"Dès qu'il y a un changement de comportement radical il faut prévenir un médecin" : une gériatre niçoise rappelle les bons gestes à adopter dans les EPHAD

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Écrit par Margaux Delaunay .

Le lundi 7 février, trois résidents de la maison de retraite médicalisée Orpea de Roquebrune-Cap-Martin ont été retrouvés dans un état somnolent, peut être à cause d'un surdosage médicamenteux. Nous avons demandé à Laurie-Anne Bertholon, médecin spécialisée en gériatrie, comment reconnaître les situations anormales et quels gestes adopter pour y répondre.

Lundi matin, trois pensionnaires de la maison de retraite médicalisée Orpea de Roquebrune-Cap-Martin, dans les Alpes-Maritimes, ont été retrouvés dans un état de somnolence par l'équipe de jour : 

Il pourrait s'agir d'un surdosage médicamenteux survenu dans la nuit. Selon nos confrères de Nice Matin, le SAMU est intervenu et une enquête est en cours pour déterminer les causes exactes de cet incident. 

Un accident qui survient en plein scandale suite aux révélations du livre "Les Fossoyeurs" de Victor Castanet qui rapporte des cas de maltraitance dans des établissements pour personnes âgées. 

Laurie-Anne Bertholon dirige l'unité de gériatrie de la clinique Saint-Jean à Cagnes-sur-Mer. 

Quels sont les risques dans la prise de traitement chez les personnes âgées ? 

Les patients âgés, placés en maison de retraite, prennent souvent des médicaments depuis longtemps. C'est toute la problématique, car certains traitements ne sont plus toujours adaptés dans le temps. Par exemple, une personne peut avoir besoin d'une certaine quantité de médicaments pour son coeur à un moment donné, mais plus par la suite, car il y a eu des changements. De plus, certaines infections comme celles aux reins, peuvent dérégler l'absorption médicamenteuse. Autre risque, de nombreux patients se retrouvent souvent polymédicamentés, et certains médicaments ne font pas bon ménage avec d'autres. Il faut donc mettre en place des suivis personnalisés régulièrement pour réadapter les traitements. J'ajouterais également que chaque individu réagi différemment, il faut donc toujours être très vigilant. 

Quels signes doivent alerter les proches ? 

Je dirais que n'importe quel changement radical de comportement doit alerter. Dès qu'il y a un changement de comportement, que ce soit un état de somnolence, d'agitation, de refus de s'alimenter ou de boire, d'aller à la selle... Il faut prévenir un médecin. 

Quels sont les bons gestes à adopter s'il y a un problème constaté ? 

Après avoir appelé un médecin, les premiers gestes de secours consistent à mettre en sécurité physiquement la personne. Si elle est tombée, la mettre en PLS sur le sol (ndlr : position latérale de sécurité). Il faut faire en sorte qu'elle puisse respirer, donc  regarder si les voies respiratoires sont bien dégagées. En cas de nausée, la PLS peut permettre d'éviter qu'elle ne s'étouffe avec ses propres rejets. Il faut aussi veiller à qu'il n'y ait pas trop de monde autour pour que la personne ne soit pas oppressée. En cas de somnolence ou de vertige, il est important de continuer à stimuler sa vigilance, en lui parlant, comprendre où elle a mal etc. Ce sont des éléments importants, qu'il faudra communiquer à l'arrivée des secours.  Il est également important d'avoir l'ordonnance des médicaments pour que le médecin puisse cibler le problème. Depuis la crise sanitaire, certaines familles se sont équipées avec des saturomètres pour vérifier l'oxygène présent dans l'organisme de leur proche, ça peut être un outil de prévention supplémentaire.

Voici un exemple de Tuto, pour apprendre à effectuer une mise en position latérale de sécurité : 

Dans les EPHAD, peut-il y avoir des risques de surdosage ? Ou alors d'oubli ?

Je pense que c’est du domaine de l’exceptionnel. Après, oui, ce sont des patients très fragiles, une simple déshydratation peut être fatale. Une insuffisance rénale peut bloquer un médicament qui va alors peu à peu s’accumuler dans l'organisme. Il faut donc une surveillance accrue, et entre les besoins et les ressources il y a une véritable falaise. Souvent on constate des manques de moyens humains. J'estime qu'il faudrait dans chaque établissement des infirmiers de nuit et pas seulement des aides-soignants. Il faut vérifier les réactions aux différents traitements tout le temps. Sans compter sur des bilans sanguins réguliers. Peut-être que mettre en place plus de formations gériatriques pourrait aussi aider, c'est vraiment une spécialité médicale à part entière.  

Quelles sont les solutions à mettre en place ? 

La spécialité en gériatrie n'est pas assez reconnue. Cela fait seulement 20 ans qu'elle existe et elle n'est reconnue en internat de médecine que depuis 5 ans. Pas assez de médecins sont formés, même si les choses avancent tout doucement. C'est un manque de moyen général dans les services de santé. De moins en moins de médecins, peuvent se rendre dans les maisons de retraite ou aux domiciles des personnes âgées, dépendantes. Il faudrait des contrôles de santé, chez les gériatres, chaque année à partir d'un certain âge pour vérifier que tout va bien. Car notre métier permet d'analyser l'ensemble des pathologies de la personne, pour évaluer les risques notamment. La crise sanitaire a accentué un problème qui existait déjà, avec le manque de moyens on ne fait que colmater de petites problématiques, sans vrai changements de fond. 

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