L'abstention sera-t-elle la grande gagnante des élections départementales et régionales en PACA ?

En région PACA, ce double scrutin départemental et régional ne sembre pas passionner. Seulement 46% des Français ont prévu d’aller voter. L'abstention est estimée à 57% au 1er tour, avec un pic chez les 25-34 ans à 78% d'après un sondage Ifop. Une politologue niçoise nous explique pourquoi.

À Marseille, le premier tour des élections régionales et départementales connaît des problèmes au démarrage.
À Marseille, le premier tour des élections régionales et départementales connaît des problèmes au démarrage. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Elles ne passionnent pas les foules ! La plage, le déconfinement, l'Euro de football, les examens ou encore l'approche des vacances d'été n'aident pas beaucoup. 

L'abstention, phénomène déjà ancien en France, pourrait battre de nouveaux records historiques à l'occasion des élections régionales et départementales des 20 et 27 juin 2021. 

D'après un sondage de l'Ifop en date du 1er juin, consacré aux régionales en région Paca, l'abstention possible lors du scrutin est estimée à 57%, avec un pic chez les 25-34 ans à 78%, soit les 3/4 des jeunes.  

Les sondages actuels anticipent une participation "inférieure de dix points" à celle des élections régionales de 2015. Une abstention massive qui concernerait presque toutes les catégories d'électeurs. 

Plage d'Antibes (Alpes-Maritimes) : le sélecteurs iront-ils aux urges ou à la plage le dimanche 20 juin ?
Plage d'Antibes (Alpes-Maritimes) : le sélecteurs iront-ils aux urges ou à la plage le dimanche 20 juin ? © H. Nicolas - FTV

"Ventre mou de la démocratie"

Dans la rue, au marché, les Azuréens que nous avons croisés ont autre chose en tête que de se rendre aux urnes : « je ne suis pas au courant », « je ne suis pas informé », « je ne sais pas encore ". 

Christine Pina, professeure de sciences politiques à l’université Côte d’Azur, décrypte ce phénomène de plus en plus récurrent. 

La politologue affirme : 

Incontestablement depuis très très longtemps, on observe que ce sont des élections très faiblement mobilisatrices et très faiblement investies par les acteurs politiques eux-mêmes, on a une sorte de ventre mou de la démocratie pour ces élections départementales et régionales.

Christine Pina, professeure de sciences politiques à l’université Côte d’Azur

La chercheuse en sciences polittiques pointe un problème de communication sur les enjeux et les fonctions. Elle interroge : "Qui sait aujourd’hui que le conseil régional s'occupe de l'insertion de la jeunesse, des transports, des lycées… ces compétences sont devenues invisibles et les acteurs eux-mêmes ne communiquent pas sur ces fonctions."

Christine Pina, professeure de sciences politiques à l’université Côte d’Azur.
Christine Pina, professeure de sciences politiques à l’université Côte d’Azur. © H. Nicolas - FTV

"Des élections sandwich"

Ces élections sont encore moins visibles car « elles sont prises en étau » entre les élections municipales de 2020 et la présidentielle de 2022.

« J’appelle ça des élections sandwich car on voit ce qu’il va y avoir en terme de pain mais on n’est pas trop sur la garniture ! », s'exclame-t-elle. 

Elles sont aussi mal identifiées, des stratégies partisanes viennent brouiller la campagne. Par exemple selon elle, la liste de Muselier pour les régionales conduite par Christian Estrosi dans les Alpes Maritimes, perturble les électeurs.

Comment expliquer que ces élections soient  faiblement mobilisatrices ?

Les électeurs ont le sentiment d’avoir fait le nécessaire l'année dernière avec les élections municipales… L’élection centrale c’est 2022 !

Christine Pina, professeure de sciences politiques à l’université Côte d’Azur.

Traditionnellement, la région PACA est faiblement mobilisatrice mais le soleil et le phénomène de déconfinement n’expliquent pas tout !

Autre problème : selon elle, "les partis politiques ne vont pas bien en France, le parti socialiste, les Républicains... ces partis ont énormément de mal à donner du sens à ces élections et regardent aussi vers 2022. Ces élections vont annoncer 2022 et c’est une erreur."

"Les jeunes vont-ils se mobiliser ?"

L’abstention s’explique aussi par des critères sociologiques, les gens qui sont faiblement intéressés ont aussi de faibles revenus, sont moins diplômés votent moins. Les femmes, les jeunes et ceux qui vivent dans des agglomérations urbaines se rendent aussi rarement aux urnes. 

Mais pour Christine Pina, "cette année, la grosse question ça va être la jeunesse : les jeunes vont-ils se mobiliser ?"

Les jeunes s’abstiennent plus que les 35-50 ans et ils s’abstiennent d’autant plus sur ces élections car ils ne voient pas à quoi servent le département et la région. Je serai prête à parier que ces élections seront très faiblement mobilisatrices cette année. On est dans une vague, dans l’idée que participer c’est davantage un droit qu’un devoir. 

Christine Pina, professeure de sciences politiques à l’université Côte d’Azur

Procuration la veille du scrutin

Même si certains, devant la caméra, affirment qu'ils vont faire "leur devoir citoyen", dans les faits ce n'est pas certain, précise la politologue. 

Côté pratique, ne pas être disponible est une fausse bonne excuse. On peut faire une procuration directement dans n'importe quel commissariat jusqu'à la veille du scrutin, soit le samedi 19 juin. "Cette fois, ça m'a pris 10 minutes, mais ça dépend de l'affluence au commissariat", explique une jeune électrice de 23 ans. 

Verdict dimanche soir, après le premier tour, on saura alors si l'abstention est vraiment devenu le premier parti de France. Ou pas. 

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