintimille, il est difficile à l'heure actuelle de relancer les autorités italiennes pour le Ministre.
Réponse du cabinet de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, citée par la sénatrice Dominique Estrosi Sassone

"Malgré les tentatives de résolution de la situation par l'ensemble du corps diplomatique français sous l'égide du Ministre [Jean-Yves Le Drian, NDR], les autorités italiennes ne sont pas revenues à ce stade sur leur décision", écrivent ce mercredi, dans un communiqué, Renaud Muselier, président de la Région PACA, et Christian Estrosi, président délégué de la Région.

Pour l'heure, seuls les véhicules de secours, les professionnels de santé, les forces de l'ordre et les véhicules de La Poste sont autorisés à transiter par les autorités italiennes. La situation se débloquera-t-elle avant le 4 mai, date de sortie du confinement en Italie ? Rien n'est moins sûr.
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