Alpes-Maritimes : les SDF persona non grata dans les villes touristiques de la Côte d'azur

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Écrit par Laurent Meney

Signe des temps, les plus précaires, les personnes sans domicile fixe (SDF) sont de plus en plus chassées des villes touristiques surtout durant l'été. Parmi les mesures imaginées par les communes, le mobilier urbain censé empêcher des occupations de lieux. C'est la partie immergée de l'iceberg. Nous avons mené l'enquête sur une véritable tendance.

"Vous connaissez la technique du banc coupé en trois ?" Ainsi Francis Vernede nous déstabilise d’entrée. La réponse est non, car bien sûr nous n’y avions jamais pensé. C’est l’un des moyens parmi beaucoup d’autres, d’éloigner les indésirables résume le directeur en région Provence Alpes - Côte d'Azur de la Fondation Abbé Pierre.

Car évidemment on ne peut s’y allonger.

Quand on y porte un peu plus son attention, on se rend compte que le mobilier urbain anti-SDF est partout autour de nous.

Dans les gares par exemple, de nouveaux bancs ont fait leur apparition ces derniers mois.

A Roquebrune-Cap-Martin dans les Alpes-Maritimes, les bancs en bois sont pourvus d’une cale.

Est-ce à titre décoratif ou par souci d’esthétisme ou pour empêcher quiconque de s’y allonger ? Dans cette histoire la mairie, n’est pour rien dans le choix du mobilier car l’aménagement de la gare en elle-même incombe à la SNCF.

La compagnie ferroviaire explique qu’en aucune façon il y a une volonté de bannir les SDF de ses gares.  Et en appelle au bon sens : "un banc c’est pour s’assoir et non s’allonger. Sur la Côte d’Azur, les gares sont très fréquentées et les clients qui attendent leur train souhaitent pouvoir se reposer".

Les bancs en bois avec cale nommé accotoir ont été conçus "pour permettre aux personnes qui ont des difficultés de se lever plus aisément" dit-on au siège parisien de la compagnie. Toutes les gares de la Côte d'Azur seront aménagées ainsi d'ici quelques années.

Tout cela n’est pas du goût des associations venant en aide aux SDF. La Fondation Abbé Pierre a ainsi lancé le hashtag #soyonshumains pour recenser les pires mobiliers urbains à travers même une cérémonie qui se prénomme les pics d’or faisant allusion à une ville de France qui avait mis en place des pics pour empêcher de s’y asseoir.

Continuum de pauvreté

Avec amertume, Francis Vernede fait une analyse assez fine des choses. D’un côté, dans les villes, la population qui souhaite ne pas être dérangée et de l’autre, tout pour ne pas aller dans le sens d’une aide d’une partie de la population des plus pauvres. "C’est un continuum de pauvreté, les centres villes ne se veulent pas accueillants, si tu ne consommes pas tu n’es pas désirable. Plutôt que de mettre en place une politique d’aide c’est une politique de bannissement."

Le mobilier urbain anti-SDF ne serait donc que la partie immergée de l’iceberg. On peut vouloir penser le mobilier urbain autrement mais il faudrait opérer la réflexion sur l’ensemble de la population.

"Le banc qui est le symbole de l’objet urbain par excellence peut être joli, artistique mais c’est un déni de l’existence d’une personne qui souhaite s’y allonger"

Francis Vernede, Fondation Abbé Pierre

Francis Vernede précise : "L’objet auquel nous ne prêtons guère d’attention, car il ne remplit qu’un rôle mineur pour nous peut devenir une niche de sécurité pour le sans domicile fixe qui n’a précisément plus de domicile."

La Fondation Abbé Pierre (FAP), avait "distingué" Toulon et Marseille en 2020 pour leurs dispositifs anti-SDF.

Les associations que nous avons contactées expliquent que dans les grandes villes le phénomène est plus prégnant.

Paris, Marseille, Lyon mais aussi Nice, cinquième ville de France.

L’une de ces associations encore jeune, elle n’a que cinq ans est très active sur les réseaux sociaux. Pour le fondateur de Tous citoyens, David Nakache, l’affaire est entendue. Le pire selon lui sont les arrêtés anti-mendicité mis en place par la ville de Nice depuis 2018.

Et reconduits chaque été. Mais pourquoi chaque été ?

Le SDF pas très "carte postale"

"On chasse les SDF des zones touristiques car il ne faut pas entacher la carte postale explique l’intéressé. On les refoule dans les quartiers". Toujours est-il que les parcs et jardins de la ville sont fermés la nuit.

Selon l’association dans les rues dites cotées de la Nice, la politique serait celle du zéro SDF. Nous avons interrogé la municipalité en ce sens qui nous a adressé les 16 pages du texte. C’est en fait la mendicité qui est interdite dans certains secteurs et à certains horaires. Aucun "risque" alors de voir une présence de SDF notamment cours Saleya, place Massena ou encore la promenade des Anglais.

Un arrêté municipal que la Ligue des droits de l’homme a porté devant les tribunaux au motif que les SDF faisant la manche ne sont pas un trouble à l’ordre public. Le tribunal administratif a déjà demandé plusieurs fois à la mairie de revoir sa copie allant dans le sens de la LDH.

De son côté la mairie de Nice que nous avons sollicitée rappelle qu’elle met à disposition des plus nécessiteux des places d’hébergement, 80 pour les hommes et 19 pour les femmes, à travers plusieurs centres répartis sur la ville. 

Depuis le 17 juillet, le CCAS de Nice ouvre ses portes en journée, en plus du soir, pour les accueillir les plus fragiles.