Covid 19 : quel impact a eu la fermeture des remontées mécaniques sur la faune et la flore ?

Avec 10.000 km de pistes, la France séduit chaque hiver les amateurs de sports de glisse. Ces touristes ont néanmoins "un impact négatif" sur la nature. Malgré la fermeture des remontées mécaniques, la montagne reste en danger car les promeneurs empiètent sur des territoires jusque-là préservés.

"Chaque mouvement ou chaque déplacement est une grosse énergie pour l'animal. Si le skieur ou le randonneur passe trop proche de lui, il va dépenser son peu d'énergie pour fuir et non pour vivre," selon Emmanuel Gastaud, parc national du Mercantour.
"Chaque mouvement ou chaque déplacement est une grosse énergie pour l'animal. Si le skieur ou le randonneur passe trop proche de lui, il va dépenser son peu d'énergie pour fuir et non pour vivre," selon Emmanuel Gastaud, parc national du Mercantour. © Anne Le Hars FTV

Chaque année, en France, les 10 000 km de pistes sont pris d'assaut par des touristes. On estime que 8 % de la population française pratique le ski. Mais s'adonner aux "plaisirs de la glisse" à un coût, et il n'est pas uniquement financier.

Une empreinte écologique loin d'être blanche comme neige 

Face à la forte demande, la nature a été "adaptée" aux besoins humains. La déforestation et l'installation des infrastructures ont des conséquences sur la montagne. Les dispositifs sont très énergivores : tous les ans 800.000 tonnes de CO2 sont émises par les stations françaises, 57 % sont liées aux remontées mécaniques.

Pour Emmanuel Gastaud, chargé de la sensibilisation et de la valorisation du territoire au sein du parc national du Mercantour :

L'idée ce n'est pas de priver les gens de liberté, c’est mieux d’être dehors dans la montagne que scotché devant la télé, mais il faut respecter les lieux et la nature.  

Emmanuel Gastaud, chargé de la Sensibilisation et Valorisation du Territoire parc du Mercantour.

Le défrichement afin de construire les remontées mécaniques et les pistes de ski, a abîmé les richesses naturelles. Obligeant les animaux à se réfugier plus loin, ce qui explique qu'on n’en croise que très rarement autour des stations.

Autre problème majeur : l’enneigement artificiel.

Des télésièges, ici à l'arrêt à Isola 2000 (Alpes-Maritimes) pour cause de pandémie.
Des télésièges, ici à l'arrêt à Isola 2000 (Alpes-Maritimes) pour cause de pandémie. © Loïc Blache /FTV

En effet, le réchauffement climatique a entraîné une raréfaction des neiges à certains endroits. Selon la Commission internationale pour la protection des Alpes, chaque année, 95 milliards de litres d’eau sont utilisés pour enneiger les pistes alpines ! Une ressource principalement prélevée dans les lacs et les rivières avoisinants, ce qui affecte grandement la vie aquatique des zones montagneuses.

Les touristes explorent des zones habituellement "préservées" 

"D'habitude ils restaient dans les stations, maintenant on voit bien que les touristes montent de plus en plus haut, n'importe où et ils dérangent les animaux " se désole ce directeur d'école de ski des Hautes-Alpes.

La profession étant énormément impactée économiquement par les restrictions sanitaires, ce discours est à prendre avec du recul : non, la fermeture des remontées mécaniques n'a pas aggravé la situation pour la faune et la flore.

Mais il faut souligner que l'épidémie de coronavirus a accentué le besoin de nature des particuliers et donc le nombre de touristes présents en montagne cet hiver. La pénurie des raquettes et autres matériels ludiques de montagne en sont témoins. "Nous avons constaté une augmentation de 10 à 20 % de visiteurs dans le Parc national du Mercantour depuis la fin du premier confinement ", confie Emmanuel Gastaud, avant d'ajouter avec inquiétude : "les nuisances causées par les touristes fragilisent réellement la faune. En effet, en hiver les animaux sont particulièrement sensibles."

Chaque mouvement ou chaque déplacement est une grosse énergie pour l'animal. Si le skieur ou le randonneur passe trop proche de lui, il va dépenser son peu d'énergie pour fuir et non pour vivre,

Emmanuel Gastaud, parc national du Mercantour

Pour les professionels de la montagne, préserver ces territoires et la quiétude de la nature est un véritable enjeu. Depuis 15 ans, Gilles Castelli est accompagnateur en montagne, spécialisé en "raquettes". Pour ce passionné de randonnées : "Il y a des mesures qui ont été prises pour des espèces protégées comme le tétra lyre par exemple." Néanmoins pour le professionel, le risque majeur c'est la méconnaissance des touristes de la montagne, il s'explique : "Ce qui m'inquiète c'est les risques d'avalanche, ils ne connaissent pas bien la montagne et les dangers du manteau neigeux."    

Le silence est la règle d'or dans les territoires protégés. Sortie raquette à Gréolières-Les-Neiges.
Le silence est la règle d'or dans les territoires protégés. Sortie raquette à Gréolières-Les-Neiges. © Anne Le Hars FTV

Mais des solutions existent pour coexister avec la nature 

Le silence est la règle d'or dans les territoires protégés : "observer la faune avec discrétion permet de découvrir et de comprendre les espaces naturels, c'est embêtant de voir des touristes écouter leur musique dans ces zones-là" rappelle Emmanuel Gastaud en charge de la sensibilisation du parc national du Mercantour. 

Il ajoute également : "il faut suivre en priorité les traces déjà faites par d'autres promeneurs ou skieurs pour ne pas perturber plus l'écosystème." Le professionnel conseille aussi de faire appel à des spécialistes de la montagne lorsque l'on s'aventure dans la nature. Les stations de ski essayent également de se renouveler pour permettre une meilleure cohabitation avec leur environnement. 

Un autre enjeu aussi, souligné par les amoureux de la montage : réduire à tout prix les émissions de gaz à effet de serre générées par les voitures qui se rendent dans les sations.

Il faudrait notamment déployer plus de navettes publiques pour réduire le trafic, un idéal impossible au vue de la situation sanitaire actuelle qui privilégie la distanciation sociale.  

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